SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE - Avril - Juin 2009

Où Dieu m'invite pour une longue conversation

Depuis mon escapade à Tamanrasset en 2005, j’attends avec une réelle impatience l’occasion de retourner dans le désert ; c’est si beau physiquement et ça porte tant à la méditation, à la prière et à la contemplation ! Il faut être aveugle pour ne pas y voir Dieu. Je veux Le revoir dans la beauté et la grandeur de Sa Création.

Cette attente n’est pas exacerbée, mais je vois bien qu’il suffirait d’un rien pour que tout s’enflamme vivement. J’ai l’énorme chance de vivre mon temps de retraite d’une façon qui me plaît beaucoup : ma santé est bonne et je suis « maître de mon temps », tout en étant submergé d’activités bénévoles qui me passionnent.

Comment est donc née cette aventure ?

Ce qui a tout déclenché, c’est une homélie qui a allumé la mèche, lors d’une messe dominicale dans ma paroisse Saint-Michel à Versailles, en février 2009.

Ce jour-là, notre curé, le père Olivier, nous parle d’un échange récent avec un jeune venu le consulter sur son désir de prendre une année sabbatique avant de rentrer dans la vie professionnelle. Son idée est d’aller en pèlerinage à Jérusalem.

Ne me demande pas le contenu de l’échange. La seule chose dont je me souvienne, est qu’Olivier lui a demandé de préciser ses motivations pour une telle démarche. J’ai écouté cette homélie, comme d’habitude, avec une grande attention ; c’était vivant. Sur le moment, il s’agissait pour moi de quelque chose de totalement étranger, d’extérieur à moi. Mais, quand je suis sorti de l’église, j’avais au fond de moi un tout petit quelque chose de nouveau, pratiquement indiscernable. Un petit déclic s’était produit, quelque chose comme une mini étincelle. Ça avait fait tilt.

Fresque de l’église Saint-Michel à Versailles

Ce n’est qu’au fil des jours suivants que cela a commencé à prendre forme, au fur et à mesure que je revenais sur ce que j’avais entendu à la messe. Petit à petit, je me suis senti concerné personnellement par cet échange. Un mûrissement s’est produit jusqu’au jour où j’ai compris que moi aussi j’étais appelé à faire une démarche plus ou moins semblable à celle de ce jeune. Dès lors, les choses se sont clarifiées et simplifiées : il devenait évident qu’un appel m’était adressé et qu’il serait bon que j’y réponde. J’étais totalement libre de toute contrainte. Je pouvais dire oui, je pouvais dire non, je n’aurais jamais aucun compte à rendre à qui que ce soit, car personne n’était au courant de cet appel qui devenait de plus en plus pressant.

Ce dont je puis attester, c’est que je n’ai eu aucune difficulté à accepter ce qui prenait de plus en plus la forme d’une invitation ; bien au contraire : plus je rentrais dans le oui, plus j’étais heureux. Cependant, humainement parlant – en tenant compte de mon âge (67 ans), de la forme physique nécessaire et de la durée de l’absence – c’était loin d’être gagné d’avance. En même temps, ce type de question me paraissait secondaire car quelque chose – ou quelqu’un – me disait discrètement que je trouverais bien les moyens d’y faire face.

La question du pourquoi ne m’a même pas effleuré l’esprit, tout au moins au début. C’était simple, sans état d’âme ni hésitation : j’étais appelé. Je me devais d’y donner une réponse : j’y allais. C’est ensuite devenu quelque chose d’irrépressible. L’enthousiasme et la passion s’étaient mis en route en moi, discrètement, sans aucune exubérance. J’avais simplement la profonde intuition que ce serait bon, et ne dit-on pas que l’intuition est la vision immédiate d’une réalité donnée ? Certes, mais de quelle réalité ?

En mars ma décision est prise ; je vais partir faire un grand pèlerinage, je vais marcher, longtemps. « Pourquoi donc te lances-tu dans cette démarche complètement folle ?  » me demandent plusieurs personnes. Elles ne peuvent pas comprendre car je ne sais pas expliquer. Ce que je sais, c’est que ce sera pour la semaine qui suit le dimanche de Pâques, au printemps ; la météo devrait donc m’être favorable. 

Mais au fait, combien de temps vas-tu être absent ? me demande Monique. « Eh bien, voilà, quand je partirai, je te ferai un gros bisou en te disant à dans huit jours, mais peut-être que ce sera à dans deux mois… Je n’en sais rien ». Tu peux imaginer son visage ! Mais tout cela est plus fort que moi. Il faut que je parte.

Est-ce le fruit du « hasard » ? Voici un texte de méditation proposé dans mon livre de prière Magnificat, le mardi 31 mars 2009, alors que je suis en pleine préparation de mon départ :

« Partir. Quand on a décidé de partir à la recherche de Dieu, il faut faire ses bagages, seller son âne et se mettre en route. La montagne de Dieu est à peine visible dans le lointain… À l’aube, il faut partir. Il faut dire adieu. La séparation, finalement, n’est pas dans l’éloignement mais dans le détachement. Oui, quand tu veux prier, il faut ouvrir ta maison et dénouer ton âme à Dieu. Chaque genre de vie demande un détachement. Il faut que se détache d’elle-même et se dénoue l’âme des époux, l’âme des fiancés. Autrement il n’y a pas d’amour possible, mais un égoïsme cherché dans l’autre. À l’extrême pointe de l’amour se trouve l’amour de Dieu, don total et réciproque de l’un à l’autre. Mais pour l’homme, Dieu est l’Autre, l’autre qui finalement se révélera, dans l’amour, comme l’être de notre être. Il est la voie, la vérité et la vie. Lui seul d’ailleurs a parcouru le chemin dans les deux sens. Il faut mettre notre main dans la sienne et partir. »

Yves Raguin, s.j. (Jésuite et Sinologue)

Je souscris totalement à cette réflexion !

Il se peut que tu achoppes comme moi, dans un premier temps, sur l’expression « dénouer ton âme à Dieu ». Il s’agit en fait de confier à Dieu tout ce qui est noué en nous, dans notre cœur, afin que Lui-même fasse le travail qu’il nous est impossible de faire par nous-même, car ce sont souvent des blessures très profondes.

Voilà, avec toute la simplicité d’un pèlerin de base, ce que j’avais au fond du cœur, au fond de moi ; c’est ce qui m’a poussé, de l’intérieur, à me mettre en route, à sortir de ma douce quiétude de retraité. C’est ce qui m’a motivé pour marcher tant d’heures (et pour en baver, soyons clair) mais, avec en contrepartie, un si grand bonheur.

Ça fait du bien, beaucoup de bien, de marcher humblement avec son Dieu. J’atteste que c’est possible.

Je crois que chacun d’entre nous a, au plus profond de lui-même, des paroles, des souvenirs, des attirances qui sont à l’origine de bien des décisions et des actions dans sa vie. Dans le cas présent, il m’est facile d’établir un lien direct entre mon appel à partir et le texte que je viens de citer.

Comme l’on dit communément, je n’ai pas été le chercher. C’est lui qui est venu à moi pendant ce temps particulier au cours duquel mûrissait ma réponse à l’appel.

Quelques mois avant de partir, je n’avais pratiquement jamais parlé du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle et, encore moins, envisagé de le faire. Je n’ai donc pas de réponse rationnelle à cette question. Je dis seulement que c’est là que j’ai été appelé, peut-être parce que Celui qui m’y a appelé savait pertinemment qu’il me faudrait beaucoup de temps pour progresser, de l’ordre de deux mois, et que cela ne serait pas faisable dans un véritable désert. Il a dû estimer que Compostelle était plus à ma portée, dans mes possibilités. Il ne m’a pas demandé d’en faire plus que je ne pouvais.

Finalement, en ce mois de février 2009, quand j’ai été appelé sur le chemin de Saint-Jacques, n’est-ce pas Lui qui est venu à moi pour me dire : « Viens, Louis, j’aimerais beaucoup parler avec toi de diverses choses qui, à mon avis, devraient t’intéresser. » Je suis parti sans savoir, ni soupçonner, ce qui m’attendait. Je suis parti parce que j’ai fait confiance.

Je n’ai pas envisagé un seul instant de partir avec un groupe ; c’est dans mon tempérament. J’aime le silence, la solitude, surtout quand je dois aborder quelque chose de nouveau. Certains peuvent me dire que j’analyse trop ce que je vois, ou ce que je fais. Mais j’ai un besoin viscéral de comprendre, de savoir, donc de réfléchir et par conséquent d’avoir du silence.

C’est donc une marche en solo que j’envisage très fortement. Mais moins de trois semaines avant le jour du départ, les choses basculent lors d’une mini-retraite avec mon groupe communautaire Fondacio à Saint-Lambert-des-Bois, dans la vallée de Chevreuse.

En début d’après-midi, nous nous offrons une bonne petite marche pour prendre l’air. Au retour, je me trouve au niveau de François, le responsable de notre groupe. Les sujets de discussion sont divers et alternent avec des temps de silence. Le thème Compostelle ne peut qu’être abordé car l’un comme l’autre nous avons récemment fait part au groupe de notre intention de prendre la route à brève échéance, mais chacun de son côté. C’est dans l’ordre des choses, ça convient à l’un comme à l’autre. Nous échangeons des informations pratiques, des détails sur nos projets respectifs, dates de départ, routes… Et c’est là que nos projets commencent à converger.

Nous sommes tous les deux partants pour une démarche semblable, pour ne pas dire identique, fondée sur une approche spirituelle commune. Nous avons le même âge, nos capacités physiques et nos caractères sont compatibles, nous nous connaissons depuis bien des années. Nous voulons même partir sensiblement le même jour !

Nos deux cultures d’ingénieurs nous font prendre conscience de l’incohérence de la situation, car si tout est jouable en partant chacun de notre bord, il y a malgré tout un sacré « manque à gagner », un gros risque de passer à côté de quelque chose qui pourrait être encore meilleur si nous unissions nos moyens et nos efforts. Ne dit-on pas : seul on va plus vite, et ensemble on va plus loin ?

En l’espace de quelques minutes, tout cela finit par nous crever les yeux et le « Et si nous partions ensemble ? » sort d’une des deux bouches.

Et instantanément le oui sort de celle d’en face.

J’aime beaucoup la compagnie de François. Il est simple, droit, discret, intelligent. Il sait parler à bon escient, il sait écouter, il est bienveillant. Cette décision me remplit de bonheur. J’ai confiance en lui, je sais que ça va coller.

Ultérieurement, j’ai découvert autre point d’intérêt majeur pour moi : François a déjà marché plusieurs fois sur le Camino alors que je suis totalement novice. Je vais donc apprendre le job de pèlerin auprès d’un maître expérimenté. C’est une chance énorme. Je lui propose une seule convention : « Tu seras le « chef de route » parce que tu as une expérience que je n’ai pas. Ce sera toi le décideur. »

C’est certainement très bien de faire état du volet spirituel de ce qui, cette fois-ci, va être réellement un pèlerinage, d’un bout à l’autre de son déroulement mais, en même temps, il ne faut pas faire totale abstraction du côté concret de la chose. C’est tout l’homme qui va y être engagé : l’âme certainement, mais aussi le corps. Ça va être global. Quel programme !

La littérature disponible sur ce sujet est énorme et d’une variété infinie. Je ne tiens pas du tout à être la (n+1)-ème personne à le décrire. Je vais me contenter de rapporter mes sentiments et réflexions personnels sur ma démarche. Voici deux textes qui présentent bien les choses. Ils sont proposés par l’Association de Coopération Interrégionale « Les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle » (ACIR) dont je recommande l’excellent site web www.chemins-compostelle.com :

« Les chemins menant vers Compostelle ne sont pas simplement destinés à satisfaire une pratique sportive. Il existe une multitude d’autres destinations faites pour la performance ou le loisir. « Faire » le chemin vers Compostelle, pratiquer la marche au long cours, ne s’improvise ni intellectuellement, ni physiquement. Plus que de simples routes touristiques, nous parcourons ici des chemins de vie, de spiritualité et d’histoire, façonnés d’expériences et d’épreuves… Les Chemins sont à l’image de chacun, ils possèdent leurs personnalités, leurs différences… »

La Via Podiensis, du 13 avril au 13 mai 2009
El Camino Frances, du 14 mai au 8 juin 2009

Au sujet des motivations contemporaines des cheminants d’aujourd’hui :

« Elles sont diverses : identifiées à une croyance religieuse établie, ou expression d’une quête spirituelle, ou encore besoin d’un ressourcement et d’échapper aux enfermements sociaux. Elles expriment aussi bien le désir d’un autre rythme de vie, que la recherche de racines communes (« mettre ses pas dans les pas de… »), de liens et de rencontres, d’une construction identitaire, ou encore une curiosité culturelle pour l’art et l’histoire… Mais, quelle que soit la motivation de départ, ces itinéraires demeurent une invitation à l’effort et au dépassement des limites quotidiennes. »

Je suis intimement convaincu que l’on ne sort jamais totalement indemne du Camino, quelle que soit la raison pour laquelle on s’y est aventuré. Ce chemin parle. Il parle par lui-même, par sa nature, sa géographie, son histoire, sa beauté naturelle, les gens qui y vivent… Mais il parle également beaucoup par les personnes qu’on y rencontre, que ce soit celles qui marchent ou celles, statiques, qui se sont mises au service des pèlerins : elles connaissent la dureté du chemin pour l’avoir elles-mêmes pratiqué auparavant. Que de générosité et de fraternité déployées par tous ces hospitaliers !

Et tous ces échanges et toutes ces confidences entre pèlerins ! Rares sont ceux qui savent avec précision la vraie raison de leur mise en route. Très souvent, c’est le chemin qui, petit à petit, leur révèle cette raison que, bien entendu, l’on porte déjà en soi dès le départ, mais qui n’a pas encore pu émerger à notre conscience. Pour ma part, je suis parti pour répondre à un appel mais ce n’est qu’au bout d’une quarantaine de jours de crapahutage que j’ai eu ma première intuition sur cette question.

Le signe de reconnaissance du chemin de grande randonnée GR 65

Il ne faut pas oublier non plus tous ceux qui sont partis avec une certaine motivation et qui se sont aperçus, en cours de route, qu’ils portaient en eux une autre intention bien plus profonde. J’y associerai ceux qui s’y sont lancés sans aucune intention spirituelle, ou même philosophique, et qui ont découvert qu’ils avaient là une occasion en or pour se recentrer sur eux-mêmes, loin du tournis de la vie moderne avec ses faux dieux et ses idéaux de pacotille.

Depuis mon retour de Compostelle, je dis inlassablement à toute personne qui me parle de ce sujet et qui, au détour de la conversation, glisse un « moi aussi j’aimerais bien y aller ; mais je ne sais pas comment faire, je ne sais pas ce que je pourrais faire… » je dis et redis : « Vas-y, arrête de te poser des questions. Si ce n’est pas demain que tu partiras, ce sera après-demain, ou plus tard. Si tu ne peux pas le faire seul, vas-y avec un groupe. Si tu ne peux pas porter ton sac, fais-le porter, il y a des services de portage tout au long du chemin. Si tu ne peux pas le faire en une seule fois, fais-le par tronçons. Si tu ne vois pas très bien pourquoi, vas-y quand même, le chemin se chargera bien de te le faire découvrir. » Je suis intimement convaincu d’une chose : si tu as en toi une pensée pour le chemin, c’est clair : il t’appelle.

La croix de Saint-Jacques-de-Compostelle

Mais attention, soyons précis. Quand je dis que le chemin appelle, ce n’est bien entendu qu’une image. Un chemin, tout comme le grand large, la montagne, le désert, n’a pas en lui-même la capacité d’appeler. En réalité, c’est toi-même qui t’adresses cet appel, car personne sur terre ne sait mieux que toi ce dont tu as besoin, ou ce à quoi tu aspires. C’est toi qui rentres en résonance avec lui. Cet appel transite par l’endroit le plus profond en toi, c’est pour cela qu’il est irrésistible. Sur le chemin, il est inévitable que tu entres en contact avec beaucoup de personnes, mais sache que la toute première, la plus importante d’entre elles, ce sera toujours toi-même. Comment aller au bout du monde pour rentrer au plus profond de soi-même ? Comment élargir son horizon tous les matins pour mieux se connaître ? Laisse faire le naturel que le chemin dégage. La méthode de travail est très simple ; il te suffit de marcher et de te laisser faire, à ton rythme. Le chemin « sait » où il te mène. La seule chose qui ne dépende pas de lui est : jusqu’où accepteras-tu de te laisser embarquer ?

Le pèlerin, quant à lui, peut y attacher une valeur sentimentale à la vue de toutes ces empreintes, si diverses les unes des autres, apposées sur sa créanciale. Ce sont autant de balises disséminées tout au long d’un parcours dont personne ne connaîtra jamais les joies, les peines, les émerveillements, les souffrances, les chaos, les inquiétudes, en bref tout ce qui fait ce cheminement au long cours qu’est le pèlerinage de Compostelle.

Pour moi ce fut à partir du Puy-en-Velay. Je ne savais pas encore que la tradition suggère que l’on parte du pas de la porte de son domicile. On est encore tout beau, tout propre, en pleine forme, des idées et des objectifs plein la tête.

 

En fait, on part avec son costume de ville, pour ne pas dire son costume de scène, même si l’on s’est habillé en baroudeur, paré pour la conquête du monde. On part avec le fond et la forme de qui on est. Je suis Monsieur untel, j’ai fait ci, j’ai fait ça dans ma vie. J’habite ici, je connais ça… Je, je, je… Une vraie litanie de je. Et bien entendu, on n’a pas peur de dire : « Je vais à Compostelle ». Je sais que c’est comme cela parce que je l’ai moi-même fait…

François et moi
Statue de Notre-Dame de France au Puy-en-Velay. La Vierge à l’Enfant

Jour J, 15 avril 2009, le Puy-en-Velay

Réveil à 6 heures pour assister à la messe d’envoi des pèlerins à 7 h. Une très belle homélie sur l’évangile du jour. Le thème ? Les pèlerins d’Emmaüs ! Ils étaient deux. Ils marchaient. Ils échangeaient leurs réflexions et leurs sentiments sur ce qui venait de se passer, à Jérusalem, du temps de Jésus… Tiens, c’est vraiment étonnant : nous aussi, François et moi, nous sommes deux… Nous allons marcher… Nous allons méditer…Toute allusion à des faits ayant existé du côté du village d’Emmaüs est purement fortuite. À la fin de la messe, regroupement, au pied de la statue de Saint Jacques, de tous les pèlerins qui prennent le chemin aujourd’hui. Nous sommes une bonne cinquantaine, de onze pays différents, dont l’Australie, le Canada et la Corée.

Premier coup de tampon sur la créanciale, et c’est parti… Jusqu’où ? Pour combien de kilomètres ? Aucune idée. À la grâce de Dieu, sous la protection de la Vierge Noire et de Notre-Dame de France, et surtout avec la bénédiction de Jésus.

Ce qui est certain, c’est que l’enthousiasme est au rendez-vous !

Le lendemain, nous n’avons qu’une vingtaine de kilomètres à parcourir, mais il y a en prime une grosse difficulté physique : le franchissement de la vallée de l’Allier. Il nécessite une descente quelque peu scabreuse sur un flanc des gorges, au niveau de Monistrol, suivie immédiatement d’une grimpée terrible sur l’autre flanc. Ça tue son chrétien !

François dans une descente scabreuse
Passage de l’Allier à Monistrol
 
Un sacré aligot garanti d’origine

Le terrain est beaucoup moins ingrat que ces deux derniers jours, mais la difficulté vient de l’accumulation d’une fatigue d’un type nouveau. C’est, paraît-il, là que ça passe ou ça craque, c’est-à-dire : soit le corps commence à s’adapter, soit apparaissent les premiers problèmes.

Un des moyens que j’utilise pour rester en contact avec mes proches est la prière. Très rapidement, j’ai choisi ce que j’appelle la « prière du pauvre », la récitation, maintes et maintes fois répétée du Je vous salue Marie, parce que je la trouve bien adaptée à l’état de pèlerin. De nombreuses personnes m’ont dit qu’elles prieraient pour moi pendant mon pèlerinage, je leur ai répondu que j’en ferais de même pour elles. J’ai donc institué un système simple : chaque jour je prierai pour tous, mais en mettant en premier plan une personne donnée. J’ai commencé avant-hier par celle qui m’est la plus proche, Monique, ma femme. Hier, c’était le tour de mon fils aîné Loïc. Aujourd’hui c’est celui de Tiphaine et demain ce sera celui d’Anne, et ainsi de suite jusqu’au bout de ma liste avec retour au début, si nécessaire.

Ce matin, nous sommes partis de Saugues depuis une heure ou deux. Je marche et je prie. François est devant moi, à faible distance. Tout à coup, il se produit un phénomène surprenant, inattendu. Je ressens la présence de quelque chose devant moi, très près car il suffirait que j’étende le bras pour être en mesure de la toucher. Je suis surpris mais pas inquiet : je n’ai jamais eu d’hallucination et, vu le temps qu’il fait, ce n’est certainement pas un coup de bambou, je ne me sens pas agressé. Bon, ça va passer…

Je n’ai pas la moindre idée de la durée de cette phase, que j’appellerai initiale, si ce n’est que je pense qu’elle a été courte. Étant en train de prier, en disant des Je vous salue Marie, c’est donc assez rapidement qu’un nom me vient à l’esprit concernant cette présence invisible : Marie. Dès cet instant, deux séquences se déroulent simultanément et indépendamment l’une de l’autre.

La première : je me dis que ça devient sérieux si je commence à avoir des apparitions ou à entendre des voix. Comme l’on dit, est-ce que je ne commencerais pas à « yoyoter du cervelet » ? J’ai intérêt à garder ça pour moi, sinon je vais faire rigoler pas mal de monde !

La seconde consiste en un mouvement, un déplacement, de la présence : initialement située en face de moi, légèrement sur ma droite, elle vient se placer juste à côté de moi, à gauche, orientée dans le sens de la marche. Elle est très près car je pourrais la toucher avec le coude. Chose encore plus surprenante, cette présence invisible prend forme à ce moment précis, le temps bref de ce déplacement. C’est désormais une femme que je perçois.

Je dis bien je perçois car je ne la vois pas avec mes yeux, ceux qui sont situés derrière mes lunettes, mais je la « vois » avec ce que je ne sais pas appeler autrement que l’œil qui est situé du côté du cœur. Celui qui permet de « voir sans voir », en particulier la plupart des choses les plus importantes de la vie.

Toujours est-il que, maintenant, je ne suis plus en présence d’une espèce de magma informe, d’ectoplasme comme on en voit fréquemment dans les films de fiction. Il s’agit purement et simplement d’une personne. C’est donc une femme, ni jeune ni âgée, je me surprends à évaluer sa taille : environ 1,65 m, c’est facile car elle a la même taille que Monique. Elle est habillée à l’ancienne, sans doute comme il y a 2000 ans en Palestine. Je fais un rapprochement avec le personnage de Marie que j’ai vu dans le film que j’ai projeté, une quinzaine de jours plus tôt, aux enfants du catéchisme de la paroisse. J’observe qu’elle se déplace en même temps que moi, au même rythme, dans le même tempo, elle reste à mon niveau, dans une sorte de coude à coude fraternel. Je continue à prier mais, maintenant, c’est différent. Ma prière s’adresse désormais à quelqu’un de « présent différemment ». Toutefois, je me dis assez vite que quelque chose ne va pas dans cette situation qui, par ailleurs, me plaît beaucoup. Je trouve très bien que tout soit centré sur Marie, mais il ne faudrait quand même pas que je me trompe car, si je suis en pèlerinage, c’est pour chercher Dieu. Je risque donc d’être détourné de mon vrai but. Il est évident que je n’ai pas dit cela à haute voix, mais ce qui est tout aussi évident c’est que j’ai entendu (là aussi avec l’oreille du cœur) la réponse : « Mais il n’y a là aucun problème, tu as raison. Tiens, regarde. » Et, à ce moment, une seconde personne vient se placer à côté de moi, cette fois-ci sur ma droite, encore au coude à coude. Il s’agit d’un homme, de ma taille, que « j’identifie » immédiatement comme étant Jésus. Il s’est mis à marcher avec nous. L’équipe était désormais au complet.

Le moral est au beau fixe, nous sommes presque arrivés

Je précise, et répète, que je n’ai eu aucune apparition, je n’ai strictement rien vu en termes d’optique, et que je n’ai entendu aucune voix, mes tympans n’ont pas reçu d’ondes sonores. J’étais en pleine forme physique, psychologique et intellectuelle, je n’avais absorbé ni alcool, ni drogue. Je n’ai eu aucun doute quant à l’existence et au déroulé de ce que j’appelle pudiquement « l’Expérience » qu’il m’a été donnée de vivre. J’ai toutefois décidé, très rapidement, de garder tout cela confidentiel : je n’en parlerai à personne. Je mettrai tout cela à l’épreuve du temps : si c’est du pipeau, on le verra bien dans les jours à venir. Si c’est un mauvais piège, je pense que je devrais pouvoir le détecter, tôt ou tard.

Ceci a changé très significativement ma façon de marcher. Non pas le mode opératoire qui consiste à mettre alternativement un pied devant l’autre, mais ma façon d’être en mouvement sur un terrain qui n’a plus grand-chose à voir avec la terre et les cailloux. Désormais je ne suis plus seulement en compagnie de François, quand il est proche de moi, ou semble-t-il seul, isolé, comme c’est le cas la plupart du temps. Je suis accompagné dans ma marche et ma démarche. C’était déjà le cas dès notre départ du Puy mais là, maintenant, ça devient physique.

Ça m’habite tellement que je démarre spontanément le début du chant qui suit ; je l’aime beaucoup. Lorsque je ne retrouve pas certaines paroles, un sifflotement prend alors la relève.

« La première en chemin, Marie tu nous entraînes

à risquer notre « oui » aux imprévus de Dieu.

Et voici qu’est semé en l’argile incertaine

de notre humanité, Jésus Christ, Fils de Dieu.

Marche avec nous, Marie, sur nos chemins de foi,

ils sont chemins vers Dieu, ils sont chemins vers Dieu.

La première en chemin, joyeuse, tu t’élances,

prophète de celui qui a pris corps en toi.

La Parole a surgi, tu es sa résonance

et tu franchis des monts pour en porter la voix.

Marche avec nous, Marie, aux chemins de nos vies,

ils sont chemins vers Dieu, ils sont chemins vers Dieu. »

                                                               Sœur Marie-Colette Guédon

Bon, mais revenons-en à « l’Expérience » et à ma décision de ne pas en parler. Elle est tellement bonne et ferme que je la transgresse le soir même ! Arrivés à l’étape, François et moi buvons une bière et tout d’un coup, c’est plus fort que moi, il faut que je parle (et pourtant j’ai su tenir ma langue tout au long de ma vie professionnelle compte tenu des sujets confidentiels que je traitais). Sa réaction est très simple, claire, précise : « Tu devrais écrire ce que tu viens de vivre. C’est très important. » Et nous en restons là, sans doute dépassés, l’un comme l’autre, par l’événement.

Conseil pertinent que je ne suivrai pas, tout au moins pendant le pèlerinage. D’abord parce que tout cela est si fort et si présent en moi que je dois trouver que c’est inutile, et ensuite parce que je suis très habité par mon besoin de vérification : c’est du vrai, du solide, ou pas ? Comment cela va-t-il évoluer dans le temps, d’ici la fin du pèlerinage ?

Mon fiston Loïc m’ayant ouvert un blog pour faciliter le lien entre le vadrouilleur et sa famille, ainsi que quelques amis, je décide de ne pas y aborder ce sujet. C’est trop personnel, intime, et si particulier, tu en conviendras. J’ai d’abord besoin d’être moi-même au clair avec cette affaire. Je ne vais donc raconter sur mon blog que les événements touristiques, mon expérience pratique et mes sentiments tout au long du parcours.

Quelques jours après mon retour à la maison, je rencontre mon accompagnateur spirituel et m’empresse de lui raconter la scène. Certes, plus de cinquante jours ont passé, c’est toujours aussi fort en moi, mais j’ai un énorme besoin de vérification par quelqu’un d’extérieur et de fiable. Sa réponse peut être résumée ainsi : « Louis, je pense que tu devrais écrire ce qui s’est passé, ça peut rendre service à quelqu’un. » Là aussi, c’est simple, clair, net : si ça peut rendre service, je vais le faire. En plus, cela présentera deux intérêts supplémentaires. Le premier sera de pouvoir dire à ma femme et à mes enfants, d’une façon précise et exhaustive, ce que j’ai vécu. Ce sera un partage familial en profondeur. Le second sera pour moi car je sais que la mémoire est fragile. Même si tout cela est fortement ancré dans la mienne, rien ne me garantit qu’il en sera toujours ainsi, ce serait alors une grande perte.

À l’époque, j’ai fait sous la forme d’un livre-album photos tiré à une vingtaine d’exemplaires, le récit de tout le pèlerinage. Une cinquantaine de personnes ont donc eu connaissance de ce fait marquant de mon pélé. Je ne voulais vraiment pas passer pour un givré ou un illuminé.

Moi qui aime les situations raisonnées, raisonnables, me voilà bien servi ! Allez, reprenons le cours du chemin et soyons attentifs à la suite du périple.

Ce tronçon du parcours est vu par les pèlerins de façons diverses : avec bonheur, car les espaces sont grands et beaux, mais aussi avec crainte, à cause des difficultés de progression dues au terrain.

Entre Nasbinals et Saint-Chély-d’Aubrac

On nous annonce des clôtures de barbelés, des escalades de murets pierres, de la gadoue… J’ai vite compris que tout cela n’est pas faux. Et les chemins !… Au fait, c’est quoi un chemin ? Je crois n’avoir jamais marché dans autant de boue de ma vie

À certains endroits, l’eau, qui ruisselle de partout, confond lit de ruisseau et chemin. C’est de là que vient la nécessité de franchir des clôtures pour avancer sur un terrain un peu moins détrempé, encore que. Ici, il y a de l’eau partout, mais absolument partout. Ça coule de partout ; le sol est complètement saturé d’eau à cette période de l’année. C’est difficile mais superbe.

Le franchissement des ruisseaux, qui d’ailleurs n’en sont pas car il vaudrait mieux parler de « micro-deltas », est souvent délicat parce que le sol porte mal. On passe son temps à faire très attention à « là où l’on met les pieds ». Le sol paraît solide, erreur : il est miné par l’eau et il s’efface complètement. C’est un bonheur intégral car on enfonce par endroits de plus de 20 cm dans la boue, d’où l’intérêt majeur d’avoir des chaussures de marche à tige haute.

Cette boue, nous nous en souviendrons longtemps. Elle était si affectueuse, elle s’accrochait si tendrement et si fortement à nous, tout au moins à nos chaussures, rendant la marche plus difficile à cause de ces kilos bien mal placés. Mais, à bien réfléchir, c’était peut-être, après tout, un contrepoids à la présence si légère de Jésus et de Marie.

Que d’eau, que d’eau !

C’est là que nous avons franchi le cap des 100 km. A quand celui des 500 ?

Le lendemain, la montée vers le col d’Aubrac se fait dans des conditions météo détestables, c’est notre première occasion de tester l’équipement complet anti-pluie : poncho, sur-pantalon imperméable, chapeau plus capuche. Il a plu toute la nuit et ça continue.

Nous rentrons carrément dans les nuages, ce qui nous donne parfois une visibilité inférieure à 20 m. À certains endroits il n’y a plus de chemin, nous sommes dans les champs : passages très difficiles de quelques « portes » qui ne peuvent être franchies que par des personnes et non par des animaux.

Marcher, toujours marcher …
… malgré les intempéries

Il y a encore quelques plaques de neige, ça nous fait plaisir de les voir. On y voit très bien la trace des pas des pèlerins qui nous précèdent : la neige est sale à cause des paquets de boue emportés par les chaussures.

Mais qui donc a pu nous dire que ce serait une journée facile ? Seulement 16 km à couvrir en 4 h 15, du moins selon les guides de Grande Randonnée (GR). En plus on nous annonçait essentiellement de la descente conduisant à perdre dans les 300 m d’altitude. Tu parles ! La marche commence par une grimpette qui dure 2 h 30 et qui nous permet d’atteindre le col d’Aubrac à plus de 1300 m d’altitude.

Voici un petit fait divers que je tiens à raconter, uniquement pour le fun comme disent les canadiens.

No comment

Je ne plante pas le décor ; les deux photos ci-contre devraient amplement suffire. C’est l’ami François qui assure le spectacle, avec brio. Il présente l’exercice d’équilibriste qui l’a rendu célèbre. Tout commence par un superbe dérapage sur le côté, s’en suit immédiatement une majestueuse rotation accompagnée d’un départ en vrille (rotation générée par le sac à dos). L’artiste réagit immédiatement en plaçant son gros bâton de marche du bon côté. Il s’appuie dessus de tout son poids. Ceci montre la confiance absolue qu’il a dans son matériel. Le bâton fléchit mais ne rompt pas. Bravo. Ça, c’est du spectacle ! Mais cette position est totalement instable. Le jongleur sent que ça va mal se terminer, dans la belle boue qui se situe à un mètre plus bas. C’est juste à ce moment-là qu’une main charitable passe par là, la mienne en l’occurrence. Je suis près de lui et, juste du bout des doigts, parce que je n’ai pas le temps de faire mieux, je stoppe le départ en crash ! Épique, n’est-ce pas ?

Je crois que ce jour-là j’ai eu les vêtements et les chaussures les plus sales depuis les classes au début de mon service militaire, lorsque nous revenions des “sorties combat”. Dingue !

 

 

Il y a des lieux vers lesquels on est attiré d’une façon toute particulière, peut-être à cause de ce que l’on a pu entendre à leur sujet. Pour moi, Conques est l’un d’entre eux. Je souhaitais vivement y aller ; je t’assure que la réalité a dépassé mon attente.

L’abbatiale
Le chœur
 
Le tympan roman de l’abbatiale. Le jugement dernier
Le Christ
Les Justes
Les Méchants
Abraham au Paradis

Une bonne marche d’approche de 6 h sous un soleil radieux. L’arrivée sur le village se fait par une descente assez difficile (de la caillasse) mais quelle découverte ! C’est tout simplement splendide. C’est tellement vrai que, après le gros décrassage journalier du pèlerin, je reprends la route, ce qui signifie que je remonte sur les collines environnantes, dans le but de photographier le village et l’abbaye. Et là, je reste un bon moment pour admirer ce site unique.

Conques n’est pas seulement un beau village et un édifice dont l’architecture est remarquable. Il y a une âme dans cette abbaye, même si les moines prémontrés qui l’animent ne sont que deux. Nous avons pu participer aux vêpres puis, après le dîner, nous avons eu complies. Cet office s’est terminé par une démarche impressionnante : le prieur a demandé aux personnes présentes qui poursuivent leur marche au-delà de Conques de venir vers lui. Il a donné à chacune un exemplaire de l’évangile de Marc et un signet au dos duquel il y a le chant des pèlerins de Compostelle :

“Tous les matins nous prenons le chemin,

tous les matins nous allons plus loin,

jour après jour la route nous appelle,

c’est la voix de Compostelle !

Ultreia ! Ultreia ! Et sus eia !

Deus adjuva nos !

Va plus loin ! Va plus loin ! Et va plus haut !

Dieu aide-nous !”

Puis l’un des Pères nous a brillamment commenté le tympan de la basilique. Un plaisir. Il nous a ensuite offert un concert d’orgue au cours duquel nous avons pu nous déplacer, ou rester assis, pour mieux goûter la beauté de la musique et de l’architecture. Encore du régal.

Nous avons pris la route le lendemain après avoir participé aux Laudes. Quelle pêche pour partir !

Conques restera gravée dans ma mémoire comme une étape de beauté.

Ma relation avec eux s’est traduite essentiellement par la prière, vécue sous trois formes différentes : la messe, une grosse vingtaine de fois sur l’ensemble du parcours, l’oraison avec l’aide de Magnificat et les Je vous salue Marie. Je ne vais développer ici que cette troisième forme.

Le Je vous salue Marie est une prière bien adaptée à un pèlerinage long donc gros consommateur d’énergie. Il faut rester simple et peu exigeant sur le plan de la réflexion. J’ai calculé, très approximativement, que j’ai dû en dire de l’ordre de 3 000 sur l’ensemble du parcours. Ont-ils été « bien dits » ? Là n’est pas la question, car combien d’entre eux n’ont jamais été terminés pour diverses raisons telles que distraction, interpellation de quelqu’un d’autre, problème de circulation… Combien d’autres ont démarré spontanément n’importe où sauf au début ?

Mais il n’y a pas eu que les Je vous salue Marie. C’eût été négliger d’une façon inacceptable mon compagnon de droite. La réponse est venue très vite et simplement : quoi de mieux adapté à une telle situation que de reprendre la prière qu’Il nous a donnée, le Notre Père ? Instants d’intimité profonde, chaque fois, que de dire, avec Jésus lui-même, le Notre Père, et ceci en présence de sa mère qui était peut-être là le jour où il l’a donné aux apôtres. J’ai découvert que dans ces deux prières Marie et Jésus sont vraiment présents et nous conduisent vers Dieu notre Père.

Si quelque chose a jalonné tout mon chemin d’une façon continue, c’est bien ces centaines de Notre Père et ces milliers de Je vous salue Marie. S’il y a eu un échange à l’intérieur de notre petite équipe, c’est là qu’il faut le chercher, c’est là que s’est situé le véritable accompagnement de mes deux Amis. Alors, une question : comment ne pas aller jusqu’au bout du chemin dans de telles conditions ?

Icône Notre-Dame de Vladimir. La Vierge de Tendresse

 

Je te salue, Marie,

pleine de grâce.

Le Seigneur est avec toi.

Tu es bénie entre toutes les femmes

et Jésus, le fruit de ton sein, est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu,

prie pour nous pécheurs,

maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen   

Une icône russe du Christ que j’ai achetée à Moscou

Notre Père, qui es aux cieux,

que ton nom soit sanctifié,

que ton règne vienne,

que ta volonté soit faite

sur la terre comme au ciel.

Donne-nous aujourd’hui

notre pain de ce jour.

Pardonne-nous nos offenses,

comme nous pardonnons aussi

à ceux qui nous ont offensés.

Ne nous laisse pas entrer en tentation,

mais délivre-nous du mal.

Amen           

                                                 


Voici un événement tout à fait inattendu qui m’a profondément touché.

C’est complètement fourbus que nous atteignons notre gîte à Lascabanes, un petit village du Lot. Après notre séance quotidienne de décrassage du corps et des vêtements, François me demande : « On va à la messe ?  » Spontanément, je réponds oui, mais c’est faire abstraction d’une difficulté sérieuse : l’église est à deux kilomètres du gîte, il faut donc une demi-heure de marche pour y aller plus une autre pour revenir, or nous avons déjà du mal à mettre un pied devant l’autre dans le gîte ! Je crois que cela fait partie soit de l’inconscience, soit de l’insouciance du pèlerin… Par chance, la personne qui nous reçoit nous entend et se propose de nous y conduire en voiture car elle doit aller dans le village pour faire des courses : c’est OK !

Nous arrivons à l’église, et là nous assistons à quelque chose d’exceptionnel. Le curé de la paroisse, avant de célébrer la messe, nous annonce, tout simplement, qu’il va commencer par laver les pieds de tous les pèlerins présents, en signe d’accueil ! Et il nous donne la raison de son geste en citant la règle rédigée par Saint Benoît lorsqu’il a fondé l’ordre bénédictin, vers l’an 490. Au chapitre 53, il recommande à ses moines, au sujet de l’accueil : « Tous les hôtes qui arrivent seront reçus comme le Christ, car il dira un jour : J’ai été votre hôte et vous m’avez reçu… C’est surtout en recevant des pauvres et des pèlerins qu’on montrera un soin particulier car, en eux plus qu’en d’autres, c’est le Christ qu’on reçoit. » Nous sommes une bonne vingtaine de pèlerins, chacun reçoit ce geste vraiment émouvant qui ne sort pas de n’importe où. Il est, en effet, rapporté par l’évangéliste Jean, au chapitre 13. En voici quelques extraits :

« Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Au cours du repas,[…] Il se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. […] Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez « Maître » et « Seigneur », et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »

 

Le Christ lavant les pieds de Pierre. FordBrown 1852

 

Le curé de Lascabanes me lavant les pieds !

N’est-il pas étonnant de constater que c’est nous qui avons décidé d’aller là mais, qu’en réalité, c’est nous qui y étions attendus ?

Quand on dit qu’il se passe des choses étonnantes sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ! Encore un fait inoubliable.

 

C’est dans le Béarn que j’ai fait les deux rencontres, furtives, silencieuses, qui m’ont le plus marqué.

Tout d’abord ces trois femmes.

Un moyen simple et astucieux pour aider une personne non-voyante dans son pèlerinage

J’avoue ne pas avoir réfléchi quand elles sont arrivées à ma hauteur, lors d’une halte. Mon attention a été attirée par les deux bâtons portés bizarrement par deux d’entre elles. Elles étaient souriantes, j’ai donc pensé que c’était une blague, ou un jeu, comme le pèlerin moyen sait en faire pour rompre un peu la monotonie de la marche.

Je m’approche d’elles et, soudain, je saisis un des bâtons, des manches à balais et, bien entendu, je le secoue pour taquiner les deux porteuses. Que n’ai-je pas fait là ! J’ai simplement déclenché une vraie panique, ce qui me fait prendre conscience de la situation. J’avais à faire à une non-voyante et à sa guide. Quel idiot je suis ! Chacune d’elle croit que l’autre est tombée ! Pour elles, il y a un accident. Je ne sais plus où me mettre tant je me trouve stupide d’avoir fait cette blague de bas niveau, sans la moindre réflexion. Mille excuses. Je repars vraiment pas fier de moi mais très admiratif de ces femmes, surtout la non-voyante, qui arrivent à faire le pélé dans de telles conditions. Sa confiance aveugle me donne à réfléchir sur ma façon de suivre le Christ !

Un moyen simple et astucieux pour aider une personne non-voyante dans son pèlerinage.

Ensuite cet homme avec ses deux cannes de marche.

Un marcheur admirable

A un moment, nous suivons un groupe de trois ou quatre personnes que nous rattrapons très facilement. Mon regard est immédiatement attiré par un homme, un grand gaillard costaud mais qui avance avec difficulté, un bon sac sur le dos. Je leur souris et leur dis quelques mots. Leur réponse me fait comprendre que ce ne sont pas des français. Sur la poitrine de mon gars je vois un petit drapeau norvégien. Du coup je ralentis pour rester à son niveau, peut-être par curiosité.

Je ne sais plus si le groupe venait à pied de Norvège, ce qui n’est pas impossible, mais je me souviens qu’il avait derrière lui un bon paquet de centaines de kilomètres ! À ce jour, j’en ai moi-même beaucoup, ce qui me permet d’évaluer et d’apprécier la performance, ou plutôt le courage, ou la foi, de cet homme pour lequel je ressens une grande sympathie et de la fraternité. Il marche à vitesse réduite parce qu’il ne peut pas plier les genoux ! Je n’arrive pas à comprendre comment il a pu arriver là. C’est manifestement dur pour lui, mais son visage reflète une telle sérénité ! J’accélère ma marche, mais au bout de quelques pas je m’arrête et m’écarte pour le laisser passer. Je veux voir une dernière fois son visage et là j’ai un geste totalement réflexe : je présente les armes avec mes deux bâtons de marche ! Façon simple, silencieuse et compréhensible mondialement, de lui dire : « Chapeau mon vieux, je t’admire et je t’estime ». Je ne l’ai jamais revu, mais il reste pour moi un témoin de ce qu’avec Dieu on peut faire.

 

Notre arrivée aux Pyrénées marque une grosse rupture dans le déroulement de mon pèlerinage. Elle est liée au départ de François. En effet, mon bon copain est diacre permanent et son diocèse l’appelle pour assurer diverses tâches. Il ne dispose plus du temps de liberté escompté à notre départ du Puy. Le mot « diacre » signifiant « serviteur », l’idée de ne pas répondre à la demande ne lui effleure même pas l’esprit. Nous nous disons donc Adios à Saint-Jean-Pied-de-Port, après que j’aie répondu à sa question « Et toi, maintenant, que fais-tu ? Tu arrêtes également ou tu continues ? » Je me sens en pleine forme, ces vingt-huit jours passés avec François m’ont bien initié au job de pèlerin, je dispose du temps nécessaire, conclusion : c’est go, je continue. À partir d’ici, je serai seul, ça ne m’inquiète pas du tout. C’est simplement de nouveau, et encore plus, « à la grâce de Dieu ».

Une belle étape que j’attendais avec intérêt et impatience. Depuis mon enfance à Quimper, je voulais voir le site historique de la bataille au cours de laquelle notre cher Roland a soufflé très fort dans son éléphant (ceci d’après le garnement Toto qui n’avait pas compris qu’il s’agissait d’un olifant).

En fait de bataille rangée, comme le prétend la légende, ce fut seulement une embuscade tendue à l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne par des gens du coin, c’est-à-dire des basques (déjà indépendantistes ?). Il n’empêche, voir les Pyrénées et les franchir à pied, c’est une expérience que j’ai beaucoup aimée. Compte tenu du mauvais temps de ces dernières semaines, je craignais d’être privé de ce beau spectacle. Eh bien non, il y a eu un gros orage pendant la nuit précédente mais quand j’ai pris la route pour l’attaque finale, le temps était couvert mais satisfaisant. On voyait bien les sommets environnants (pas très hauts) et les vallées qui se sont remplies progressivement de nuages.

Le problème, en montagne, réside dans le fait qu’en prenant de l’altitude on a vite fait de se retrouver les pieds sur terre et la tête dans les nuages. Ce fut le cas, mais ça ne m’a pas contrarié ; il s’agissait simplement de découvrir la montagne d’une autre façon. Pendant plusieurs heures, je n’ai pas pu voir à plus de 40 ou 50 m. Il a donc fallu être très attentif et prudent pour ne pas me perdre. Puis ce fut l’arrivée au-dessus des nuages, juste à temps pour voir le fameux col, qui d’ailleurs ne s’appelle pas Roncevaux mais Lepoeder. Parti de Saint-Jean-Pied-de-Port à 163 m d’altitude, j’étais à 1430 m. Une belle grimpette de près de 1300 m !

Un joli hameau basque
Les pieds sur terre et le tête dans les nuages
 
Le col est là-haut, dans le V

Ensuite ce fut une promenade de santé pour atteindre, de l’autre côté du col, l’abbaye Saint-Augustin de Ronces Valles. C’est l’une des étapes les plus importantes et les plus renommées du Camino. Parti de Saint-Jean-Pied-de-Port à 7 h, j’y suis arrivé à 14 h.

 

Je tenais beaucoup à passer la nuit dans « l’Albergue de la collegiata ». Je voulais faire l’expérience de cette usine à dormir réputée. Je n’ai pas été déçu ! Quel bazar ! Pour y être accepté, il faut présenter sa créanciale ; priorité est donnée aux pèlerins à pied. Un seul grand dortoir de 120 à 140 places dans l’ancien hôpital.

Dehors, c’est le grand pavois qui flotte
 
Une splendide usine à dormir

Mais tout ça c’est bon enfant. Tout se passe bien. Les plus nombreux sont de très loin les germanophones. L’anglais est bien sûr parlé, le français l’est peu. Je crois deviner que ce type de vie en collectivité ne correspond pas très bien à nos goûts nationaux.

J’ai été surpris par la nombreuse assistance à la messe de 20 h. Nous étions en effet une bonne centaine de pèlerins, soit plus de 50% des personnes hébergées dans le dortoir et les deux hôtels du coin.

Discours de bienvenue en espagnol. Rien compris. Messe en espagnol, heureusement qu’un chrétien de base possède quelques repères solides pour participer à son déroulement. Par contre, en ce qui concerne l’homélie… Nada. Puis bénédiction et envoi des pèlerins, tous regroupés au pied de l’autel, ceci en 6 ou 7 langues.

Côté dortoir, c’est indescriptible quand tout le monde est là, avec les sacs à dos dans tous les coins et dans les allées. Côté douches, il n’y en a que deux pour les hommes, je suppose que c’est pareil pour les femmes. C’est vraiment peu. Même chose pour les WC, urgences interdites.

Extinction des feux impérative à 21 h. Bonne nuit à tout le monde. Le hasard fait que je ne suis entouré que de coréens. J’ai donc droit à leurs exercices de gymnastique traditionnelle. Je n’en vois que le début car je suis out très rapidement. Out, mais heureux de cette expérience.

Courage mon vieux, tu approches du but
Alto del Pardon, un groupe de pèlerins. Statues en tôle d’acier découpée au chalumeau

Je tenais à y aller pour voir quelque chose d’exceptionnel en Espagne, et peut-être ailleurs : un crucifix en forme de Y. 

La Iglesia del Crucificio. Christ rhénan du XIVème siècle
Le pont des pèlerins, à Puente la Reina

Je termine ma visite de Puente la Reina par le pont médiéval qui a donné son nom à la ville. Il enjambe la rivière Arga. C’est un point de passage obligé pour les pèlerins. À l’entrée de la ville il y a une plaque qui indique « Et à partir d’ici, il n’y a plus qu’un seul chemin ».

Un fait divers amusant

Précisons d’abord le contexte : pour un pèlerin, en dehors des volets spirituel et physique, une des préoccupations majeures est liée à l’intendance : Où dormir ? Où manger ? Par où passer ? À qui s’adresser ?…

Le dimanche 17 mai j’arrive, dans la matinée à Estella, dont les points d’intérêt sont deux églises. J’y vais avec l’espoir de pouvoir assister à la messe. Elles sont fermées ! Pour un dimanche, je trouve ça vraiment gros. Je n’aurai donc pas de messe ; tant pis, ce n’est pas grave. Ce sera un dimanche sans, c’est tout.

Or, il y a dans les environs immédiats de la ville, un troisième centre d’intérêt, vraiment singulier : il s’agit d’une fontaine. Cela serait quelconque en soi, si ce n’était que ce n’est pas de l’eau qui y coule, comme cela se fait habituellement, c’est du vin ! Du jamais vu.

La fontaine à vin d’Irache

Je la cherche, bien sûr, et la trouve. Mais, exactement au moment où je touche le robinet pour provoquer l’écoulement du précieux nectar, une énorme envolée de cloches se produit. Une vraie escadre de chasse au décollage. Ça décoiffe ! Il y a une abbaye juste à côté, à moins de 150 m et c’est l’heure de la messe. J’y vais en reportant à un peu plus tard la dégustation.

Peut-on conclure de ce fait qu’il est possible de trouver une messe en ne cherchant que du vin ? Il n’y aurait pas de l’humour là dedans ?

PS. Le vin ? Il est d’une qualité ordinaire, mais c’est, avouons-le, sacrément amusant.

 

Lors de l’étape Los Arcos – Logrono, longue et fastidieuse, je reviens sur une question qui me trotte dans la tête depuis trois bonnes semaines. C’est en soi un phénomène étonnant car ma tête est la plupart du temps bien vide à cause de la marche intensive qui semble provoquer un appel de sang important dans les pieds, fortement sollicités, au détriment du cerveau qui subit, par contrecoup, un assèchement sérieux. « Mon neurone », déjà bien isolé dans ma boîte crânienne en temps normal, s’y trouve carrément en perdition. On ne peut pas tout avoir en même temps : la théorie et la pratique…

Cette grosse question est : est-elle vraiment sérieuse cette histoire qui justifierait le pèlerinage du gars Jacques, décapité du côté de Jérusalem, qui, bien plus tard, se trouve à atterrir quelque part en Galice avec son sarcophage en pierre ? N’est-ce pas tout simplement une histoire à dormir debout ?

Soyons clairs : je n’attache personnellement aucune importance, directement, à cette histoire. Je n’ai pas de position précise sur le fait lui-même. Par contre, ce qui m’importe beaucoup, c’est la tradition qui s’est greffée sur elle. Vieille de plus de 1000 ans, elle est réellement remplie du sens que lui ont donné tous ces pèlerins du Moyen-Âge, ces gens qui avaient une foi à déplacer des montagnes et qui ont construit à la main les cathédrales. C’est ce sens qui m’interpelle, c’est lui qui me fait marcher ; mais attention, pas de confusion sur le sens du mot marcher. La vérité du fait initial est secondaire. Mon cartésianisme de français du XXIème siècle n’est en rien choqué. Au contraire, je trouve beaucoup de sens à mettre mes pas dans ceux de ces pèlerins. Et là, la Vérité dépasse l’histoire de Compostelle.

Il y a toutefois un danger à affirmer cela, et j’en suis pleinement conscient. Celui de m’entendre répondre : OK, le fait initial de Saint-Jacques-de-Compostelle, c’est à voir. C’est donc la même chose pour ce qu’on essaye de nous faire croire avec Jésus. Là encore, on nous raconte une histoire, du baratin.

Eh bien non, car pour moi il y a une énorme différence entre les deux « histoires », sans que l’une ne disqualifie l’autre. Dans le premier cas, il n’y a pas eu de témoin de l’événement proprement dit, le débarquement de l’apôtre à la tête coupée. En revanche, dans le second cas, il y en a eu : ce sont les Apôtres et les disciples de Jésus. Crédibles ces témoins ? Je réponds oui, parce que beaucoup d’entre eux ont payé de leur vie leur témoignage, et cela parfois dans des conditions horribles, en particulier pour celui à qui on a arraché la peau, à vif, ou les autres crucifiés ou jetés aux fauves dans les arènes, celles de Néron en particulier, là il s’agit nominativement de Pierre. On voulait qu’ils se taisent, qu’ils ne parlent pas de ce qu’ils avaient vécu avec Jésus, de ce qu’ils lui avaient entendu dire. Ils l’avaient vu vivant, puis ils l’avaient vu mort, puis ils l’ont vu ressuscité. C’était plus fort qu’eux, il fallait qu’ils le disent, quitte à y laisser leur vie. Pas crédibles des gens comme cela ?

C’est grâce à leurs témoignages, puis à celui d’une multitude d’autres personnes qui ont poursuivi cette transmission, qu’aujourd’hui je me trouve quelque part en Espagne, un certain 18 mai 2009. Tout ça une histoire de fous ? Peut-être pour certains, très certainement pas pour moi. Voici les toutes premières phrases qu’a écrites le rédacteur d’un des quatre évangiles. Son nom était Jean, il a été un de ces témoins :

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêté. Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean [le Baptiste]. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire … »

Un Passage difficile, pour le moral du marcheur !

 

Santo Domingo de la Calzada a toujours été un haut lieu du pèlerinage de Santiago depuis qu’un ermite, nommé Domingo, a consacré toute sa vie à l’accueil et aux soins des pèlerins. Il a dû avoir un sacré boulot, le brave et saint homme ! Lorsqu’il y a quelques jours, je m’interrogeais sur l’arrivée par la mer du corps de Saint Jacques et que, par contre, je faisais référence à ce qui avait pu se bâtir de saint autour du pèlerinage, je ne connaissais pas encore l’histoire de Santo Domingo. Et des Domingo, il y en a eu beaucoup depuis 900 ans.

Pour ce qui est de Saint Jacques lui-même, c’est quelqu’un que j’honore parce qu’il a été un ami proche de Jésus. Il a été de tous les événements importants de sa vie publique, comme par exemple celui de la Transfiguration. J’ai pensé à lui à plusieurs reprises jeudi dernier, fête de l’Ascension, car voici le texte de l’évangile de ce jour :

« Jésus ressuscité dit aux onze apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. » Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. »

Marc 16, 15-20

Saint Jacques le Majeur fut un de ceux-là. Pierre partit pour Rome, Thomas vers l’Inde. Saint Jacques vint en Espagne et retourna à Jérusalem où il fut décapité. Il est donc un de ces tout premiers témoins qui ont reçu la Bonne Nouvelle de Jésus. Paul, un juif fervent qui commença par persécuter les premiers chrétiens, se convertit et partit annoncer avec fougue ce Jésus Christ ressuscité en Asie Mineure – la Turquie actuelle – et la Grèce.

Ils ont bien rempli leur mission car la Révélation est effectivement parvenue aux extrémités de la terre. J’en suis un des bénéficiaires, moi le finistérien. Merci Jacques, et les autres.

C’est à Santo Domingo de la Calzada que s’est produit un événement personnel bien réel qui m’a profondément interpellé.

Tout au long du chemin de Saint-Jacques, les rencontres se suivent et ne se ressemblent pas. Le soir, à l’étape, on est amené à parler avec des gens très divers que, la plupart du temps, on ne reverra jamais plus à cause des rythmes de marche qui ne sont pas les mêmes.

Ce soir-là, à table, le petit groupe de trois ou quatre pèlerins français que nous formons depuis deux jours est rejoint par deux femmes ; elles semblent connaître déjà l’un ou l’autre d’entre nous. Pas de problème si ce n’est que je découvre rapidement qu’il n’y a aucun atome crochu entre l’une d’elles et moi, mais alors vraiment pas un seul ! C’est même quasiment l’inverse car, m’ayant adressé la parole cinq fois, elle a réussi la performance de me mordre cinq fois ! Ça fait beaucoup, beaucoup trop. Si ça continue, je vais l’envoyer… Je ne sais plus si auparavant j’ai dit quelque chose qui ne lui convenait pas, ou si je lui rappelle quelqu’un qu’elle ne peut pas encadrer… Je préfère donc me mettre prudemment en position de repli, ça devrait aller dans le bon sens. Le dîner se poursuit et se termine tranquillement. L’autre femme n’a pratiquement rien dit, elle est particulièrement réservée, ce qui fait du bien.

Je ne me souviens plus du tout des sujets de conversation, mais je pense que nous avons dû parler d’où nous venions, ce qui nous a poussés à nous mettre en marche… Peut-être ai-je abordé ce qui s’est passé à Lorient pendant la guerre, les bombes… Toujours est-il qu’à la fin du repas cette seconde personne se lève pour nous quitter et en même temps elle me lance, gentiment mais très fermement un

« Tu arrêtes d’emmerder le monde avec tes bombes et tes crevards. Si tu continues à en parler, c’est que tu y trouves un avantage. »

Le choc est rude, un véritable missile de plein fouet ! Elle n’a sans doute pas prononcé le mot emmerder mais c’est ce que j’ai entendu tant son expression était forte. Dans d’autres circonstances, ma riposte aurait été fulgurante mais là, alors là… que quelqu’un d’aussi calme, discret et réservé puisse me dire cela avec une telle détermination, ça ne peut que traduire quelque chose d’essentiel, pas pour elle, pour moi. Je ne prends pas cela pour une attaque comme celles de sa copine, c’est vraiment d’un tout autre niveau. Je comprends instantanément qu’elle me dit cela pour me rendre service, pas pour me faire du mal. Ma seule réaction est de me taire, parce que je ne sais pas négocier avec la vérité. Tout le monde se quitte, j’ai en poche un sacré paquet cadeau !

J’ai souvent repensé à ce moment et à ce qui m’a été dit avec tant de pertinence, de force et même d’autorité. Et je l’ai pris au sérieux. Il a fallu que je vienne jusqu’ici, à pied, pour entendre un tel message ! C’est inouï, invraisemblable. Eh oui, il s’en passe de sacrées choses sur le Camino…

Je l’ai tellement pris au sérieux que, quatre jours plus tard, j’adresse à Dieu, la lettre suivante :

 « Seigneur,

« Je vous en supplie, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » nous dit Saint Paul dans sa seconde lettre aux Corinthiens.

Oui, Seigneur, c’est ce que je veux. Et la forme que cela peut prendre, c’est de me réconcilier avec les hommes. Je t’en supplie, accorde-moi cette grâce pendant mon pèlerinage.

Guéris-moi de ma lèpre, cette haine, ce rejet de l’autre, que je traîne depuis mon enfance en réaction au rejet et aux agressions que j’ai moi-même subis.

Jésus, si c’est vrai que tu vis en moi,  je te le demande, manifeste-toi à moi (1). Tu as fait des miracles pour d’autres, c’est ce qu’aujourd’hui je te demande, pour moi. Seul, je n’arrive pas à me guérir de ce mal, trop profond, trop ancré en moi. Il n’y a que toi, fils de Dieu, fils de David, qui peux me guérir. Je fais tout ce chemin, ce pèlerinage pour te le demander.

Aujourd’hui j’ai découvert ce que je crois être la finalité, ou tout au moins une des finalités, de mon pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Seigneur Jésus, guéris-moi. Tu le peux.

À Hontanas, le 24 mai 2009.”

                                                                                                                                                                                                   Louis

(1) Parole prononcée par le père Gilbert Pourchet, du Foyer de la Roche d’Or, lors de son homélie au cours de la messe de la Toussaint 2008, et que j’ai faite mienne depuis

La Castille

La sieste d’hier a eu un effet terrible : j’ai trop de pêche ! Ou alors, je suis vraiment porté. Le programme initial de la journée était d’atteindre San Juan de Ortega, une étape de 24 km, facile d’après les guides. Par manque de chance, avec un départ à 6h45, j’arrive sur l’objectif à 11h15. Que faire ? Passer toute l’après-midi à ne rien faire en attendant l’ouverture du gîte ?

Que peut bien signifier cette paire de chaussures de marche encore en bon état ? Un abandon du chemin ? Un allègement ? Un cadeau pour …

Burgos

Quoi te dire d’autre, sur cette jolie ville que : « Fais comme moi : regarde et contemple, en particulier l’extérieur et l’intérieur de la cathédrale Santa Maria de cette capitale historique du royaume de Castille ? »

La Cathédrale
La coupole à la croisée de la nef et du transept
La Nativité

 

On tourne un western dans le coin ?
Statue de bronze sur la grand-place de Léon. Courage mon frère, on n’a jamais été aussi près de notre but, mais le luxueux hôtel Parador qui est en face de toi ne t’accueillera pas !
 
Repos après la longue journée d’hier. Leon est une ville très agréable, ses monuments sont superbes. Je consacre un bon tiers de la journée rien que pour la cathédrale et son musée ! On y voit une statue exceptionnelle : La Virgen de la Esperanza, où Marie est représentée enceinte.
 
La Virgen de la Esperanza

 

Quand je la regarde, j’ai l’impression d’entendre Marie se dire : « Quand je vois tous ces amoncellements de sacs à dos et de chaussures, je ne peux m’empêcher de me demander « combien d’enfants vais-je finalement avoir ? » Non pas que cela m’inquiète, bien au contraire, car plus ils seront nombreux et plus mon fils premier-né, Jésus, aura de frères et de sœurs qui l’aimeront, et cela réjouit profondément mon cœur de mère. Alors, Seigneur, je te redis mon FIAT, que tout se passe pour moi selon ta parole. »

Ne pouvant pas disposer de ma chambre pour une seconde nuit, je quitte la pension et me réfugie dans une usine à dormir (150 places) managée par qui ? des Bénédictines ! Je n’en sortirai vraiment pas, mais l’accueil y est très sympathique.

En quittant Villar de Mazarif ce matin, mon objectif est double : atteindre Astorga, une jolie petite ville, et trouver quelque part une messe en ce dimanche de Pentecôte. À Villar de Mazarife même ? Impossible avec un départ à 6h20. En cours de route ? Très difficile de tomber au bon moment au bon endroit. Restait Astorga. Et là, merveille. À mon arrivée à 12h20, on m’annonce qu’il y a une messe à moins de 200 m du gîte, à 13 h ! Aurai-je l’audace de dire qu’aujourd’hui, pour la première fois de ma vie, j’ai fait 31 km à pied, sous un soleil de plus en plus costaud, pour aller à la messe ? Peut-être.

 

C’est dans le passage du Cebreiro que je me dis : « Ça y est ! Elle a fini par arriver ! Qui donc ? Mais la fatigue, bien sûr. » Pas celle que l’on ressent après une bonne journée d’exercice en plein air. Non, celle-ci est plus méchante car elle s’insinue et attaque toujours aux moments les plus délicats. Je sens désormais que le réservoir d’énergie est presque vide. Les nuits ne suffisent plus pour la récupération journalière. Il va falloir faire plus attention dans les jours qui viennent ; heureusement, il ne reste plus que 160 km environ pour arriver à Santiago. À ce sujet, j’ai établi une liaison radio avec la tour de contrôle de Santiago. J’ai obtenu l’autorisation pour mon atterrissage : lundi 8 juin, 13 heures.

Du côté de Sarria, j’éprouve un grand plaisir : mon compteur kilométrique « distance restant à parcourir » vient de passer de trois à deux chiffres. Que je le veuille ou non, j’ai beau être là pour autre chose que la performance sportive, il n’empêche que d’approcher si près de mon but géographique, ça fait du bien.

La Cruz de Ferro
Les « touristes »

La fatigue continue à confirmer sa présence de plus en plus régulièrement. En fait, elle s’est révélée dans la descente des Monts du Leon, entre la Cruz de Ferro et El Acebo. Tous les ingrédients nécessaires étaient alors rassemblés : le soleil, la longue montée puis la descente.

Il a fallu que je me retienne pour ne pas embrasser ce panneau …
Moment d’émotion, l’entrée dans la cathédrale
Fatigué, rincé par la pluie, mais heureux

Première chose à faire : aller à la cathédrale car c’est bien elle qui est le but ultime de ma longue marche. Pas d’exubérance mais une grande satisfaction, un bonheur profond. Je souris de bon cœur quand, téléphonant à mon fils Loïc pour lui faire part de mon arrivée, il me demande « Mais quand tu es parti, tu pensais vraiment aller jusqu’au bout ?  » Réponse immédiate : « Oui, bien sûr ! Ne pas aller jusqu’au bout n’est pas dans ma nature, ça ne m’intéresse pas. »

J’aurais aimé assister à une messe aujourd’hui, mais il n’y en a pas l’après-midi. Ce sera donc pour demain matin ; il suffira de me lever un peu plus tôt que prévu.

Je trouve une pension sympa, propre, pas chère, en plein centre ville et j’obtiens ma Compostela, au nom de Ludovicum Tanguy.

Le Christ en gloire, au milieu du porche principal
Le pèlerin entre les deux tours de la basilique
Le choeur et le maître-autel
Statue de saint Jacques

Le lendemain, messe d’action de grâces à la cathédrale à 7h30. Je commence à deviner qu’il va m’en falloir du temps pour digérer ce qui s’est passé pendant ces deux derniers mois !

Rien d’autre que de rentrer à la maison pour retrouver Monique, les enfants, les proches, après un dernier passage à Santiago. Comment cela va-t-il se passer après une absence si longue et si riche en événements ?

C’est avec une réelle nostalgie que je me retourne sur ce « grand voyage » que je viens de vivre pendant ces deux derniers mois. Il m’a conduit du Puy-en-Velay jusqu’à Compostelle, d’une seule traite, soit environ 1600 km. Départ le 15 avril, arrivée le 8 juin 2009, soit 53 jours de marche effective et deux jours de repos : un à Burgos, un à Leon. À cela s’est ajoutée une escapade « au bout du monde », au Cabo Fisterra, en touriste. Retour à la maison le 11 juin, d’un coup d’aile de deux heures, là où il m’aura fallu deux mois de marche…

Cela correspond à une progression moyenne de 25 km par jour sur la partie française du parcours et de 35 km par jour sur la partie espagnole. Si la partie française est incontestablement la plus belle sur les plans culturel et touristique, c’est la partie espagnole qui est la plus riche sur le plan spirituel, ne serait-ce que parce qu’elle abrite le but, Santiago, mais aussi parce qu’elle est le théâtre de l’aboutissement d’une lente maturation. Le chemin y est plus ingrat, le soleil cogne, la fatigue s’accumule… En réalité, l’une prépare à l’autre. Et il en faut du temps, beaucoup de temps, et beaucoup d’énergie, pour atteindre le but qui se révèle progressivement comme étant non pas un lieu géographique mais un endroit situé au plus profond de soi-même.

Oui, ce grand voyage ne se mesure pas en nombre de kilomètres parcourus car il s’agit d’une très grande descente à l’intérieur même du voyageur. Aller à la rencontre de soi-même, sans aucune espèce de fioriture, est quelque chose d’immense, d’incommensurable.

Certes, je ressens une sérénité profonde, celle de celui qui s’est battu, qui a jeté dans la bataille toutes ses ressources physiques, morales, psychologiques et spirituelles, et qui peut se dire tout doucement, paisiblement, au plus profond de lui-même : « Ça y est ! Je l’ai fait ». Oui, je l’ai fait. Je suis allé à Compostelle. Mais est-ce cela la vraie source de ce bonheur énorme qui m’envahit ?

Non, car ce n’est rien à côté du véritable trésor tant moral que spirituel qui a été mis au jour. C’est la contemplation de ce trésor qui génère la sérénité qui me submerge. Je la goûte, silencieusement. Je dîne, puis je vais me coucher.

 Cabo Finisterre. Au bout d’une journée, les jambes ne tardent pas à me démanger Un des bouts du monde est là, à ma portée. Il faut que j’y aille. 

Le Cabo Finisterre

Dans ma vie, j’ai eu la chance, de pouvoir aller le plus loin possible, à partir de la France : à l’Ouest, en Californie ; à l’Est, au Japon ; au Nord, à la presqu’île de Mourmansk en Russie ; au Sud, au Cap de Bonne Espérance. Le Cabo Finisterre est un point mythique ; je ne peux pas ne pas y aller ! D’autant plus qu’il n’est qu’à 80 km environ de Santiago. Quelques heures en bus. C’est le bout du monde, comme on le croyait dans l’antiquité. On ne pouvait l’atteindre qu’en osant passer les Colonnes d’Hercule (Gibraltar) puis en prenant de gros risques à naviguer sur la Mare Tenebrosum ou Mer des Ténèbres (l’Atlantique). 

Le Cabo Finisterre est beau dans sa forme générale, sa roche, ses pentes raides vers la mer. Je l’apprécie mais je ne peux pas m’empêcher de le comparer avec ma chère Pointe du Raz.

Là, face à la mer, je me laisse partir à méditer. Une question tout à fait nouvelle me vient à l’esprit : « Et maintenant, que vais-je faire ? « 

À ce stade, je suis surpris par la convergence de divers faits :

– mes batteries personnelles sont à plat. Je n’en peux plus,

– la batterie de mon téléphone est au mini, or je ne peux plus la recharger parce que le chargeur m’a lâché il y a deux jours,

– la carte mémoire de l’appareil photographique est pleine,

– je bute contre la mer. Elle est là devant moi, à droite, à gauche.

Conclusion : je rentre à la maison, heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage …

Au Cabo Finisterre

 

Le lendemain, je suis là, devant Toi, Seigneur, dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Je prie pour ma famille et mes amis et je Te dis merci pour tout. Effectivement, nous avons eu une très longue conversation au cours de laquelle Tu m’as aidé à comprendre bien des choses et à expérimenter de nouveaux comportements. Cela ne me suffit pas de Te le dire, j’ai besoin que cela reste ; je l’écris dans mon carnet de route :

« Mon Dieu,

Aujourd’hui, 11 juin 2009, en la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, juste avant la messe des pèlerins de 12 heures, je te demande, Dieu, Père, de me laisser vraiment me réconcilier avec Toi. Fais-moi la grâce de ne plus vivre avec cette peur de Toi et des autres qui a pollué toute ma vie jusqu’à ce jour.

Donne-moi d’avoir confiance en Toi, non pas de « croire en » mais de vivre de Ton amour. Que cela ne soit plus une connaissance mais devienne un vécu de tous les jours, avec tout le monde.

Guéris-moi de cette lèpre dont je n’ai jamais pu me défaire.

Pardonne-moi ce péché et reçois le pardon que je veux donner aujourd’hui, tout particulièrement à ceux qui m’ont piétiné quand j’étais enfant. À ceux qui ont piétiné mes parents. À ceux qui nous ont appelés « les crevards ».

Enlève cette révolte que j’ai encore en moi. Donne-moi enfin ta paix.

Accepte le pardon que je donne à l’oncle Louis et à tous ceux qui ont adopté son comportement. Transmets-leur mon pardon, sincère. Que la paix soit désormais entre nous, et que Ta paix s’installe désormais, d’une façon totale et définitive dans mon cœur, afin que je puisse la transmettre aux autres.

Merci, Seigneur, je Te rends grâce. »

                                                                                                                                                                                                                                                                                      Louis

  

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