J’avoue être ébahi devant la continuité, l’homogénéité, la cohérence des quatre expériences que j’ai rapportées jusqu’à présent. Ça me dépasse. Le côté « unifié  » de ces quatre pèlerinages m’étonne beaucoup. C’est tellement fort que j’en arrive à me dire que je devrais cesser de parler de « mes quatre pèlerinages » pour ne plus faire référence qu’à « un seul en quatre épisodes ». Ils forment un tout, unique, homogène, continu, cohérent ; j’ose même le qualifier de « bien construit », d’autant plus facilement que ce n’est pas moi qui en ai été l’architecte, j’en aurais été totalement incapable.

Je le trouve bien construit parce que j’y vois une unité et une progression constante qui m’a mené d’une simple curiosité de touriste à carrément l’entrée dans l’intimité de quelqu’un de merveilleux.

Jamais je n’aurais pu imaginer, et encore moins organiser, un tel cheminement. Et pourtant… et pourtant… c’est ce qui s’est passé ; c’est ce que j’ai expérimenté. Je n’ai pas à en retirer la moindre trace de gloriole car tout m’a été donné. Je n’ai qu’une seule chose à faire : dire merci, et le dire mille fois.

Dans tout ce que j’ai fait, je vois bien que rien ne m’a été imposé mais, au contraire, que tout m’a été proposé. J’ai toujours eu la totale liberté d’y répondre soit par « oui, je prends, j’y vais » ou, au contraire, par « non, merci, je n’en veux pas, je ne prends pas« . Mais tout cela n’aurait jamais suffi, ne m’aurait jamais emmené bien loin, si cette personne discrète dont je parle ne m’avait pas donné, en tant que de besoin, tous les moyens tant psychologiques que matériels et spirituels, à chaque occasion, pour faire aboutir le projet, quitte à modifier les plans en vol. Humainement parlant, pour moi, ça a même parfois frisé l’invraisemblable. J’ai parfois eu de la difficulté à comprendre, à accepter, que c’était moi qui vivait toutes ces choses. Je me disais alors que ça devait concerner quelqu’un d’autre.

Je suis intimement persuadé que si cela s’est ainsi passé pour moi, c’est qu’il peut en être de même pour toi, pour toute personne, quelle qu’elle soit. Cela pourra se faire plus petitement ou plus grandement que dans mon cas, mais toujours d’une façon bien adaptée à tes moyens et à tes besoins réels. Quelqu’un n’a-t-il pas dit un jour « N’ayez pas peur » ? Je ne fais pas allusion ici seulement au Pape Jean-Paul II, mais à Jésus qui nous l’a dit, à tous, il y a deux mille ans.

Ce que je viens d’écrire n’est pas le fruit d’un raisonnement théorique ni le résultat d’une élucubration intellectuelle. C’est le résultat d’une connaissance expérimentale. Si je n’avais pas été moi-même l’expérimentateur, je crois que j’aurais eu beaucoup de mal à croire en la véracité de cette histoire. Cela m’amuse de constater que tout est rentré en moi par les pieds ! Ils me permettent d’affirmer « C’est vrai ». Et c’est sur la base de cette conviction profonde que j’écris. Je ne suis pas loin de penser que je ne suis pas l’auteur de ces lignes mais seulement leur rédacteur.

Il y a désormais quatre à cinq ans qu’ont eu lieu les derniers événements. Il faut bien cela pour procéder à leur  « revisitation » d’une façon correcte et pour mener à bien une réflexion en profondeur.

« Qu’ils se réjouissent le désert et la terre aride, que la steppe exulte et fleurisse, qu’elle se couvre de fleurs des champs, qu’elle saute et danse et crie de joie ! » Isaïe 35, 1-2
 

 

Pourquoi donc toute cette « débauche » de marche ? N’est-ce pas anachronique, dépassé, à la limite du ridicule ? à moins, bien entendu, que ce ne soit qu’une raison de sport ? Il ne m’est pas aisé de répondre à cette interrogation tant les composantes de ma réponse seraient nombreuses, de natures très variées et surtout entremêlées les unes dans les autres. Je préfère le faire à l’aide de deux textes que j’ai découverts peu de temps avant mon départ pour Compostelle. Ils sont de grande qualité et je les aime beaucoup parce qu’ils traduisent bien ce que j’ai vécu.

Le premier est extrait du livre « Fou de la marche » de Jacques Lanzmann aux Éditions Robert Laffont.

 « Marcher, c’est aller au bout de soi-même tout en allant au bout du monde. C’est redécouvrir l’homme qui prenait ses jambes à son cou lorsque le ciel lui tombait dessus. C’est geler en même temps que les pierres du chemin. Griller au feu du soleil. Partir à l’aube en pleine forme pour revenir sur les genoux en pleine nuit. Marcher, c’est rencontrer des créatures qu’on ne verrait nulle part ailleurs. Marcher, c’est aussi aller nulle part sans rencontrer personne. C’est se mettre en vacances de l’existence. C’est exister en dehors des vacances. Marcher, c’est réussir à dépasser son ombre. C’est pouvoir se doubler soi-même en s’envoyant un joli salut au passage. Marcher, est-ce que cela ne serait pas, en définitive, tourner avec ses pieds, pas à pas, page après page, le grand livre de la vie ? » 

Le second est tiré de « L’art de marcher », de Rebecca Solnit, aux Éditions Actes Sud. (© Actes Sud 2002).

« L’idée que le sacré n’est pas absolument immatériel et qu’il existe une géographie du pouvoir spirituel est l’hypothèse au départ du pèlerinage. Tout pèlerinage trace une invisible démarcation entre spiritualité et matérialité, attaché qu’il est à une histoire factuelle et au cadre dans lequel elle s’est déroulée. S’il s’agit bien d’une quête de spiritualité, elle s’appuie sur des détails très concrets : on se rend sur les lieux de la mort de Bouddha ou de la naissance du Christ, ceux où sont conservées les reliques, où jaillit l’eau miraculeuse. Peut-être aussi l’entreprise vise-t-elle à réconcilier le spirituel et le matériel, car partir en pèlerinage revient à exprimer les désirs et les croyances de l’âme au moyen du corps et de ses mouvements. Le pèlerinage, en effet, unit la foi et l’action, la pensée au faire, et l’on comprend que cette harmonie se réalise quand le sacré est investi d’une présence physique et associé à un lieu déterminé… Le voyage sans point de destination aurait quelque chose d’aussi inachevé que l’arrivée non précédée d’un voyage. Le pèlerinage est un déplacement physique effectué pas à pas, au prix de rudes efforts, vers ces buts spirituels intangibles si durs à atteindre autrement… L’image du marcheur qui progresse au long de la route difficile le menant vers quelque lieu lointain compte parmi les représentations les plus convaincantes et les plus universelles de l’être humain : individu solitaire et minuscule en regard de l’immensité du monde, le marcheur ne peut compter que sur sa force et sur sa volonté. Le voyage du pèlerinage est soutenu par l’espoir radieux des bienfaits spirituels qui récompenseront l’arrivée à destination. Chemin faisant, le pèlerin accomplit sa propre histoire, et par là aussi il devient partie intégrante d’une réalité religieuse où l’histoire du voyage est celle d’une transformation… »  

Il y a là quelque chose qui dépasse la raison. Comment se fait-il que tant de personnes puissent, à notre époque, se jeter dans ce type d’aventure ? Je pense tout particulièrement au chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. N’y a-t-il pas là quelque chose de déraisonnable ? Pour moi la réponse est claire : c’est OUI, car il me suffit de considérer mon propre cas : j’affirme qu’il faut être « complètement fou à lier » pour se lancer dans une marche de 1600 km dans les conditions physiques suivantes :

   . expérience réelle de la marche sur une longue distance : zéro.

   . constitution physique : très moyenne, énergie disponible limitée.

   . colonne vertébrale : mal fichue, déformations et malformations liées aux insuffisances alimentaires pendant l’enfance. Mettre un sac de 13kg là-dessus, c’est de l’inconscience.

   . un ongle incarné au gros orteil gauche qui « entre en éruption » deux jours avant le départ.

   . des problèmes vasculaires à un endroit particulièrement délicat capables d’interdire tout déplacement en l’espace d’une journée.

Et pourtant, moi le supposé rationnel, j’y suis allé, et le comble c’est que je sois arrivé au but. Comment cela a-t-il pu se faire qu’un jour je puisse marcher sur une distance de 56 km pour arriver à Leon ? Ce jour-là, je me sentais bien, en pleine forme. Parti à six heures du matin, il n’était encore que midi quand je suis arrivé à mon but de la journée situé à 30 km. Je pouvais facilement continuer et faire une seconde étape dans l’après-midi. Tout cela est bizarre.

Oui, j’y suis arrivé. Mais ce que n’ont pas vu mes copains de marche, à l’exception de François, c’est que je n’étais pas seul. J’étais accompagné ou, plutôt, j’étais habité, et à partir de là tout est devenu possible, même l’impensable. C’est notre trinôme qui a atteint Compostelle. Bien sûr, il ne m’a pas été proposé d’aller décrocher la lune, il faut rester sérieux et raisonnable. Les moyens, y compris matériels, m’ont été donnés pour faire, par moi-même, ce qui allait se révéler bon pour moi. 

Aujourd’hui, je suis là, tranquille, paisible, devant mon ordinateur, reconsidérant ce que j’ai fait et regardant ce que cela m’a fait.

Pour ma santé physique, il est clair que j’en ai tiré un grand bien.

– En Israël : quelles vacances à rebondissements !

– Dans le désert à Tamanrasset : crapahuter pendant des jours et des jours dans le pays de la soif le jour, et du froid la nuit. Coucher pour la première fois de ma vie à la belle étoile et découvrir que cela m’était possible !

– Sur le Chemin de Compostelle : presque deux mois d’exercice physique permanent au grand air. C’est fantastique, impensable pour le citadin et le bureaucrate que je suis.

– Sur le Chemin du Mont Saint-Michel : toutes ces souffrances physiques sous une pluie quasi continue, ces fuites, totales certains jours, de mon énergie. Ce sont là des faits marquants dans la tête et dans le corps ; mais le bilan santé est largement positif.

Quelque part dans le grand sud saharien
 

Sur le plan psychologique, l’effet a été encore plus important dans la mesure où tout cela m’a conduit à repousser mes limites, bien plus loin que je n’aurais jamais osé penser. Quand tu atteins des objectifs difficiles, tu en retires une meilleure confiance en toi et en tes capacités. En même temps, tu prends conscience que, par nature, l’homme est une construction finie, qu’il aura toute sa vie des limites qui aboutiront au bridage de ce que son esprit voudrait lui faire faire. Comment ne pas me percevoir physiquement petit et fragile dans un désert à la fois « vaste et terrifiant » ? Combien de temps pourrais-je y vivre seul, sans ressources, sans assistance ? Quelques heures ? Quelques jours au maximum… Oui, c’est une rude école de vérité et d’humilité.

Mais ce qui l’emporte, et de loin, c’est le bonheur ressenti. Un bonheur profond, solide, qui s’est installé, pas à pas, durablement, dans ma vie au cours de chacun de mes pèlerinages. Bonheur généré par un fort sentiment d’être dans le vrai, d’être moi-même, avec mes questions, mes réflexions, mes recherches, mes doutes, mes incertitudes, mes erreurs, mes échecs. Je résume cela en une phrase : être tout moi, face à moi et avec moi. Mais si tout cela est vrai, c’est encore insuffisant. Ce serait faire abstraction de l’environnement tant matériel, avec sa beauté ou sa laideur, ses difficultés, sa capacité à ressourcer ceux qui savent en profiter, que relationnel au niveau des personnes rencontrées avec leurs personnalités, leurs recherches, leurs comportements y compris les éventuels gestes ou paroles d’accompagnement, qu’elles soient de gentillesse ou d’agressivité… Il y a aussi, et toujours présents, ceux que j’ai quittés temporairement ainsi que ma vie quotidienne ordinaire, avec ses hauts et ses bas. Il y a, enfin, tout ce qui est en moi-même et que je connais bien ou moins bien, et tout ce que je ne veux pas voir. Tout cela fait beaucoup de choses et de monde, mais la chance que j’ai eu c’est d’avoir eu du temps pour l’examiner d’un peu plus près, avec un regard plus doux, plus bienveillant, plus compatissant, que dans ma vie de tous les jours.

En relisant ce livre, et tu peux imaginer combien de fois j’ai dû le faire, je m’aperçois qu’il est constamment habité par trois personnages principaux.

Tout d’abord il y a le Seigneur, Dieu. Il est partout et toujours. Il est en permanence ici et maintenant. Il est constamment, comme on dit au cinéma, en arrière-plan. Il est tellement discret qu’il en est invisible. Il lui arrive cependant de crever l’écran, et alors il y va de bon cœur ! En réalité Il n’est pas en arrière-plan, il est dans l’événement. Il n’est pas présent, il est Présence.

Puis il y a toi. Toi qui est également constamment présent. C’est à toi que je parle, un peu comme lorsqu’on parle à soi-même. Tu en es devenu une partie de moi-même !

Et puis il y a moi, le marcheur, le pèlerin, le chercheur de Dieu. J’étais, et je le suis encore, celui que Saint Augustin décrit dans ses confessions (X.27), en parlant de lui-même :

« Tard je t’ai aimée,

ô beauté si ancienne et si nouvelle,

tard je t’ai aimée !

Mais quoi ? tu étais au dedans de moi,

Et j’étais, moi, en dehors de moi-même.

Et c’est au dehors que je te cherchais !

Je me ruais dans ma laideur,

sur la grâce de tes créatures.

Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi…

Tu m’as appelé,
et ton cri a forcé ma surdité ;

Tu as brillé,
et ton éclat a chassé ma cécité. »

Oui, j’en aurai mis un sacré bout de temps pour ouvrir l’œil de mon coeur ! Il en aura fallu de la patience à Dieu pour laisser évoluer ma tête dure !

Sur terre, nous sommes tous des pèlerins, des gens de passage et nous avons tous besoin des autres. Nous avons chacun notre chemin, en propre. Nous pouvons le parcourir sans y prêter réellement attention, parfois en le subissant, ou au contraire en cherchant à le vivre intensément. Nous pouvons nous interroger, ou pas, sur le sens de la vie, chercher, ou non, d’où l’on vient et où l’on va… C’est notre liberté. Notre réponse peut prendre une multitude de formes.

J’ai cherché, par le présent livre, à te partager mon cheminement personnel. Je n’ai pas la prétention de détenir la vérité. Ce n’est qu’un témoignage qui ne vaut que ce que vaut la parole d’un seul témoin. De plus je sais qu’il me reste encore à parcourir un sacré bout chemin, mais j’y crois et j’ai confiance. Les deux textes suivants traduisent bien ma situation actuelle :

 » Tous les chemins de Dieu vivant mènent à Pâques,

Tous ceux de l’homme à son impasse :

Ne manquez pas au croisement

L’auberge avec sa table basse ;

Car le Seigneur vous y attend.

N’attendez pas que votre chair

Soit déjà morte,

N’hésitez pas, ouvrez la porte,

Demandez Dieu, c’est lui qui sert,

Demandez tout, il vous l’apporte :

Il est le vivre et le couvert.

Mangez ici à votre faim,

Buvez de même

A votre soif, la coupe est pleine ;

Ne courez pas sur les chemins

Allant à Dieu sans que Dieu vienne ;

Soyez des hommes de demain.

Prenez son corps dès maintenant,

Il vous convie

A devenir eucharistie ;

Et vous verrez que Dieu vous prend,

Qu’il vous héberge dans sa vie

Et vous fait hommes de son sang. »

                                  Patrice de la Tour du Pin

et, en même temps, je porte toujours en moi cette question qui ne cesse de m’interpeller :

« Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi, fils de la terre ?

Qui donc est Dieu, si démuni, si grand, si vulnérable ?

Qui donc est Dieu pour se lier d’amour à part égale ?

Qui donc est Dieu, s’il faut pour le trouver un coeur de pauvre ?

Qui donc est Dieu, s’il vient à nos côtés prendre nos routes ?

Qui donc est Dieu qui vient sans perdre coeur à notre table ?

Qui donc est Dieu que nul ne peut aimer s’il n’aime l’homme ?

Qui donc est Dieu qu’on peut si fort blesser en blessant l’homme ?”

                                                                                                            J.P.Lécot

Je recherche, depuis longtemps, une réponse personnelle, précise, à cette grande interrogation ; mais que c’est difficile ! Je sais que je n’y arriverai jamais complètement tant que je serai sur cette terre, car c’est un mystère. Mais je sais en qui j’ai mis ma confiance, en qui j’ai foi. C’est en Celui qui, un jour, il y a trois mille ans, a donné au peuple hébreu, par la bouche de son prophète Ezékiel, à charge pour lui de transmettre à l’humanité toute entière, le formidable message d’Espérance qui suit :

« Les nations apprendront que je suis le Seigneur quand par vous je me montrerai saint à leurs yeux. J’irai vous prendre dans toutes les nations ; je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous ramènerai sur votre terre. Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. De toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit : alors vous suivrez mes lois, vous observerez mes commandements, et vous y serai fidèles. Vous habiterez le pays que jai donné à vos pères. Vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. »

Livre d’Ezékiel 36, 23-28

Je rappelle qu’un mystère n’a jamais été quelque chose d’incompréhensible mais tout simplement quelque chose qui nous dépasse tellement que l’on n’aura jamais fini de progresser dans sa compréhension.  Ceci n’est pas une insulte à l’intelligence des hommes qui, de par sa nature humaine, est finie, a ses propres limites.

Ce texte, je l’ai porté en moi tout au long de mes pélés, comme je le porte depuis mon mariage avec Monique en 1974. D’un commun accord, nous l’avions choisi pour notre messe de mariage. Il est constitutif de nos personnalités. Plus j’avance en âge, plus j’y crois et plus j’y aspire ; oui, Seigneur, prends mon cœur de pierre et remplace-le par un vrai cœur de chair.

Dieu a été avec moi tout au long de ma vie. Je n’ai pas vu cette présence à bien des moments, mais aujourd’hui elle me crève les yeux. Dieu était là dès ma naissance, et même avant. Il hurlait de terreur avec moi dans le ventre de ma mère. Lui aussi subissait le mal qui se déchaînait. Il était pauvre avec nous les pauvres ; avec tous les pauvres de la terre. Il était là, avec moi, dans la mouise et c’est Lui qui m’a aidé à m’en sortir, non pas moi-même, à la force du poignet, comme je l’ai cru pendant trop longtemps, mais par la présence de toute une succession de personnes qui ont agi avec Lui, pour Lui et en Lui. Ceci est désormais une vérité éclatante pour moi. Et ça me donne du courage pour la suite de mon chemin car cela m’apprend que le mal ne triomphera pas, mais que ce sera finalement le bien, le Bien du Bon Dieu. 

Une peinture au couteau, parmi les nombreuses œuvres de ma femme

Je me souviens d’un des moments de dérive que j’ai connu sur le chemin du Mont Saint-Michel, une de ces fins de journée de marche où, sous la pluie, j’étais mort de fatigue. Je me suis alors posé la question : « Mais que fais-tu ici ? pourquoi marches-tu comme cela ? quel sens a tout cela ? »  Sur le moment, je n’ai pas su y apporter la moindre réponse. Je me souviens seulement m’être dit : « Louis, tu es vraiment bon ». Oui, Bon avec un grand B comme dans Crocodile ! Mon seul but, à ce moment-là, était d’arriver quelque part, n’importe où, pourvu que je puisse m’arrêter de marcher, être à l’abri, poser mon sac, me laver, manger puis dormir. Tout le reste ? aucun intérêt.

Ce n’est que le lendemain, dès mon réveil, que la réponse a jailli, bondi : je marche pour tous ceux qui ne peuvent pas marcher, et qui le voudraient tant. Tu vois, mon Ami(e), si c’est ton cas, je suis heureux de l’avoir fait pour toi. Je te donne toutes ces heures de marche dont tu peux rêver. Ce n’est que toi qui peut leur donner leur vrai sens. Merci de le faire, je t’en suis reconnaissant.

Ces dix jours de pluie, et le contexte général, ont fait que j’ai eu plus de mal à avancer sur ces quatre cents kilomètres vers le Mont Saint-Michel que sur les mille six cents vers Compostelle. J’y ai pris une sacrée leçon d’humilité, je dirais même plus (comme aimaient le dire les deux Dupont dans Tintin) que j’ai pris une belle raclée. Ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. En démarrant, j’étais persuadé que ce serait une « promenade de santé » comparée à son grand frère de Compostelle. Eh ben !…

Je n’en veux à strictement personne, je l’ai reçu avec l’esprit pèlerin : cela m’est donné, je le reçois, je l’accueille et je dis merci. Je ne dis pas qu’il faut vivre comme un maso, mais je pense que l’on grandit tout autant, sinon plus, dans les épreuves de la vie que dans les succès ou les réussites.

A Compostelle, j’ai été soutenu tout au long du chemin, par des messes, des haltes dans des couvents, des échanges avec des pèlerins… Sur le chemin du Mont, j’ai eu à affronter l’aridité, la solitude : pas d’église ouverte, pas d’échange, pas de réconfort par des expériences enrichissantes… C’était la pauvreté de celui qui va seul son chemin, ignoré des gens qui le voient passer sans y prêter la moindre attention. En fait c’était plutôt, pour certains : “S’il en bave sous la pluie, avec son sac à dos pesant, c’est parce qu’il l’a cherché, il l’a voulu, il l’a trouvé, donc qu’il se démerde.« 

Mais je suis persuadé que c’est là que se situe le point le plus important de ce pélé. Il m’aura permis de descendre en moi encore  plus profondément, d’aller un peu plus vers qui je suis, à quoi je sers réellement : oh, pas grand-chose en réalité, si ce n’est pour quelques personnes en nombre limité, et pourtant je sais que je suis important et unique aux yeux de Dieu. Ça a donné un sacré coup à mon orgueil, à ma façon de voir et de considérer les autres. Je suis, semble-t-il, capable de me gérer seul, mais en réalité, qui suis-je ?  que puis-je faire par moi-même ? C’est l’aridité de ce type de situation, un peu comme celles dans le désert, qui m’a remis dans plus de réalisme, à ma juste place.

Parallèlement, j’ai abordé de façon nouvelle l’expression “Je suis vidé ». Jusqu’alors, je la comprenais comme “J’ai perdu toute mon énergie, je suis devenu un récipient vide ». Je me suis souvenu d’une expression utilisée par les journalistes qui suivent le Tour de France cycliste, en particulier lors des étapes de montagne. Ils parlent parfois de certains“coureurs en perdition ». L’expression est forte, mais traduit bien une réalité. Lors de mes trois passages à vide, je n’étais certes pas en perdition mais c’était loin d’être brillant. J’ai alors pensé à ce que j’avais vu lors de ma montée vers Roncevaux, dans les Pyrénées : des pèlerins, tout nouveaux, tout beaux, débarqués d’un train juste la veille, qui s’attaquaient sans aucun échauffement à cette étape longue et difficile. Je me souviens en particulier de ces deux coréennes, bien gentilles mais mal équipées qui, dès le premier tiers de l’étape, n’en pouvaient absolument plus. Plus de force, plus d’énergie, vidées. J’ai essayé de les réconforter, les encourager, les remorquer par ma présence en faisant avec elles un bout de chemin, au ralenti. Mais ça n’a pas suffi. Elles ont été contraintes à l’abandon, action facile à faire car il suffit de monter dans l’un de ces nombreux minibus espagnols qui rôdent en permanence sur les routes en lacets, comme des vautours, à la recherche de ces naufragés de la marche. Mais un geste vraiment difficile sur le plan psychologique.

Dans ces difficultés, j’ai pu trouver une autre signification. Ce vide, ce creux en moi, n’est-il pas une opportunité à saisir ? Si je suis vidé, de quoi le suis-je réellement ? Est-ce qu’il s’agit uniquement d’énergie ou de ce surplus permanent de mon moi qui tend à prendre toute la place en moi-même, à tel point qu’il n’y a plus le moindre mm3 à concéder à l’autre ?

Il en faut du temps et de la patience pour descendre à la rencontre de soi-même

N’y a-t-il pas là une bonne occasion de lutte contre cet envahissement total de la personne par l’égoïsme, l’orgueil, l’accaparement… N’est-ce pas l’occasion de faire de la place pour le neuf, le différent, l’autre, surtout quand en plus l’autre s’écrit avec un A majuscule ? Suis-je un être totalement autonome ou n’ai-je pas besoin de l’aide de quelqu’un d’Autre pour être réellement moi-même ?

Désormais, je crois qu’un des bons critères pour évaluer la qualité d’un pèlerinage, (si jamais il y avait nécessité de le faire, ce qui n’est pas du tout le cas), pourrait être : ai-je été amené à aborder honnêtement la question de mon “dés-accaparement” personnel ? Et il en faut du temps pour le faire ! il en faut des jours et des pas ! Mais le goût du fruit ainsi découvert est à la hauteur des efforts.

Cela ne signifie nullement qu’il faille tout chambouler, tout révolutionner en soi. Si déjà ça peut conduire à une légère inflexion de notre trajectoire de vie, c’est déjà un grand succès, pour soi et pour ceux que nous côtoyons.

En contrepartie, pour ce qui me concerne, c’est mon cœur, c’est mon être qui s’est copieusement rempli dune autre présence. J’ai mieux compris cette affirmation qui dit que c’est dans la mesure où l’on se vide de soi-même que la place ainsi laissée libre peut se remplir de la présence de Dieu. C’est Lui que je cherchais, j’ai été comblé.

J’ai « touché du doigt » le sens profond du texte ci-après.  Il est extrait de la Bible, dans le livre du Deutéronome, chapitre 30, versets 9 à 30. C’est Moïse qui s’adresse aux Hébreux à la fin de leur quarante années de traversée du désert, juste avant leur entrée, sans lui, dans la Terre Promise, quelque part du côté du mont Horeb.

“Car de nouveau Yahvé prendra plaisir à ton bonheur, comme il avait pris plaisir au bonheur de tes pères, si tu obéis à la voix de Yahvé ton Dieu en gardant ses commandements et ses décrets, inscrits dans le livre de cette Loi, si tu reviens à Yahvé ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme.

Car cette Loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux, qu’il te faille dire : “ Qui montera pour nous aux cieux nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique ? Elle n’est pas au-delà des mers, qu’il te faille dire : « Qui ira pour nous au-delà des mers nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique ?” Car la parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur pour que tu la mettes en pratique.

Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu que je te prescris aujourd’hui, et que tu aimes Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et te multiplieras, Yahvé ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession.

Mais si ton cœur se détourne, si tu n’écoutes point et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd’hui que vous périrez certainement et que vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre où vous pénétrez pour en prendre possession en passant le Jourdain. Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, t’attachant à lui ; car là est ta vie.”

Est-ce vraiment différent pour nous, plusieurs millénaires plus tard ?

Un jour, quelque part dans le nord de l’Espagne, sur le Camino, je me suis posé la question : « Au fait, c’est quoi un pèlerinage ? ça peut se comparer à quoi ? Par exemple, ce pèlerinage à Santiago, si particulier par sa durée, ses aléas, les rencontres qu’il permet ou provoque, l’investissement personnel qu’il nécessite, à quoi pourrais-je bien le comparer ? « 

La réponse que j’avais trouvée, et écrite, m’avait beaucoup surpris et interpellé. C’était : la vie, une vie. 

Les deux cas présentent en effet bien des similitudes car il y a :

. à l’origine, un appel. J’ai été appelé au pèlerinage, comme j’ai été appelé à la vie. Ni dans l’un, ni dans l’autre, il n’y a eu de programmation de ma part. Dans les deux, tout commence par un dénuement total. Au départ, on ne sait rien de ce qui va se passer. On apprend tout sur le terrain, en avançant, pas à pas, jour après jour. Il y a une attraction permanente vers un but qui ne se laisse pas appréhender facilement, qu’il est même souvent difficile d’identifier, de nommer. Il faut même apprendre à faire la différence, constamment, entre ce qui paraît être l’objectif évident, fondamental, et ce qui parfois n’est qu’un leurre. Et des leurres, il y en a beaucoup, beaucoup trop, dans notre monde d’aujourd’hui. On se pose en permanence des questions telles que : Qui suis-je ? Où est-ce que je vais ? pourquoi suis-je là ? …

. des difficultés sur les parcours, et même parfois des accidents. Ça fait mal, mais on continue. Il y a aussi des moments de bonheur et de paix profonde. Cela arrive quand il y a une vraie rencontre entre celui que l’on est, fondamentalement, et ce que l’on vit.

. une progression vers quelqu’un : Celui qui m’a créé, Celui que je recherche. Pour moi, ce quelqu’un, porte le nom qu’il s’est lui-même donné en parlant avec Moïse : Dieu.

. une fin. On finit toujours par toucher au but. Chacun le fait à sa façon, exubérante ou pacifiée, ou même par inadvertance.

. un après. Il y a un après la vie comme il y a un après le pèlerinage. Mais là, la différence est énorme : l’après-pèlerinage se fait habituellement dans le même cadre de vie que celui connu antérieurement, ce qui n’est pas sans poser des difficultés particulières car le pèlerin revient toujours changé, plus ou moins, par l’expérience qu’il vient de vivre, alors que son entourage, les personnes et les situations, n’a pas évolué, tout au moins de la même façon, avec la même ampleur. Il y a alors des difficultés pour l’intégration, l’assimilation, du vécu récent, avec toute la remise en cause personnelle que ça entraîne. Pour ma part, j’ai eu besoin de deux bons mois pour atterrir et retrouver mes marques antérieures. Par contre, dans le cas de la vie, il se produit un passage d’un ordre tout à fait différent. Par la mort, nous passons d’un contexte bien connu à un monde totalement nouveau, nous passons à une vie nouvelle.

Et si, finalement, le grand pèlerinage, le vrai, le seul, que tout homme et toute femme est appelé à faire n’était pas, tout simplement, d’aller vers le fond de son être aussi profondément que possible ?

La personne humaine est construite, fondamentalement, sur l’existence, au plus profond d’elle, d’un lieu que nul autre ne pourra jamais atteindre, ni détruire. C’est quelque chose d’immatériel qui traduit sa vraie nature, sa personnalité. C’est l’âme, qui contrairement à notre corps, est immortelle. Le corps n’est que la brouette de l’esprit disait Tolstoï. C’est à cet endroit, en ce lieu sacré, que réside Dieu. Pas besoin de faire comme le cosmonaute soviétique Gagarine, de monter dans un vaisseau spatial pour essayer de le trouver là-haut. Il n’est pas, et ne sera jamais, là-bas, ailleurs. Il est au plus profond de chacun de nous, séparément et tous ensemble. Que nous en soyons conscient ou pas, que nous l’acceptions ou pas, que nous l’aimions ou le rejetions, Il est là, patient. Il nous attend, nous invite. Pour moi, un pèlerinage n’est en fait qu’un de ces petits gestes qu’Il espère de nous, en respectant toute notre liberté, pour lui dire avec simplicité “C’est OK, je viens vers toi, ou au moins, je me tourne vers toi”. Il n’est pas nécessaire d’être un marcheur au long cours ou un marathonien. Cela peut très bien se faire dans un lieu propice à la prière, la réflexion ou la méditation. Pour certains ce sera à la maison, pour d’autres ce sera devant la majesté de la montagne, ou face à l’immensité de la mer ou dans un petit coin de campagne… Pour d’autres, ce sera, peut-être, dans un fauteuil roulant, ou dans un lit, à la  maison ou à l’hôpital, dans le profond isolement lié à la cécité, la surdité, la pauvreté, le rejet par les autres, et même la maladie mentale…

Voici la nuit,

L’immense nuit des origines,

Et rien n’existe hormis l’Amour.

Hormis l’Amour qui se dessine :

En séparant le sable et l’eau,

Dieu préparait comme un berceau

La Terre où il viendrait au jour.

Voici la nuit,

L’heureuse nuit de Palestine,

Et rien n’existe hormis l’Enfant,

Hormis l’Enfant de vie divine :

En prenant chair de notre chair,

Dieu transformait tous nos déserts

En Terre d’immortels printemps.

Voici la nuit,

L’étrange nuit sur la colline,

Et rien n’existe hormis le Corps,

Hormis le Corps criblé d’épines :

En devenant un crucifié,

Dieu fécondait comme un verger

La Terre où le plantait la mort.

Voici la nuit,

La sainte nuit qui s’illumine,

Et rien n’existe hormis Jésus,

Hormis Jésus où tout culmine :

En s’arrachant à nos tombeaux,

Dieu conduisait au jour nouveau

La Terre où il était vaincu.

Voici la nuit,

La longue nuit où l’on chemine,

Et rien n’existe hormis ce lieu,

Hormis ce lieu d’espoirs en ruines :

En s’arrêtant dans nos maisons,

Dieu préparait comme un Buisson

La Terre où tomberait le Feu !

AUTEUR

En septembre 2014, je suis arrivé au stade des « finitions » du livre. Sur ces entrefaites, Agnès, une amie de la paroisse et responsable de l’aumônerie des classes de cinquième dans le collège où étudie mon petits-fils Axel, me sollicite pour participer à l’encadrement d’un groupe de quatre-vingt dix enfants qui vont partir en pélèrinage. Là encore mon sang ne fait qu’un tour – dans le bon sens –  mon oui est immédiat, spontané. Mais quand elle me dit qu’il s’agit d’aller au Mont Saint-Michel, alors c’est un triple bonheur pour moi : accompagner Axel dans sa démarche, moi, son grand-père, participer à la catéchèse d’autant d’enfants et enfin retourner dans ce lieu béni devenu si cher à mon cœur. Ce n’est que du bonheur.

La veille du départ, au moment de faire mon sac une nouvelle fois, j’y glisse « mon bouquin ». Pourquoi ? Je n’en sais rien. C’est peut-être encore un de ces « on ne sait jamais » que je connais bien. Et c’est reparti pour un nouveau tour de piste : il y a un nouvel appel, j’y réponds.

Il s’agit d’un pèlerinage très court, dimensionné pour des enfants de onze à douze ans : deux jours seulement, avec un déplacement en autocar. Pour moi, c’est un pélé éclair, je n’en ai jamais fait un aussi bref.

Pendant le voyage aller, les souvenirs attachés à ma marche de l’an dernier remontent en moi. Ils n’ont aucun mal à le faire car ils sont tout frais à cause de l’écriture du livre qui m’a conduit à les revivre récemment. Il y en a un qui concerne un petit contentieux que j’ai avec Dieu, non encore résolu. Il est relatif à mon rêve de l’an dernier de terminer mon pèlerinage par la traversée de la baie. Cela devait être une sorte d’apothéose de ma démarche. Je connaissais la grande beauté du site et de la marche dans la baie, ayant fait l’expérience quelques années auparavant avec des amis. Dans mon esprit ce devait une sorte de couronnement, d’autant plus magnifique qu’il devrait obligatoirement faire très beau ce jour là, pour effacer mon rinçage de fond des jours précédents. Bref, ça devait être féerique.

À cette fin, j’avais téléphoné, quelques jours avant mon arrivée au Mont, à un centre d’accueil bien connu situé non loin du Bec d’Andaine, un des points de départ privilégiés pour cette traversée. Quelle ne fut pas ma déception quand on me donna une réponse négative : ce centre ne pouvait pas m’accueillir pour la nuit. Je n’y ai rien compris. J’étais littéralement KO debout. Mon projet est tombé immédiatement à l’eau en suscitant en moi une profonde frustration, qui n’a pas été sans me rappeler quelques expériences identiques au cours de ma vie. Bon, il n’y a qu’à accepter l’inacceptable, « mais quand même, Seigneur, tu avoueras que c’est dur à avaler !  » Comme il est dit dans la Bible « Tes voies, Seigneur, sont vraiment impénétrables ! » J’ai fini par me faire une raison, tant bien que mal. « Mon vieux, c’est bien beau de désirer faire cette traversée, eh bien, tu ne l’auras pas ! » Circulez, il n’y a rien à voir.

Tu ne devineras jamais, mais alors jamais, où nous atterrissons en descendant des autocars : dans le centre auquel je me suis adressé l’an dernier ! Et nous sommes 100 ! Tu as bien entendu : PAS UN… 100 ! Alors là je me permets de dire au Seigneur : « Vraiment je ne comprends pas le coup de l’année dernière. Il n’y avait vraiment pas de place pour moi ? Non, je ne comprends pas. Ça me dépasse. » Et la discussion en reste là parce qu’il faut s’occuper immédiatement des enfants.

Ce n’est que le lendemain, au réveil, que mon interlocuteur m’a donné sa réponse. Elle a été claire, nette et précise, comme il sait très bien faire. J’ai entendu en moi : « Mais, mon cher Louis, oui, il aurait peut-être été possible que tu transites par ici pour ta dernière étape. Je ne le conteste pas. Mais réfléchis un peu, si tu étais passé par ici, serais-tu passé par Courtils ?

– Non, Seigneur, c’est exact.

– Bon, te souviens-tu de ce qui s’est passé du côté de Courtils, dans les prés salés ? Te souviens-tu de ta balade, te souviens-tu des moutons. Tu te rappelles ton crash dans la fosse à purin ? Tu te rappelles ce que tu as pu apprendre à cette occasion ? Tu te souviens de cette leçon d’humilité ? As-tu réellement perdu au change ? « 

Et là je n’ai pu répondre qu’une seule chose au Seigneur :

– Non, Seigneur, je ne regrette rien. Je ne regrette pas cette grande patauge dans le lisier. Non pas que ça m’ait vraiment plu, mais alors pas du tout, mais parce que tu m’y as donné une sacrée leçon.

Et à ce moment-là, la réponse que j’ai reçue du Seigneur a été très simple :

 Et bien, pour te montrer que je ne t’en veux pas pour ta récrimination, voilà : hier, c’est moi qui t’ai offert cette traversée de la baie, sous un soleil radieux, et qui t’ai permis de dormir là où tu le désirais l’an dernier, au pied de l’abbaye. »

Nous marchons vers la Lumière

 

Effectivement, comme l’a dit le Seigneur qui ne fait jamais les choses à moitié, nous avions eu un soleil resplendissant pendant toute cette traversée. Nous sommes revenus de notre pèlerinage comme des oranges bien mûres gorgées de soleil. J’ose même ajouter que, pour ce qui me concerne, j’étais gorgé de Dieu.

C’est dans le bus, lors du voyage retour, que je suis parti, pendant un des rares moments de calme car les enfants étaient heureux et donnaient de la voix, dans la réflexion suivante :

  • Pourquoi, finalement, suis-je allé à Jérusalem, en balade ?

Réponse : pour en revenir en pèlerin avec tout ce que cela a signifié par la suite pour ma vie personnelle. J’ajoute aujourd’hui que c’est, entre autres choses, ce qui m’a conduit à sauter sur l’occasion d’aller à Tamanrasset !

  • Pourquoi suis-allé à Tamanrasset ?

 Réponse : pour voir la majesté du désert et mieux découvrir Dieu dans la beauté de sa création. Mais aujourd’hui j’ajoute : pour me donner envie d’aller à Saint-Jacques-de-Compostelle !

  • Pourquoi suis-je allé à Saint-Jacques-de-Compostelle ?

 Réponse : certes pour répondre à un appel pressant. Mais, aujourd’hui, j’ajoute que c’était également pour me faire expérimenter une démarche qui, quatre ans plus tard, me conduirait au Mont Saint-Michel !

  • Pourquoi suis-je allé au Mont Saint-Michel ?

 Réponse : J’ai dit que je ne le saurai peut-être jamais. Désormais cela se révèle inexact. C’était effectivement pour vivre ce pèlerinage en tant que tel, avec tout ce que j’y ai reçu, mais, aujourd’hui, j’ajoute que c’était, en particulier, pour me préparer à vivre celui de ces deux derniers jours. La première fois, j’étais seul, cette fois-ci nous étions 100.

Et mon livre, que devient-il dans tout ça ? Va-t-il rester inutilement dans mon sac ? Après ma petite conversation avec Dieu, le matin du second jour, je me suis souvenu que l’an dernier, c’est de Lui que j’ai reçu la demande d’écrire ce livre, quelque part entre Mortain et Ducey. Depuis plus d’un un an j’y travaille. J’arrive pratiquement à la fin. Ce matin, vers midi, nous assisterons tous à la messe célébrée dans l’abbaye, en compagnie des moines et des moniales. Ne serait-ce pas là l’occasion rêvée pour remettre mon travail à son commanditaire ?

C’est ce qui a été fait, discrètement ; j’ai présenté mon livre, dans sa forme du moment, au célébrant qui l’a béni, ainsi que tous ses futurs lecteurs ; dont toi, mon ami(e).

Par analogie avec le montage horizontal concernant mes pélés, je peux représenter d’une façon verticale, lisible de bas en haut, ma recherche de Dieu. Tout en bas, c’est la créature telle que décrite au début de la Bible. Je suis un Adam, un glébeux. Ce chemin passe par Marie puis par Jésus lui-même.

Dieu le Père, l’Amour Infini, notre Père

↑  

Jésus, Le Chemin, la Vérité, la Vie, qui lui-même me conduit vers notre Père

 ↑

Marie, Porte du Ciel 

 ↑ 

  Oui, c’est la bonne direction

 Ces pieds qui me portent. Merci à vous

↑ 

Louis, le glébeux, le fils d’Adam

Quand j’étais enfant, je fabriquais volontiers une croix éphémère avec deux bâtons et un bout de ficelle. J’ai refait ce geste sans trop y réfléchir avec les deux barres dont je dispose, et je suis étonné, surpris, par ce que cela a donné. C’est quelque chose de très simple mais qui a énormément de sens pour moi:

  • La barre horizontale représente ma vie relationnelle et ma recherche sur le plan humain.
  • La barre verticale traduit la relation que je perçois entre la terre et le ciel. Heureusement qu’il y a, en plus de la lecture du bas vers le haut, une seconde possibilité, cette fois-ci du haut vers le bas, car sans elle, je serais encore dans la glèbe !
  • La présence de l’icône du Christ au croisement des deux barres m’a profondément impressionné. C’est lui l’Homme clé du système. Homme et Dieu.
  • L’absence du corps de Jésus signifie que cette croix n’est pas l’outil du supplice mais qu’il s’agit, au contraire, de la croix du Christ ressuscité.

Il est vivant

Finalement, j’en arrive à ma grande question : pourquoi suis-je né ? Ma réponse est désormais claire : pour proclamer la Gloire de Dieu et t’inviter à le suivre sur les Chemins de la Vie.

Il est vivant !
 
 
 
 
 
 

Nous voici arrivés au terme de notre longue marche en commun. Pour moi, c’est un peu comme si nous étions en train de poser notre sac à dos au sol dans notre gîte du jour, ou à la maison, au retour du pèlerinage. Le moment semble donc venu de nous reposer et de faire une « relecture » de ce que nous venons de vivre. Par quoi ai-je été le plus marqué ? Que puis-je en tirer de constructif pour la suite ? En suis-je satisfait, heureux ? Quelles sont les principales questions qui me viennent à l’esprit ? Je te propose d’y répondre, chacun à sa façon, chacun de son côté puis de les partager.

Pour ma part, c’est une remarque qui me vient à l’esprit. La voici :

Lorsque j’ai commencé l’écriture de mon livre (qui a donné le contenu de toute la première partie du présent site), j’avais programmé d’écrire le mot FIN au terme d’un certain chapitre V. J’avais en effet décidé de consacrer un chapitre complet à chacun de mes grands pèlerinages et de terminer avec un chapitre de conclusion. Mais il s’est trouvé que quand je suis arrivé effectivement à ce point, cela m’a été impossible, j’ai ressenti un fort sentiment d’inachevé. Il m’était inconcevable d’en rester là. C’était un peu comme si on me demandait de poser mon sac de pèlerin avant d’avoir atteint le but de ma marche.

Mais, en réalité, quel était vraiment mon but en démarrant cette rédaction ? Je sais maintenant que je ne le savais pas très bien. Bien sûr, j’avais touché mon but apparent : te partager mon expérience de marcheur. Mais cela était-il suffisant ? Je commençais à ressentir un fort besoin d’aller plus loin, d’aller voir ce qu’il y a toujours au-delà de la dernière colline derrière laquelle on s’attend à trouver l’étape de la journée.

J’étais amené à revivre l’expérience de ma fameuse journée de marche vers Leon. Ce jour-là j’étais en pleine forme. Parti à six heures du matin, il n’était encore que midi quand je suis arrivé à mon but de la journée. Je sentais que je pouvais facilement continuer et faire une seconde étape, complète, dans l’après-midi.

Et là, à la maison, plongé dans ma réflexion, devant mon ordinateur, j’ai dit au Seigneur : « Eh bien c’est d’accord ; manifestement tu es en train de m’inviter à te suivre pour aller plus loin. Je ne sais pas où exactement, mais avec toi il n’y a pas de problème. On y va. Je te fais confiance. C’est toi le pilote ». J’ai donc remis mon sac sur le dos et je suis ainsi parti pour un cinquième pèlerinage.

C’est fou le nombre de kilomètres que j’ai dès lors parcourus tout en restant statique. J’ai souvent pensé au titre d’un livre paru il y a des années : « L’homme qui marchait dans sa tête » car son auteur était handicapé moteur. C’est exactement ce que j’ai fait alors et que je refais maintenant. Je revois, je refais, je revis toutes mes expériences de pèlerin et je ressens les sentiments et les impressions de tous ces moments. C’est vraiment bon, c’est tout bénéfice pour moi car je peux y consacrer plus de temps que lorsque j’étais sur le terrain : plus de contraintes matérielles, plus de fatigue, plus de temps limité. C’est l’occasion rêvée pour faire des rapprochements entre les diverses situations, pour vérifier le bien-fondé de certaines impressions ressenties, pour observer la justesse des choix ou décisions, en un mot : faire un bilan. J’en suis impressionné. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je serais amené à faire, aussi facilement, un tel retour sur quarante années de ma vie. Certes, je ne l’ai fait que sous un seul angle, en réalité une petite fraction d’angle, mais comme ça touche ce qu’il y a de plus fondamental dans ma structure, tu peux aisément imaginer mon émotion (et mon bonheur !).

Mon nouveau pèlerinage est désormais bien identifié : je serai un pèlerin assis, accompagné par le Christ, guidé par l’Esprit-Saint, pour aller vers le Père. Je serai un chercheur de Dieu.

C’est un bien grand et beau cadeau qui m’est ainsi fait. Il me plaît beaucoup mais en même temps il m’effraye un peu. Serai-je à la hauteur ? Quelles difficultés vais-je rencontrer ? Mais, en même temps, j’entends cette phrase de Jésus « N’aie pas peur. Ma grâce te suffit ».

Ma seconde pensée est également relative à la période de démarrage de la rédaction de ce livre. Il se trouve que j’avais cité, à son tout début, deux textes parce qu’ils me paraissaient bien traduire les origines profondes de la démarche que j’avais l’intention de te faire connaître. C’était en quelque sorte une plateforme de départ. Or, aujourd’hui, j’observe que, non seulement ils ont encore plus de goût pour moi, mais qu’ils me donnent comme un surcroît d’énergie pour poursuivre ma route. Les voici :

– Le premier est tiré du livre du Deutéronome, chap. 8, versets 2-3 :

« Souviens-toi de tout le chemin par lequel Yahvé, ton Dieu, t’a fait marcher pendant ces quarante années dans le désert, afin de te faire connaître ta pauvreté, et de t’éprouver, pour connaître les sentiments de ton cœur, si tu garderas ou non ses commandements. Il t’a fait connaître la pauvreté, il t’a fait avoir faim, et il t’a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n’avaient pas connue tes pères, afin de t’apprendre que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais que l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. »

– Le second est extrait du livre du prophète Michée, chapitre 6, verset 8 :

« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bon, et ce que Yahvé demande de toi : c’est de pratiquer la justice, d’aimer la miséricorde, et de marcher humblement avec ton Dieu. »

Oui, je reconnais le bien-fondé de ces paroles et je les reçois avec beaucoup d’émotion parce qu’elles traduisent avec exactitude mon expérience.

J’ai effectivement laissé l’empreinte de mes chaussures de marche, ainsi que celles de ma vie de tous les jours, à beaucoup d’endroits et beaucoup de sentiments ont émergé de mon cœur.

– En Israël, où tout a commencé à mon insu, elle a été très légère mais en même temps significative et persistante.

– Dans le désert, du côté de Tamarasset, elle n’est pas visible parce que c’était dans de la pierraille mais elle était profonde de beauté, d’admiration et de louange.

– Entre Le Puy-en-Velay et Saint-Jacques-de-Compostelle, elle a constitué une ligne continue, bien marquée, nette, mais elle n’était pas seule, isolée. De part et d’autre de cette ligne, un observateur attentif a pu distinguer deux autres traces, continues elles aussi, mais très discrètes, légères, laissées par Jésus et Marie, mes deux compagnons de route. Elles sont si peu profondes qu’on peut penser à un simple effleurement, délicat, respectueux de tout ce qui s’est passé au-dessus de la trace du milieu.

– Au Mont Saint-Michel, ces traces ont été submergées par la boue. Apparemment, c’est un peu comme si rien ne s’était passé, mais ce n’est qu’une fausse perception, car spirituellement : que du bonheur ! Oui, je confirme ce que le pape François dit dans la prière que j’ai trouvée à Nonancourt : « Celui qui croit n’est jamais seul ».

Tout ceci est résumé d’une façon superbe par le brésilien Ademar De Barros dans son poème « Des pas sur le sable ».

Une nuit, j’ai eu un songe.

J’ai rêvé que je marchais le long d’une plage,

en compagnie du Seigneur.

Dans le ciel apparaissaient, les unes après les autres,

Toutes les scènes de ma vie.

J’ai regardé en arrière et j’ai vu qu’à chaque scène de ma vie,

il y avait deux paires de traces sur le sable :

L’une était la mienne, l’autre était celle du Seigneur.

Ainsi nous continuions à marcher, jusqu’à ce que tous

les jours de ma vie aient défilé devant moi.

Alors je me suis arrêté et j’ai regardé en arrière.

J’ai remarqué qu’en certains endroits, il n’y avait

qu’une seule paire d’empreintes, et cela correspondait

exactement avec les jours les plus difficiles de ma vie,

les jours de plus grande angoisse, de plus grande peur

et aussi de plus grande douleur.

Je l’ai donc interrogé :  » Seigneur… tu m’as dit que tu étais avec moi

tous les jours de ma vie et j’ai accepté de vivre avec Toi.

Mais j’ai remarqué que dans les pires moments de ma vie,

il n’y avait qu’une seule trace de pas.

Je ne peux pas comprendre que tu m’aies laissé seul

aux moments où j’avais le plus besoin de Toi. »

Et le Seigneur répondit : « Mon fils, tu m’es tellement précieux !

Je t’aime ! Je ne t’aurais jamais abandonné, pas même une seule minute !

Les jours où tu n’as vu qu’une seule trace de pas sur le sable,

ces jours d’épreuves et de souffrances, eh bien : c’était moi qui te portais. »

Je connais ce texte depuis quatre ou cinq dizaines d’années. Je l’ai toujours repris à mon compte, mais c’était plutôt comme une projection dans le futur. Je n’avais jamais imaginé qu’un jour, en pleine vie, je pourrais dire concrètement, avec conviction, que celui dont il s’agit dans ce poème : c’est moi, aujourd’hui.

Au terme de ce travail de rédaction je suis amené à me faire deux remarques :

. la première a trait au bien-fondé de l’affirmation de l’Eglise quand elle nous dit que nous sommes tous des pèlerins, des gens de passage, sur cette Terre. Notre vie est une marche continuelle, elle ne s’arrête pas. Rien n’est fixe, figé, tout évolue en permanence. Nous vivons des faits successifs, des événements nouveaux.

. la seconde est relative à la présence permanente de Dieu tout au long de ma vie. Je n’ai pas vu cette présence à bien des moments, mais aujourd’hui elle me crève les yeux. Dieu était là dès ma naissance, et même avant. Il hurlait de terreur avec moi dans le ventre de ma mère. Lui aussi subissait le mal qui se déchaînait. Il était pauvre avec nous les pauvres ; avec tous les nombreux pauvres. Il était là, avec moi, dans la mouise et c’est lui qui m’a aidé à m’en sortir, non pas à la force du poignet, par moi-même, comme je l’ai cru pendant trop longtemps, mais par la présence de toute une succession de personnes qui ont agi avec lui, pour lui et en lui. Ceci est désormais une vérité éclatante pour moi. Et ça me donne du courage pour la suite car ça m’apprend que le mal ne triomphera pas, mais le bien, le Bien de Dieu.

Tout ce que partage a été très fort pour moi. Je n’oublie pas que tout cela n’a été possible que parce que Monique, mon épouse, a accepté de me voir partir. Elle l’a fait, non sans difficulté, mais de bonne grâce dès qu’elle a compris ce qu’il y avait derrière ma démarche = mes marches. Elle a toujours su respecter mes « appels » et me donner toute latitude de manœuvre pour y répondre et ainsi m’épanouir. Je ne lui dirai jamais assez de mercis comme elle les mérite. C’est une épouse de très grande qualité. Je remercie, aussi, de tout cœur, Loïc, Tiphaine et Anne, mes trois enfants, qui m’ont littéralement porté dans mes marches, tout particulièrement celle vers Compostelle. Ces pèlerinages sont totalement miens, j’y tiens beaucoup. Ils constituent des événements majeurs dans ma vie, mais je veux les donner à 100% à Monique, à 100% à Loïc, à 100% à Tiphaine et à 100% à Anne. Prière de ne pas chercher à comprendre le côté mathématique de ce don.

Il en est de même pour ce qui concerne mes petits-enfants. Ils sauront ainsi un peu mieux qui est, ou qui était, celui qui partage, ou aura partagé, leur vie.

Je donne également mes pèlerinages à tous ceux qui sont restés chez eux mais qui m’ont accompagné. En particulier à ceux qui m’ont dit que, peut-être un jour, ils feraient de même.

Enfin, je te les donne à 100% à toi, mon Ami(e) avec qui je les ai refaits avec tant de plaisir. Tiens, prends-les, ils sont à toi.  Si cela t’a fait du bien, alors j’en suis très heureux et je remercie le Seigneur.

Je suis intimement persuadé que si cela s’est ainsi passé pour moi, c’est qu’il peut en être de même pour toi, ou pour toute personne, quelle qu’elle soit. Cela pourra se faire plus petitement ou plus grandement que dans mon cas, mais toujours d’une façon bien adaptée à tes besoins réels. Quelqu’un n’a-t-il pas dit « N’ayez pas peur » ? Je ne fais pas allusion ici seulement au Pape Saint Jean-Paul II, mais à Jésus qui nous l’a dit, à tous, il y a deux mille ans.

***

Le point où nous en sommes, tous les deux, correspond à la fin du contenu de mon livre. Il est, en même temps, à mi-parcours de mon nouveau projet qui m’a conduit à passer sur un site. C’est donc un passage important qui me conduit à te poser une question relative à notre crapahutage commun. C’est exactement celle que François m’a posée à Saint-Jean-Pied-de-Port quand il a dû arrêter sa marche vers Compostelle :

« Et toi, maintenant, que fais-tu ? Tu arrêtes ou tu continues ? »

Sans vouloir interférer dans ta prise de décision, j’ai vraiment envie de te communiquer le message ci-après, que j’ai moi-même reçu d’un homme particulièrement éclairé.

Il est écrit sur la tombe du père Florin Callerand, fondateur du Foyer de la Roche d’Or à Besançon :

« Continuez, continuez, tout est en avant. »

 Oui, tout est devant toi, comme tout est devant moi.

Et, quelle que soit ta décision, je te dis dès à présent :

« Que le Seigneur te bénisse et te garde,

Qu’il fasse sur toi rayonner son visage.

Que le Seigneur te découvre sa face,

Te prenne en grâce et t’apporte la Paix ».

 Dans la Bible, au Livre des Nombres, chap. 6, 22-27 

 

 
 
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