PRÉSENTATION

 
 

« Tu devrais écrire ce qui s’est passé, ça pourrait faire du bien à quelqu’un. »  Edouard Gueydan s.j.

Cette phrase est à l’origine de ce qui est devenu pour moi une véritable aventure. Elle a été prononcée par un excellent ami, bien plus âgé que moi, rempli de sagesse. Aujourd’hui, il n’est plus des nôtres, mais il m’est toujours présent. Il était jésuite, comme l’indiquent les lettres s.j. à la suite de son nom. Il a été mon accompagnateur spirituel pendant plus de dix ans.

Il était doté d’une grande finesse d’esprit que j’ai beaucoup appréciée.

Elle a été prononcée en 2009, lorsque je suis rentré de mon pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle ; ce fut une absence de la maison de presque deux mois et une véritable succession de faits totalement inattendus. J’avais lu qu’il se passait bien des choses surprenantes sur ce chemin ; je n’ai pas été déçu parce que j’ai été amené à vivre ! C’est le moins que je puisse dire. Je savais que l’on ne sort pas indemne d’une telle expérience, mais je n’aurais jamais imaginé la force de l’impact. Certes, cela n’a pas provoqué un chamboulement total de ma personnalité, mais bien des modifications se sont réalisées en profondeur dans ma façon de vivre, Et j’en suis profondément heureux. J’en parlerai en détail dans un des chapitres à venir.  Pour en revenir à la suggestion, j’avoue qu’elle m’a beaucoup surpris, et tout autant embarrassé. Comment y répondre positivement dans la mesure où il s’agit, d’une part, d’une expérience très intime et, d’autre part, du fait que je n’avais strictement aucune expérience dans le domaine de l’écriture d’un livre. Toutefois, ce qui m’a freiné dès le début a fini par lâcher assez rapidement et j’ai pu « sortir » un premier document, mais en adoptant un profil bas : un livre photo dans lequel j’avais introduit, pudiquement, du texte. Vraiment le minimum pour m’exprimer à demi-mot.

Quatre ans plus tard, je me suis de nouveau retrouvé sur un chemin de pèlerinage : celui de Paris au Mont Saint-Michel. A cette occasion, j’ai reçu au fond de moi, de nouveau, quasiment la même demande mais, cette fois-ci, elle était formulée d’une façon plus explicite car elle contenait le bout de phrase suivant : « Cette fois-ci, ce que je te demande, c’est un vrai bouquin ».

Eh bien… Euh… quoi dire ? Que faire ? J’étais au pied du mur… Ni plus, ni moins.

Là aussi je donnerai des détails sur cette séquence dans un prochain chapitre.

Je parle de chapitres parce que finalement un livre papier a vu le jour, en auto-édition, sous le titre « Viens, et vois ».

Plutôt que d’en parler moi-même, je préfère que quelqu’un d’autre le fasse. Mon ami Paul CLAVIER a en effet écrit la recension suivante :

 

Livre « Viens, et vois »

Recension

L’homme du 21ème siècle a redécouvert qu’il n’avait pas seulement des mains pour écrire ou prier, mais aussi des jambes pour marcher. Les routes de pèlerinage que l’on croyait désaffectées, ou réservées à d’incorrigibles nostalgiques, sont à nouveau encombrées. Des paroissiens en partance pour Compostelle, le Sinaï ou le Mont Saint-Michel font désormais le siège du Vieux Campeur en quête de tapis de sol gonflables, de chaussures inusables, d’anti-moustiques et de capes de pluies. Les tour operators spirituels vous offrent de marcher sur les pas des apôtres. Les carnets de voyage ont tendance à remplacer les ouvrages de spiritualité. Notre vie spirituelle n’est-elle pas justement un voyage ? Du coup, la marche spirituelle est devenue un marché. Mais l’offre est devenue tellement touffue qu’il est bien difficile de s’orienter dans ce nouveau bazar. Les uns privilégient la performance du randonneur, les autres la méditation sur les paysages, d’autres les conseils et les bonnes adresses, d’autres encore la relecture de leur itinéraire à la lumière de l’Écriture. Quel axe sera le plus vendeur ? Quel style plaira mieux ?

Louis Tanguy est aux antipodes de cette mode. Il s’adresse directement à son lecteur. Viens et vois, titre de son témoignage, fait retentir l’appel de Jésus, et par contrecoup, c’est une adresse au lecteur. Sans le moindre chichi, sans la moindre affectation stylistique, Louis Tanguy livre, dans une conversation intime mais pudique, son itinéraire. Né dans les bombardements de la guerre, Louis gardera longtemps une blessure, celle du milieu très modeste qui le voit grandir, et où l’on est facilement traité de « crevard ». Mais ce ne sont pas des souvenirs d’ancien combattant qu’il partage. Il s’agit de tracer une route qui tienne, et qui permette d’avancer. Sur cette route, tout compte : les rencontres, les oublis, les envies, les obstacles, les contretemps, les hasards. Avec une simplicité déconcertante, Louis Tanguy dit tout. Loin du marketing religieux, il décrit ses rencontres avec le Seigneur, qui sont autant de rencontres avec lui-même et de découvertes de sa vocation qui est de « le dire aux autres ». Il nous partage la guérison de ses blessures. Le tout dans un ouvrage autoédité, ingénieusement mis en page, et très généreusement coloré de photos allant du plus classique (le bordj de Tamanrasset) au plus saugrenu (doigts de pieds). Louis Tanguy est le contraire d’un auteur qui cherche à mettre en scène ou à styliser. Tout est vrai dans ce récit. Tout est concret, rien n’est contrefait. Il ne cherche pas à nous faire marcher. Du coup, on marche avec lui. Au fond, Louis Tanguy ne s’intéresse pas à lui. Il s’intéresse à ce que Dieu veut faire de lui, et de chacun de nous. C’est pourquoi la lecture de Viens et vois est si libératrice. Le lecteur n’est jamais piégé, jamais manipulé. Il est tout simplement mis dans la main de Dieu, par un frère qui se laisse porter. C’est une rencontre et un partage inoubliable, avec un compagnon de route somme toute ordinaire, et pourtant traversé par la Lumière. 

Paul Clavier

Département de Philosophie
École Normale Supérieure
45, rue d’Ulm 75005 PARIS

 

Il se trouve que je suis retourné à Jérusalem récemment, en novembre 2017. J’y suis allé, certes pour moi-même, mais j’ai également beaucoup pensé aux enfants de ma paroisse : ne serait-il pas possible de procéder à une sorte de reportage sur le contenu de mes journées que je leur transmettrais, ensuite, en léger différé, grâce à Internet ? Sur le terrain, cela s’est rapidement révélé être une excellente idée mais quasiment impossible à concrétiser pour différentes raisons, tant techniques que matérielles ou personnelles. L’idée d’un site a alors germé, il devrait me permettre d’atteindre mon objectif initial à mon retour à la maison. Il est en cours d’élaboration, voici ses premiers balbutiements.

Ce site va être organisé autour de deux parties principales :

. la première va reprendre en grande partie le contenu du livre « Viens, et vois » car il contient de nombreux éléments qui vont dans le sens des questions que je souhaite aborder ici,

. la seconde partie traitera de ce que j’ai vu et vécu en Terre Sainte en 2017.

Je sais qu’une question ne manquera pas de m’être posée : pourquoi donc traiter si  ouvertement d’un sujet éminemment personnel ? S’agit-il d’un besoin irrépressible de te montrer, de t’étaler ? En un mot de te faire « mousser » ? 

Ma réponse est non, catégoriquement non, pour une simple raison : il est trop difficile de se découvrir devant les autres pour des motifs aussi futiles. Ça friserait plutôt la bêtise. Non, ma motivation profonde, celle qui m’a donné la force de me lancer dans un tel travail de dingue et surtout d’y persévérer, tient au fait qu’il me suffit de regarder, d’observer le monde dans lequel je vis, de voir le comportement de beaucoup de personnes que je côtoie, d’écouter leurs besoins, leurs aspirations. Ils sont profonds mais malheureusement souvent difficiles, pour ne pas dire pénibles, à exprimer. Alors, sans vouloir rechercher une espèce de gloriole aussi stupide que déplacée, et, surtout, sans vouloir me comparer à eux, je suis amené à admettre que j’ai eu la chance de beaucoup recevoir dans ma vie. Il en résulte en moi la nécessité de donner, de redonner, au moins une partie de ce que j’ai reçu.

Je n’ai pas la moindre idée sur qui pourra, ou voudra, en bénéficier ; et cela ne me préoccupe pas du tout. Peut-être s’agira-t-il d’amis qui ont déjà entendu quelques bribes au sujet de mes pélés ? Il se peut, également, que ce soit des personnes qui me sont et, sans doute, resteront totalement inconnues. Qui vivra verra. 

Le contenu de ce site n’a qu’un seul but : initier, susciter en toi, ami lecteur, des réflexions, des sentiments, des émotions. Il se peut même que cela déclenche en toi le désir ou le besoin de poursuivre par toi-même la route ainsi ébauchée, sous quelle que forme que ce soit. Si c’était le cas, alors vas-y, sans crainte ni hésitation, car tu n’y trouveras que du bonheur et ce sera à ton tour de donner à qui tu veux, à qui te sollicite.

Ce site s’adresse également, sinon plus, à toi qui sais que tu ne pourras jamais te lancer dans cette expérience du pèlerinage pour une raison physique, de santé, d’âge, financière, de disponibilité… Je veux t’offrir toutes les belles choses que j’ai vues ou vécues pour qu’elles viennent éclairer ton propre chemin. Tu verras qu’il y a, malgré tout, bien d’autres manières de se mettre en mouvement. En disant cela je pense au gars qui, il y a maintenant bien des années, a écrit un livre dont le titre était « L’homme qui marchait dans sa tête ». Il était handicapé moteur. Bravo à lui.

Il me semble nécessaire de commencer par me présenter avant de prendre la route avec toi, afin que tu puisses cerner, un peu, celui avec lequel tu vas crapahuter pendant bien des heures et bien des jours, sous différents cieux, dans des conditions physiques et mentales diverses. Tu pourras ainsi mieux comprendre certaines de mes réactions. Sinon, partir ensemble n’aurait aucun sens.

Ne sois pas surpris, s’il te plait, par mon tutoiement. Je te prie de l’accepter. J’en ai pris le parti tout simplement parce que je suis incapable de vouvoyer mes proches et mes amis. Nous sommes tous sur un même pied d’égalité. Il ne peut en être que de même avec toi dans la mesure où je vais te partager bien des expériences et des sentiments très personnels. C’est une simple question de proximité. Je t’en remercie.

Tu découvriras rapidement que je ne suis pas un écrivain : je n’ai jamais rien écrit d’autre dans ma vie que des rapports et des dossiers techniques. Quand je m’exprime, j’attache beaucoup plus d’importance au fond qu’à la forme. Par ailleurs, je suis tout sauf un maître en spiritualité, ni un expert en théologie. Je ne cherche qu’à faire un témoignage en te disant amicalement « Si tout cela m’est arrivé, si j’ai reçu tout ça, pourquoi ne pourrait-il pas en être de même pour toi » ?

Tout a commencé en 1942. Je suis né à Quimper, mais j’ai été conçu sous les bombes déversées par tonnes et par tonnes par les avions américains et anglais qui essayaient, sans succès, de détruire la base sous-marine de Lorient, l’une de celles d’où partaient les sous-marins allemands qui attaquaient les convois alliés dans l’Atlantique Nord. Mes parents y avaient construit leur maison, juste avant la guerre, à faible distance de l’endroit qui allait devenir un véritable enfer.

Bombardement aérien sur des usines de la banlieue parisienne

 

La base sous-marine de Lorient
 
 
Destructions massives
 
Où vont-ils avec les quelques affaires qui leur restent ?
 

Il y a une vingtaine d’années, un ami m’a dit : « Il a fallu que tu aies été terrorisé pendant ton enfance pour expliquer certains des comportements et des réactions que tu as encore aujourd’hui ».

Oui, effectivement, j’ai été terrorisé, là-bas, à Lorient, dans le ventre de ma mère, pendant de nombreuses nuits d’enfer. La maison a été finalement brûlée, par des bombes au phosphore. Encore quelques réfugiés de plus 

Avec mon père, ouvrier métallurgiste, et ma mère, femme au foyer et éducatrice de ses quatre enfants, nous avons connu de façon précise la signification du mot pauvreté. C’est tellement vrai que nous avons reçu, très fraternellement, une belle appellation de la part de nos oncles et tantes : pour eux nous étions « les crevards« . Oui, effectivement, nous en étions, mais ils se sont juste contentés de nous le dire ouvertement, en se moquant de nous. Aucune aide. Tu comprendras aisément que, dans un réflexe de survie, il y ait eu un jour, quelque part du côté de Quimper en Basse Bretagne, un tout petit garçon qui a fait à tout ce beau monde ce que les adultes appellent un gigantesque bras d’honneur. Un crevard ? des crevards ? Ah bon, on va voir si c’est vrai : je ferme ma gueule, je serre les poings, je bosse, je bosse, et je rebosse. On verra bien, un jour, si c’est « pour de vrai ».

Le principal ennui dans cette affaire, et j’en ai pris conscience il y a seulement une quinzaine d’années, c’est qu’en envoyant tout, et tout le monde, « paître » je n’ai pas donné dans le détail. Tout est parti par-dessus bord, y compris, malheureusement, Dieu lui-même, ou tout au-moins sa qualité primordiale : l’Amour. Je n’étais qu’un petit enfant, je ne savais pas ce que je faisais… Lorsque plus tard on me parlait de Dieu, j’ai dû me demander plus d’une fois : « Mais qui est Celui dont j’entends parler ? Il s’agit de quoi ? Quand je vois le monde de brutes et de méchants dans lequel je vis, ce n’est pas sérieux, ou alors je ne comprends pas » !

C’est ainsi que j’ai cherché quelqu’un qui m’a toujours attiré, mais j’avais un bandeau sur les yeux et une énorme brisure au cœur.

 

Mon enfance et ma jeunesse ont été profondément marquées par la pauvreté, avec une conséquence insupportable : la solitude. Quand on n’a rien, on ne rencontre personne. On n’a aucune activité comme les copains, pas de cinéma, pas de voyages, pas d’accès à la culture, rien. C’est un fait que j’ai pu vivre des moments intéressants car les gens et le pays n’étaient plus dans la tourmente des années 40, mais le problème est venu directement de moi. En effet, compte tenu de toutes les agressions qu’il avait fallu supporter, j’ai, dans un réflexe de survie, construit autour de moi, ou plutôt autour de mon cœur, une énorme protection, impénétrable, indestructible. Ce n’est qu’à l’âge adulte, bien avancé, que je me suis rendu compte que, pendant mon enfance, je m’étais fait ma propre base sous-marine. Là, je pensais être en sécurité car je pouvais voir venir l’agresseur et lui résister. Le problème majeur sur lequel je n’ai rien anticipé, car je n’étais qu’un enfant, a résidé dans le fait que toute « protection » contre l’extérieur risque fort de conduire à un enfermement sur soi-même.

Cela explique le nombre restreint de mes souvenirs d’enfance car j’en ai enfoui la grande majorité sous ma carapace blindée d’acier et de béton. J’en ai cependant gardé un parce qu’il était trop énorme pour un enfant, celui de la maladie respiratoire infectieuse que j’ai prise très jeune. Je ne sais plus si c’était à la fin de la guerre, j’avais donc deux ans ou à peine plus. C’est ma mère qui m’a dit ce qui s’était passé. Quand elle m’a conduit chez le médecin, le diagnostic est tombé comme un couperet : « C’est grave, c’est une pleurésie. Nous ne pouvons rien faire. Il va mourir. » (Si cette maladie se soigne aujourd’hui très bien et rapidement, ce n’était pas le cas à cette époque parce qu’il n’y avait pas encore les antibiotiques). Ma mère a refusé cette sentence et s’est jetée dans une bataille sans merci avec les moyens du bord. De ces moyens je m’en souviens très bien parce qu’ils étaient barbares : de nombreux cataplasmes brûlants à la moutarde. Une horreur. Mais elle a gagné la bataille, elle m’a sauvé la vie.

Je n’ai pas à aller chercher bien loin d’où me vient mon tempérament de guerrier. Ma « Struggle for life » a commencé très tôt.

Un jour, relativement récemment, de l’ordre d’une dizaine d’années, est montée en moi la question : « Est-ce bon pour moi de garder tout cela au fond de moi ? » Ma réponse a été claire : NON, car c’est comme une sorte de venin que je porte en moi et qui me fait mal. Pourquoi ne pas tenter de l’expulser ? Pourquoi ne pas tenter de me rapprocher de la vérité, de ma vérité personnelle, en regardant en face ce qui s’est passé au lieu d’en rester à un « oubli artificiel » lié à un classement trop rapide de faits essentiels dans la rubrique « pertes et profits » ?

Ma réalité est que j’ai terriblement souffert de notre pauvreté tout au long de mes études secondaires puis au cours de mes études supérieures. Quand on est enfant, il est relativement aisé de s’en accommoder parce que « c’est comme ça ». Pas besoin de philosopher. Mais quand on commence à devenir adulte, ça fait mal, très mal, surtout quand il y a des accidents de parcours qui viennent s’y greffer. 

Le Rafale

Depuis l’âge de 14 ans je suis habité par une passion extrêmement forte pour les avions. Tous mes amis me connaissent comme étant un fou furieux de ces lampes à souder et de ces ventilateurs qui se déplacent dans le ciel. Je pensais qu’avec l’âge ça irait en s’apaisant. Que nenni ! Elle me tient toujours. Malgré mon âge avancé, je continue à dire, en blaguant, « Quand je serai grand, je serai aviateur « . (Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi cette parole fait systématiquement sourire mes interlocuteurs…).

J’ai toujours été surpris d’observer mon comportement dans ce domaine car, comment puis-je être passionné par ces machines volantes alors que j’aurais dû, au contraire, les détester violemment parce que ce sont leurs homologues qui ont été à l’origine d’une bonne partie de mes souffrances d’enfants ? Cela est resté totalement incompréhensible pour moi jusqu’au jour où, il y a seulement une quinzaine d’années, j’ai eu comme un flash.

En réalité, tout s’explique aisément. Je suis passionné d’aéronautique mais, dans cette passion, j’ai un domaine préféré : celui des avions de chasse, ceux qui vont le plus haut, le plus vite. Étonnant me diras-tu ? Non, plus maintenant, depuis que j’ai compris que les avions de chasse, particulièrement ceux de la Royal Air Force, pendant la dernière guerre, avaient pour mission essentielle de se projeter le plus vite possible à la rencontre des bombardiers allemands afin de les empêcher d’aller détruire les villes anglaises. Je te laisse décrypter la suite pour ce qui me concerne…

Cette passion m’a conduit à faire des études dans le domaine de l’aéronautique et j’ai fait un peu de pilotage d’avions légers et de planeurs.

J’ai eu l’immense chance que mes parents « se soient saignés aux quatre veines », suivant une expression commune en Bretagne dans les années cinquante, pour me permettre de recevoir une instruction de grande qualité, ou plutôt l’éducation dispensée par les frères des écoles chrétiennes du Likès à Quimper. Entré en sixième classique, c’est-à-dire option latin, cela a tout de suite marché fort. Je n’ai jamais été premier de classe, si ce n’est que lorsqu’un accident de parcours arrivait au titulaire patenté de la pôle position, mais je fus un fidèle second ou troisième. Tout a basculé quand des difficultés dans le travail de mon père on conduit mes parents à me dire : « Nous ne pouvons pas te laisser dans cette filière. Nous ne voulons pas que tu sois un manœuvre (douce expression signifiant alors sous-ouvrier, sans qualification, en fait un manutentionnaire) si par malheur tu devais un jour arrêter brusquement tes études. Il est donc nécessaire que tu abandonnes la filière classique pour entrer dans celle du technique. Au-moins, en cas de coup dur, tu seras au moins un ouvrier, un vrai ouvrier car tu auras appris un métier » ! C’est ainsi que je suis entré en troisième technique. J’ai eu la chance d’atteindre la classe de première technique : désormais, je pouvais aspirer à devenir un bon ouvrier professionnel, et même, peut-être, un technicien. Je commençais à me sortir de ce que j’appellerai pudiquement le marais. Puis ce fut le bac « Maths et technique ». L’option technicien se concrétisait ! C’était merveilleux. A ce stade, j’ai tout logiquement passé le concours d’entrée dans une école privée sous contrat pour devenir ingénieur Arts et Métiers. C’était le débouché naturel de l’école où j’étais. Je n’ai pas compris pourquoi je n’ai pas été pris dans cette école car plusieurs de mes copains de classe, « moins bons que moi aux concours blancs », l’avaient intégrée. C’est une quinzaine d’années plus tard que j’en ai eu l’explication, directement de la bouche de mon ancien directeur d’école (qui peut-être voulait se libérer d’une charge morale) : j’avais été admis ! Oui, pas seulement admissible, mais admis ! Malheureusement ces études, longues, auraient eu un coût élevé pour la formation et l’internat. Mes parents n’étant pas encore assez pauvres, une des rares bourses de l’époque n’a pas été pour moi. Je n’ai pas été pris…

Un sacré coup sur la nuque qui a eu pour conséquence de modifier profondément tout le cours de ma vie.

Bon, serrons les dents, serrons les poings. Dans la vie, il faut savoir encaisser, même les coups qui font le plus mal.

Je rentre en maths sup au lycée de Kérichen à Brest parce qu’il y a là une classe dédiée à la préparation des concours d’entrée à l’École Navale et à l’École de l’Air. Ma passion pour les avions me pousse à vouloir devenir pilote. Mon rêve. Ce rêve va disparaître en quelques secondes lorsque la direction du lycée organise une visite médicale du type de celle que les uns et les autres aurons à passer si nous intégrons l’une de ces écoles. Je suis dans la file d’attente, dans la tenue bien connue dans l’armée, qui ne permet pas de cacher quelque imperfection corporelle que ce soit. Soudain un des toubibs m’interpelle, bien que ce soit encore loin d’être mon tour. « Quelle école prépares-tu ? Salon (École de l’Air). Bon, vas te rhabiller. Inutile d’attendre. Pourquoi ? Tu ne seras jamais pris à cause de la visite médicale. Ta cicatrice d’appendicite est trop grande, en plus il y a des adhérences : risque d’éventration en cas de siège éjectable !  » C’est dit. C’est froid. C’est le crash pour moi. Deuxième coup de massue.

Ça commence à faire beaucoup, même pour une tête de breton. Ça m’assomme tellement fort que je n’envisage même pas d’opter pour la filière officiers mécaniciens ! Je n’ai strictement personne avec qui parler, avec qui réfléchir. Personne pour m’aider à voir un peu clair dans ma situation… dans ma déroute. Il faut avoir connu la solitude totale pour savoir combien elle est terrible.

Des difficultés financières familiales supplémentaires dues au chômage de mon père apparaissent, à ce moment-là, et me mettent dans l’obligation d’abandonner toute prétention à des études supérieures longues. Le choix est ultra simple : c’est soit le travail, immédiatement, soit des études les plus courtes possibles. Ce sera le BTS (Brevet de Technicien Supérieur), spécialité Aéronautique. Je ne fais que revenir dans le processus antérieur après quelques rêveries de gosse pour devenir pilote ou ingénieur.

Reste à ta place et fous-nous la paix !

J’obtiens ce diplôme avec de bons résultats – youpi, je serai technicien supérieur – qui me permettent d’être sélectionné pour rejoindre l’école de formation des Ingénieurs des Travaux de l’Air. Il est vraiment têtu ce breton ! Trente places pour toute la France. Je rentre donc dans la classe préparatoire qui conduira à la sélection de quinze heureux élus. Ceci n’est possible, pour moi, que parce que nous recevons – ô chance inestimable – une bourse sous forme d’un salaire d’ouvrier d’état temporaire. C’est prodigieux, c’est inouï. Je suis d’autant plus heureux qu’à chaque fin de trimestre nous passons des concours blancs et que je suis systématiquement en septième – huitième position. Ça se présente donc bien, j’ai une bonne marge de sécurité. Oui, sauf qu’il va y avoir un méga bug dans le système : l’année de mon concours, il n’y a pas eu quinze élèves de pris… mais seulement trois ! oui, tu lis bien : 3. C’est complètement dingue. La raison ? des restrictions budgétaires temporaires liées à la nécessité de transférer l’école depuis Cap Matifou, dans la région d’Alger, à Toulouse, suite aux accords d’Evian de 1962, et nous étions en 1963. Même l’Histoire de France qui se met à me cogner dessus ! 

Tu aurais vu tous les visages décomposés que nous avions devant le tableau d’affichage des résultats. Ce tableau était au quatrième étage du bâtiment. J’ai eu la sensation physique de descendre par la fenêtre sans parachute. Re-crash. L’ingénieur général commandant l’école a eu vis-à-vis de moi un très beau geste : compte tenu de mon classement, il m’a dit qu’il m’autorisait, exceptionnellement, à me présenter une seconde fois au concours, l’année suivante, mais que je n’aurais plus mon salaire d’ouvrier. Plein d’illusions, j’ai accepté, mais il fallait que je travaille pour gagner ma vie, tout en étudiant pour maintenir mon niveau de préparation (sensiblement Maths Spé).

J’ai alors émigré vers la région parisienne pour chercher du travail, là où les offres d’emploi sont systématiquement les plus nombreuses. J’ai effectivement eu la chance de trouver deux emplois en moins de 24 heures chrono ! L’un chez Dassault, l’autre chez Bertin. Mais mes illusions n’ont pas tenu longtemps. En quelques semaines, j’ai compris que je ne pourrais jamais concilier un travail passionnant à temps complet et des études au niveau requis. J’ai dû abandonner mon rêve, une fois de plus. OUT, au tapis pour la troisième fois !

Ayant, enfin, stabilisé le front sous l’aspect financier, je me suis redonné le droit de faire des études supérieures longues. Et elles ont été effectivement longues, ces terribles études, car je me suis inscrit au Conservatoire National des Arts et Métiers ! Elles furent beaucoup trop longues parce que je n’ai bénéficié d’aucune équivalence ; il a fallu que je reprenne tout à zéro. Pour donner une image pas trop fausse, c’est comme si, ayant échoué au bac, j’avais dû tout reprendre depuis la sixième ! C’est ainsi que j’ai constitué une très belle collection de 13 unités de valeur du CNAM conduisant dans un premier temps à un Diplôme d’Études Supérieures Techniques (DEST), puis au diplôme d’ingénieur, spécialité Turbo-Machines ! Heureusement que j’ai eu très rapidement un statut d’ingénieur sans avoir à présenter un bout de papier. J’étais déjà chef du service Pompes à Gaz et Compresseurs au sein de la Société de Recherches Techniques et Industrielles (SRTI), depuis plusieurs années, quand je l’ai enfin obtenu. Mais ce fut dur, très dur, de concilier travail et cours assidus à l’école. Ce fut « métro, boulot, dodo, CNAM. » J’en ai vraiment bavé, mais j’y suis arrivé. Et je n’ai jamais regretté cet investissement total de ma personne, il a même constitué un atout majeur pour assumer les responsabilités qui m’ont été confiées par la suite. 

Mesure des performances d’un nouveau prototype

 

Dès le début de mon travail en entreprise, j’ai commencé à m’éclater. Il est certain que j’ai toujours aimé travailler, mais là j’ai pu libérer toute l’énergie que j’avais en moi. Tout au long de ma vie professionnelle je me suis passionné pour mes différents jobs. Je me suis alors mis debout, et je le suis resté jusqu’à la fin.

J’ai été embarqué dans de nombreux sujets de recherche appliquée, très différents les uns des autres dans le cadre de la société Bertin. C’était un lieu de foisonnement scientifique et technique de haut niveau. Voici juste un exemple parmi beaucoup d’autres.

Monsieur Bertin, grand spécialiste de la suralimentation des moteurs d’avions à explosion, avait demandé à notre service d’étudier et d’expérimenter la suralimentation des moteurs de voitures afin d’en augmenter fortement la puissance. Nous avons alors défriché un terrain tout à fait nouveau dans les années 60 – 70 mais que tout le monde connaît désormais sous le vocable de « turbo » ; nombreuses sont les voitures équipées d’un moteur diesel en ayant un. A l’époque, il y avait très peu de personnes dans le monde à travailler sur ce principe. Ce fut passionnant.

J’ai également participé aux calculs prévisionnels des températures qui allaient régner à tous les endroits significatifs de la cuve du réacteur nucléaire de la centrale du futur, Fessenheim, aujourd’hui considérée comme une « antiquité ». L’objectif était de définir avec précision les caractéristiques des sondes de températures qu’il fallait y implanter pour être en mesure d’optimiser le fonctionnement des systèmes de contrôle et de commande du réacteur, ainsi que les dispositifs de sécurité qui y seraient associés.

A la SRTI, j’ai eu le plaisir de concevoir un nombre important de pompes à gaz et de compresseurs destinés à la recherche nucléaire.

J’ai ensuite rejoint le Commissariat à l’Énergie Atomique et, plus particulièrement, l’IPSN (Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire). Au début, ma mission a été d’étudier les dossiers techniques déposés par les exploitants nucléaires auprès du Ministère des Transports afin d’obtenir l’autorisation nécessaire pour réaliser les transports de leurs matières radioactives. Il existe en effet une réglementation contraignante destinée à empêcher de faire n’importe quoi, par n’importe qui, n’importe comment, compte tenu du danger potentiel élevé présenté par les matières véhiculées.

Cette activité m’a beaucoup plu car elle me permettait de mettre mes compétences professionnelles au service de la protection de la population et de l’environnement. Ce que je retiens de ces années, c’est avant tout la notion de service public. Je ne connais pas de job plus gratifiant que celui qui permet de mettre ses compétences scientifiques et techniques au service des autres, de ses concitoyens. Toute activité industrielle ayant sa part de dangers, c’est absolument incontestable, il fallait donc traiter ces questions avec compétence et rigueur.

Au bout de quelques années, ma contribution a été élargie au niveau de grands organismes internationaux. Une de mes expériences marquantes aura été celle du groupe de travail institué par l’ISO (Organisation Internationale de Normalisation) pour l’élaboration d’une norme mondiale relative aux contrôles d’étanchéité des emballages de transport des matières radioactives. Il fallait définir des procédures précises et rigoureuses à imposer à tous les exploitants nucléaires, où qu’ils soient sur la planète. J’ai eu l’honneur et le bonheur profond d’en assurer la responsabilité pendant les dix années qu’a duré ce travail de fond. Les meilleurs experts d’une vingtaine de pays y ont contribué dans une atmosphère à laquelle je ne m’attendais pas. Je peux attester que chacun y a donné « le meilleur de sa personne », et c’était tous des « gros calibres ».

J’ai vu la même chose à l’AIEA (Agence Internationale de l’Énergie Atomique) qui est la section énergie nucléaire de l’ONU, basée à Vienne (Autriche). Là encore, j’ai vu le travail en commun de tous ces experts mis à disposition par leurs pays respectifs, pour élaborer ce que l’on appelle des « Recommandations » destinées à guider l’ensemble des pays nucléarisés, dans l’élaboration de leur propre réglementation nationale. Nous ne vendions rien, nous donnions toutes nos connaissances.

Ce rappel de quelques-unes de mes expériences professionnelles fait monter en moi une grande émotion, car elles ont fortement contribué à la structuration de ma personnalité. J’en suis encore tout imprégné.

Il y a vingt ans, mon job était celui que je viens de décrire. Il me plaisait beaucoup, j’étais heureux. Cela faisait un bon nombre d’années que je le faisais, j’avais donc acquis une bonne expérience.

Un soir, je regarde un documentaire à la télévision. Réalisé par la BBC, il traite du grave problème de la pollution des eaux dans le port de Mourmansk, en Union Soviétique. Celle-ci est provoquée par le cœur des bateaux à propulsion nucléaire, des sous-marins en particulier, qui sont laissés à l’abandon sans aucune protection. J’en suis choqué, révolté, écœuré. À la fin de l’émission, je ne trouve rien de mieux à faire que de prier devant mon téléviseur ! Je dis tout simplement au Seigneur “Eh bien voilà, si tu penses que je peux être un peu utile à quelque chose, quelque part, dans ce domaine, c’est OK, je suis volontaire”. Et je pars me coucher.

À mon réveil, tout cela me revient immédiatement à l’esprit. Il faut que j’agisse sans attendre.

Dès mon arrivée au bureau, je prends l’annuaire de l’Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire (IPSN) où je travaille, et je tombe sur la section “Département de Protection de l’Environnement et des Installations”. Il est évident que je le connais déjà, mais aujourd’hui mon regard est totalement différent. Ma décision est prise sur le champ : c’est par là que je vais commencer ma prospection pour un nouveau job, parce qu’il est quasiment dans le cœur de ma cible.

J’obtiens rapidement un rendez-vous avec le chef du département, Alain L’Homme. Je suis désolé de devoir mettre ici son nom en clair mais, si je ne le faisais pas, la suite de mon histoire perdrait beaucoup de son sens.

Dès le début de l’entretien, il me demande ce qui m’arrive, la raison de ma démarche, car il sait que mon travail marche bien. Je ne sais pas ce qui me passe par la tête à ce moment là, toujours est-il que je lui réponds tout de go “Je viens me mettre au service de l’Homme”. Ma réponse me surprend tout autant que lui. S’en suit un moment de silence. Je devine dans son regard la question qui lui trotte dans la tête “Est-ce que, par hasard, Tanguy ne serait pas en train de se payer ma tête” ? Je soutiens son regard et me contente de faire non, lentement, calmement, avec assurance.

Les mots ont dépassé ma pensée mais, à bien réfléchir, ils l’ont très bien traduite sur le fond. Mon interlocuteur le comprend très vite. C’est ainsi que quelques mois plus tard je me retrouve responsable de l’exploitation du Centre Technique de Crise (CTC) de l’Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire. La mission du CTC est de mettre, 24 heures sur 24, 365 jours sur 365, les meilleurs outils à la disposition des experts de l’IPSN, les mieux formés possible, pour qu’ils fournissent à l’Autorité de Sûreté Nucléaire, par conséquent aux pouvoirs publics, tant nationaux que départementaux, une analyse fiable des conséquences réelles ou potentielles de tout accident d’origine nucléaire en France, et même dans le monde, tout ceci dans les meilleurs délais afin de déclencher très tôt les contremesures nécessaires pour la protection de la population concernée ou susceptible de l’être. Encore un beau job, très prenant et exigeant, mais qui m’a permis de vivre, jusqu’à ma retraite, les plus belles années de ma vie professionnelle.

Étonnant. Cela me dépasse encore aujourd’hui.

Ces quelques exemples montrent que je suis bâti sur un socle de raison assez consistant. J’ai toujours eu un grand besoin de respect de la logique et de vérification expérimentale de la vérité ou de la justesse de ce qui m’est dit ou de ce que je vis. Chez moi, c’est viscéral. Je ne supporte pas le baratin, ce qui ne sonne pas juste. Je ne supporte pas « le pipeau ».

À côté de ce dont je viens de parler, il y a tout un volet spirituel qui s’est développé tout au long de ma vie. Mais est-il pertinent d’utiliser l’expression « à côté de » car cela voudrait dire que je partage l’opinion des personnes qui considèrent que le domaine spirituel constitue un monde totalement à part, pour ne pas dire opposé, de celui que je viens de décrire ? Pour elles, il n’est pas possible d’envisager la moindre coexistence entre les deux, tant leurs postulats de base leur paraissent différents pour ne pas dire incompatibles. D’un côté, il y aurait la vérité que d’aucuns appellent scientifique, et de l’autre il y aurait, si du moins il existe, un monde qui ne dispose pas d’assises aussi fiables que le premier. Le second devrait-il, dès lors, s’effacer devant le premier ?

Je n’ai pas la moindre envie de développer ici toute une théorie sur le thème Foi et Raison. Mon désir est seulement d’apporter une contribution personnelle en rapportant des faits concrets, d’une manière aussi rigoureuse et objective que possible.

Finalement, est-ce que tout est obligatoirement fondé sur la raison et sur la logique ? Plus j’avance en âge, plus j’en doute.

Malgré le cataclysme de ma petite enfance, j’ai commencé à reconnaître et à recevoir Dieu vers l’âge de 6-7 ans. Bien aidé en cela par mes parents et leur foi du charbonnier. Il est alors devenu le « Bon Dieu ». Quelqu’un de fondamentalement bon et puissant en face de qui je n’étais pas grand-chose. Il était ma référence absolue, ce qui allait parfois jusqu’à me le faire considérer comme un père fouettard avec lequel il fallait marcher droit. Il était un point de repère fiable pour mener ma vie. Je « savais » qu’Il était amour, parce qu’on me l’enseignait, mais ne sachant pas bien ce qu’était l’amour, je n’y comprenais rien. J’étais cependant bien avec Lui, d’autant plus que je voyais diverses personnes, parents et éducateurs, que j’estimais fiables et qui entretenaient de bonnes relations avec Lui. Ma jeunesse ne me permettait toutefois pas de comprendre ce qu’il en était réellement. Je dis bien « comprendre », car toute notion qui voulait pénétrer en moi devait obligatoirement le faire par le sas de ma raison. Ça n’a pas été sans avoir des conséquences lourdes car, pour des questions de survie, je me suis attaché à développer au maximum ce type d’approche pour tout l’ensemble de ma vie. C’est ce qui m’a valu, un jour chez Bertin, d‘entendre la un excellent ingénieur nettement plus âgé que moi me dire « Tanguy, vous au moins on peut dire que vous êtes bâti sur la logique !  » L’ennui, c’est que cela correspondait à mon unique type de fonctionnement, quel que soit le domaine. Tu peux aisément en mesurer les conséquences positives mais aussi les dégâts dans bien des domaines. Mais j’étais fait comme ça, je devais faire avec.

Cela n’empêche pas que, depuis le début de ma vie professionnelle, j’ai été particulièrement sensible à une prière à laquelle je continue à faire référence : « Dieu, qui ne cesses de créer l’univers, Tu as voulu associer l’homme à ton ouvrage ; regarde le travail que nous avons à faire ; qu’il nous permette de gagner notre vie, qu’il soit utile à ceux dont nous avons la charge et serve à l’avènement de Ton royaume ».

Un jour, j’ai entendu à la radio l’interview d’un philosophe dont j’ai oublié le nom, mais qui avait dit beaucoup de choses qui avaient fait « tilt » en moi. J’avais quasiment bu ses paroles, profondes et sensées.

Je me souviens m’être dit qu’il serait bon pour moi « que je recherche une personne comme lui et que je m’imprègne de sa pensée. Cela pourrait m’aider à évoluer dans ma façon de vivre ».

Je ne savais pas alors que j’allais le trouver ce grand « philosophe » !

En fait, je ne savais pas encore que je le connaissais déjà, mais mal, très mal.

Ma notion de la famille a été particulièrement étriquée, rabougrie, pendant de nombreuses années.

Jusqu’à mon mariage elle a été réduite au stricte minimum : Père, Mère, frère et sœurs. Point. Pas d’oncle, pas de tante parce que, bien qu’ils aient été nombreux, leur rejet total de mes parents a créé un no man’s land bien infranchissable entre eux et les crevards. Donc, zéro cousin, bien qu’il y en ait eu entre dix et vingt. Totalement inconnus.

Cette situation m’a conduit à considérer que la famille rapprochée était le bastion ultime de la survie d’une personne, pour lequel il fallait savoir se battre, le protéger. Il en est devenu de même lorsque j’ai fondé ma propre famille. S’il y a sur terre une valeur sûre, la famille en est une, certainement. 

Un certain jour de 1974, « par hasard » le jour exact de mon anniversaire, j’ai eu le bonheur de « convoler en justes noces », selon l’expression consacrée. J’ai « pris pour légitime épouse » ma très chère Monique. Au fait, l’ai-je vraiment « prise », ou n’ai-je pas tout simplement accepté d’accueillir celle qui m’était ainsi confiée ? Sachant, qu’en termes de réciprocité, je lui étais moi-même confié ?

N’était-ce pas là le début d’une histoire de fou pure et dure ? Cela ne nous a pas empêchés de fêter le quarantième anniversaire de notre mariage il y a quatre ans. Était-ce une bêtise selon l’opinion malheureusement répandue, pour ne pas dire une « connerie » ? Sauf que cette aventure, car c’en est une, si elle présente un sacré lot de difficultés, est en même temps génératrice d’un bonheur qui n’a rien à voir avec celui qui peut provenir de diverses autres sources telles que la vie professionnelle, l’argent, la gloire… Que peuvent peser aujourd’hui dans la balance mes merveilleux souvenirs professionnels face à ceux de ma vie de couple et familiale ? Qu’est-ce qui est désormais gravé dans le marbre et qu’est-ce qui est volatile pour ne pas dire totalement volatilisé ?

Enfin, chacun son opinion… mais pour moi il n’y a pas photo. J’ai fait le bon choix en privilégiant en permanence ma vie de famille au détriment du carriérisme. J’ai placé mon trésor au bon endroit. Mon vrai bonheur est en Monique et nos trois enfants Loïc, Tiphaine et Anne, ainsi qu’en nos six petits-fils Axel, Gabriel, Louis, Viktor, Oscar et Nicolas. Ça, c’est du bonheur, pas un mirage. Mais il se construit, et ce n’est pas facile tous les jours.

Voilà, maintenant, je crois qu’il est temps de partir sur les grands chemins, pour ce qui sera, je te le souhaite, une belle aventure. Nul ne peut savoir où elle nous mènera, mais allons-y avec confiance. N’ayons pas peur.

Je te souhaite bonne route.

Allons et voyons !

Compléments Vidéos 2018

Le livre « Viens et Vois », repris ci-dessus, a été écrit en 2013 et 2014 ; je n’y ai apporté aucune modification. En 2018 j’ai ouvert un compte Facebook dans le but de contacter un plus grand nombre de personnes, tout particulièrement des jeunes (et des moins jeunes). En voici le contenu.

A chaque fin de chapitre de la partie 1 du site je te proposerai un lien qui t’emmènera directement sur YouTube où j’ai stocké les videos.

J’espère que ça va te plaire !

Un voyage au long cours

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