JERUSALEM 1 - Août 1971

Là où Dieu me tend la main.

Voici trois cartes qui t’aideront à me suivre dans mes pérégrinations.

La première situe le pays dans son environnement actuel.

La seconde fait la même chose mais dans le contexte d’il y a deux mille ans, c’est-à-dire à l’époque de l’empire romain.

La troisième permet de situer les trois territoires les plus connus du temps de Jésus : Judée, Galilée, Samarie.

La guerre des 6 jours, entre Israël et une coalition de pays arabes, a eu lieu en 1967 avec des conséquences importantes pour toute la région du Proche-Orient et même pour le monde entier. Je m’y suis beaucoup intéressé. Je voulais donc aller voir sur le terrain, quelques années plus tard, et dans la mesure du possible, certains des lieux où se sont passés des événements encore très présents dans ma mémoire, tels que le Golan, la Cisjordanie, le Sinaï. Le summum serait que je puisse aller jusqu’au Canal de Suez. Pourquoi se limiter dans ses rêves et ses illusions ?

En août 1971, je pars pour Israël avec une agence de voyages dont un des programmes couvre, en quatre semaines, plusieurs de mes centres d’intérêt :

– Première semaine : grand tour d’Israël depuis la frontière libanaise au nord jusqu’au désert du Néguev au sud, de la Méditerranée à l’ouest jusqu’à la frontière jordanienne à l’est.

– Deuxième et troisième semaines : travail bénévole dans un kibboutz.

– Quatrième semaine : séjour relax dans un club de vacances au bord de la Méditerranée, avec des possibilités d’escapades.

C’est bien bordé, ça ménage des possibilités, ça me plaît. Je fais mon sac à dos et pars en touriste, assoiffé de découvertes. Célibataire, je suis libre comme le vent. Tu peux observer dès à présent qu’il n’y a dans ce programme aucune préoccupation d’ordre religieux. Dieu ne m’était certainement pas étranger, mais en même temps je ne peux pas dire que nous étions très proches. Je suis encore du type « compartimenté » : ma vie, c’est ma vie, ma religion se trouve décentrée du reste. Il m’est impossible de dire que je suis parti en pèlerinage.

Dans l’avion qui nous emmène à Tel Aviv, je découvre que la très grande majorité des passagers est juive. C’est très facile de le faire, il suffit d’observer l’énorme raté de la compagnie aérienne lors du service des repas à bord. En effet, les hôtesses se voient refuser systématiquement les plateaux qu’elles présentent aux passagers. Les repas ne sont pas kasher ! Sur l’ensemble des rangées que je peux voir, nous ne sommes que deux à les accepter ! Étant dans un groupe composé à 96% de juifs, il est facile de comprendre que notre guide va privilégier les faits et les endroits clés de cette religion. Je n’en suis pas particulièrement gêné en tant que chrétien parce que nous avons beaucoup de racines communes.

Israël est un pays dont la surface est réduite, mais dont la richesse en sites historiques et archéologiques est énorme. C’est le point de rencontre des trois grandes religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme et l’islam. À certains endroits, elles cohabitent, tout au moins géographiquement parlant.

Notre périple commence à Jérusalem, ville passionnante où de nombreux événements se sont passés, que ce soit il y a plusieurs millénaires ou il y a seulement quelques dizaines d’années. Ils sont rappelés par des constructions qui vont des restes du Temple de Salomon au Mur des Lamentations, à Yad Vashem, le mémorial dédié aux six millions de juifs victimes des atrocités massives de la seconde guerre mondiale, en passant par l’Esplanade des mosquées si chère aux musulmans. Il y a aussi la vallée du Cédron, le Jardin des Oliviers, le Mont des Oliviers, le Saint-Sépulcre… bien connus des chrétiens.

Le Mur des Lamentations
Le Saint Sépulcre
Le Dôme du Rocher
La tour de David
Maquette du Temple de Salomon, le Sanctuaire
Le Jardin des Oliviers à Gethsémani

 

Tout cela me captive car, si je n’avais pas eu ma fameuse passion pour les avions, je n’aurais jamais été ingénieur mais professeur d’histoire et de géographie.

Je n’entre pas ici dans le détail des visites, je le ferai plus tard, dans le cadre de mon nouveau passage en novembre 2017. Je ne vais retenir qu’un seul fait, l’événement majeur de tout mon séjour en Israël.

En plein milieu d’après-midi, nous visitons le Saint-Sépulcre, très haut lieu pour les chrétiens car il se situe à l’endroit où le Christ a été crucifié, est mort, a été enseveli, est ressuscité, il y a environ deux mille ans.

Très peu de membres de mon groupe participent à cette visite. Une simple question d’intérêt culturel. En fait, les absents n’ont pratiquement rien perdu tant la visite a été rapide, pour ne pas dire balancée au pas de charge. Ce n’est vraiment pas intéressant pour le guide local qui s‘éclipse rapidement et nous accorde généreusement quelques minutes de temps libre, soit pour approfondir la question par nous-mêmes, soit pour aller nous rafraîchir dans le souk qui est juste à la porte de la basilique. Pour ma part, je choisis la basilique, mais je suis loin de l’intérêt qu’un pèlerin chrétien lui apporte d’habitude. C’est, malheureusement, si vrai que la seule chose que j’arrive à faire est de m’asseoir sur un rebord de l’édicule érigé à l’intérieur de la basilique : il fait chaud, notre périple est fatigant, j’ai besoin de me reposer.

Crucifix au-dessus du tombeau du Christ

 

Mais, en même temps, je ne serais plus moi-même si je disais que mon cerveau tourne à vide. Je SAIS, par mon éducation chrétienne, ce qui s’est passé ici. J’y réfléchis tout en me laissant prendre par l’aspect extérieur de la situation. Je regarde cette construction bien postérieure aux événements, j’observe le comportement des croyants qui est si différent de celui des simples touristes.

Je ne sais pas si c’est l’effet de la température ou de la fatigue, toujours est-il que j’ai un « sérieux retard à l’allumage » dans ma tête : pas de réaction significative de ma part. Cependant, les quelques minutes si généreusement accordées par le guide, suffisent pour que je sorte un peu de ma léthargie. Mon électroencéphalogramme, tout au moins pour ce qui est du domaine concerné, ne reste pas complètement plat, mais il est très loin d’atteindre des pics vertigineux ! 

Tout d’un coup, j’entends un de mes copains de voyage crier très fort dans l’église : « Louis, viens vite, on s’en va. » C’est comme si mon réveil matin venait de sonner. Je me lève immédiatement tout en éprouvant un sentiment diffus, mais fort. Je me dis : “Il y a ici quelque chose de très important. Tu dois partir tout de suite, mais il faudra que tu y reviennes un jour. » C’est tout. Banal quoi… Et je rattrape le groupe en courant, sachant qu’un jour peut signifier aussi bien dans les semaines à venir que dans un certain nombre d’années. Peut-être même aux calendes grecques.

Cette journée, qui se révélera par la suite si importante pour tout le reste de ma vie, se terminera à Beersheva, ville située à l’entrée du désert du Negev, par la participation à un mariage célébré dans notre hôtel. Je suis alors à des années lumière de tout ce qui a pu se passer dans l’après-midi…

Voilà, c’est tout, du moins en apparence. Fin du premier acte. Mais, est-ce vraiment tout ? Tout ceci aurait pu ne rester qu’un petit fait divers au cours d’une journée sans importance et tomber dans un oubli total. Ce ne fut pas le cas, tu le verras dans la suite de mon histoire.

Et nous poursuivons notre tour d’Israël, en touristes.

Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho …
Jéricho

Notre circuit s’achève dans un des kibboutz dans lesquels nous sommes affectés. Là, je vis une expérience vraiment spéciale qui me fait penser, bien entendu toutes proportions gardées, aux marchés aux esclaves de jadis. Dès notre descente du bus, nous sommes regroupés sur une sorte de place centrale où les kibboutzim viennent choisir parmi nous un ouvrier un ouvrier temporaire. « Tiens, je prendrais bien celui-ci. Non, je ne veux pas de celui-là, il me paraît trop intello pour ce que je veux lui demander de faire… ou pas assez costaud…ou… »

Pour ma part, je suis sélectionné par un homme qui me paraît sympathique. La tractation se fait avec le chef du kibboutz. Vis-à-vis de moi, il ne s’exprime que par gestes. Bizarre. Mais je ne suis pas là pour discuter. Je découvre rapidement, en arrivant chez lui, que ni lui, ni quiconque d’autre, ne parle autre chose que l’hébreu. Ni le français, ni l’anglais ! Une situation impossible. Du coup, il devient rapidement évident qu’il faut me muter le soir même dans une autre famille. Et là, merveille, les gens parlent français, ils sont d’origine marocaine.

On fait connaissance pendant le dîner : c’est bien entendu moi qui suis l’interviewé. Qui êtes-vous ? Quel âge avez-vous ? Où habitez-vous ? Êtes-vous marié ? Pourquoi êtes-vous en Israël ?… Ça n’arrête pas. Tout se passe bien jusqu’au moment où ils me demandent mon métier. Quand je suis amené à leur dire que je suis ingénieur, tout bascule. C’est un changement de registre complet.

Ce sont désormais des « Monsieur long comme le bras », alors que la conversation avait été amicale et décontractée jusqu’à ce moment. Ils me disent spontanément : « Quoi ! Vous venez chez nous pour nous aider aux travaux de la ferme ? Mais vous êtes français ! En plus vous êtes ingénieur ! C’est un grand honneur que vous nous faites en venant dans notre maison ! C’est impossible que vous travailliez pour nous ! Vous êtes notre invité. S’il vous plaît, acceptez. Nous sommes fiers de vous accueillir et ça nous fait un grand plaisir. »

Cela me touche profondément. Je reçois cette invitation avec une réelle émotion liée à la spontanéité et à la simplicité de ces « braves gens ». Je me sens particulièrement proche d’eux car je retrouve la simplicité de ma propre vie d’enfant puis de jeune chez mes parents. J’aime l’état dans lequel je suis ainsi plongé. Je suis très bien. Mais rapidement une autre réaction monte en moi, pilotée plus par mon esprit que par mes sentiments. Elle me conduit à me dire que la situation est « mal barrée ». Tout d’abord, je n’aime pas cette position de pseudo-supériorité qu’ils me donnent et, surtout, si je suis chez eux c’est dans le cadre d’un accord, d’un engagement, et je me dois de l’honorer. Point.

En même temps, je vois leurs visages. J’aime ces gens parce qu’ils sont simples, ils disent directement ce qu’ils pensent. En cela, je n’ai aucune difficulté à les comprendre car, si je suis effectivement ingénieur, je suis avant tout, et je crois pour toujours, dans mes gênes, un fils d’ouvrier dans la Bretagne profonde des années de fin de la guerre et d’après-guerre. Je me souviens que ma famille a fréquenté intimement la pauvreté.

Ma sympathie spontanée envers eux me fait craquer ; c’est OK. Moi aussi, je suis heureux d’être chez eux et j’apprécie beaucoup les sentiments qu’ils expriment. Je serai donc leur invité mais, en même temps, j’aurai le droit de travailler avec eux, pour eux, par amitié. Marché conclu.

Je me couche avec un gros sentiment de bonheur dans le cœur. Je suis chez des gens sympas, simples, ouverts, et avec qui je peux communiquer facilement. Pour quelqu’un qui cherche à comprendre un peu le pays et les gens, c’est inespéré. C’est top. C’est trop comme disent les enfants aujourd’hui.

Un soir, à la fin du dîner, le chef de famille dit quelques mots à sa femme, en hébreu, et se retire dans une autre pièce. Il revient très rapidement dire bonne nuit à toute la famille. Vraiment rien de particulier en cela, sauf qu’il porte un pistolet mitrailleur en bandoulière ! Moi qui voulais assister à des scènes de vie particulières, eh bien là je suis servi. Du jamais vu pour moi, du banal pour eux. L’homme allait tout simplement prendre son tour de garde pendant la nuit…

Mais au fil des jours, une difficulté inattendue surgit. Je me sens de plus en plus trop bien accueilli. Oui, mon ami(e), tu as bien lu : je suis gêné parce que je suis trop bien accueilli. D’accord, ce n’est que ma perception mais elle traduit une réalité. Dans mon milieu simple d’origine, j’ai appris ce que veut dire l’accueil et le partage. Ce n’était pas simulé, chez eux non plus.

Le problème vient du fait qu’il fait terriblement chaud en Israël, au mois d’août. Toute activité physique exige, pour une simple question de santé, de boire beaucoup ; de nombreux litres de liquide par jour. Mes hôtes craignent pour moi au sujet de la qualité de l’eau du robinet. Les boissons de remplacement ont un coût que j’estime trop élevé pour leurs revenus. Je leur demande donc de réduire leur fourniture. Oui, oui, me disent-ils, mais ils ne le font pas. Cela me gêne de plus en plus. Je commence à penser qu’il va falloir les contraindre, d’une façon ou d’une autre. Mais comment ? Comment lutter contre la générosité et la gentillesse ? C’est beaucoup plus difficile de le faire que de se battre contre la méchanceté ou la bêtise.

Finalement, au bout de plusieurs jours, je n’entrevois qu’une seule solution : les « menacer » de les quitter. Je le fais à plusieurs reprises, mais c’est peine perdue. J’en arrive à mettre ma menace à exécution. C’est donc décidé, demain matin, je les quitterai, je partirai.

C’est une situation tellement bizarre, troublante, que j’en oublie de me poser la question la plus évidente : partir, oui, mais pour aller où ?

Cela se traduit par un départ, vers six heures du matin, pour la gare routière de Tel Aviv. J’ai mon sac sur le dos, mais aucune direction en tête !

Je n’en suis absolument pas troublé.

Je circule parmi les bus rangés entre des panneaux indiquant de nombreuses destinations, sans réaction de ma part.

Ça dure jusqu’au moment où je tombe sur le panneau « Jérusalem ». Je me sens alors comme attiré par un aimant puissant : Jérusalem. C’est Jérusalem qui m’attend ! Et je me souviens avoir dit, une dizaine de jours auparavant, « Il serait bon que je revienne au Saint-Sépulcre. » C’est le moment. J’y vais, c’est évident.

Arrivé dans la ville moderne vers 8-9 heures, je me rends tout de suite dans la vieille ville ; j’y déambule pendant toute la matinée, sans but précis, comme si mon intuition de la gare routière de Tel Aviv avait complètement disparu.

Vers 13 heures, je me retrouve assis sur le parapet de la rampe qui permet de passer de l’esplanade située devant le Mur des Lamentations à celle du Temple. J’observe les allées et venues des gens qui vont prier au Mur. Ça m’intéresse beaucoup, je suis heureux de passer du temps en un lieu aussi célèbre. J’en arrive à oublier complètement les réalités de la vie quotidienne.

C’est le soleil qui se charge de m’y ramener ; il cogne très fort en ce début d’après-midi. Ça ne va pas pouvoir continuer pendant bien longtemps. Puis je prends conscience que la fatigue monte en moi et je me dis : « Tu es vraiment surprenant. Tu t’es levé avant cinq heures ce matin. Tu n’as pas mangé depuis. Il fait chaud, tu n’as rien à manger, ni à boire, et tu n’as aucune idée du lieu où tu dormiras ce soir ! Il faudrait peut-être que tu te bouges et que tu réagisses. Tu n’es pas sérieux. »

Ne demande pas ce qui a pu provoquer la réflexion qui va suivre, je n’en ai pas la moindre idée. Toujours est-il que me vient à l’esprit le souvenir d’une conversation avec une amie, un an plus tôt, à Versailles. Elle m’avait dit, je ne sais plus pourquoi : « Si un jour, tu es paumé à Jérusalem, va chez les Feu Meu Meu, Porte de Damas » (écriture phonétique). Message sibyllin, que j’avais fait passer à la trappe. J’avais juste répondu, tout macho que je suis : « Dis, tu veux rigoler ! Moi, perdu ? Jamais ! En plus à Jérusalem ? Mais je n’ai à ce jour strictement aucune intention d’y aller ! « 

Or il se trouve qu’aujourd’hui je suis là, au cœur de Jérusalem, et si je ne suis pas encore complètement paumé ça commence à en prendre le chemin. Je n’ai vraiment pas grand-chose d’autre à faire que de me raccrocher à cette recommandation. Je décide donc de tenter de résoudre l’énigme : c’est quoi, c’est qui, ces « Feu meu meu » que je dois trouver à la Porte de Damas ?

Sitôt dit, sitôt fait, je me lance dans la traversée du souk car je sais grosso modo où se situe cette porte. C’est d’ailleurs celle de la ville que je préfère. Je la retrouve très facilement, la passe et me retrouve à l’extérieur des remparts.

Je suis sur l’avenue des Paratroopers ; en face de moi, il y a une autre artère et un panneau indicateur : Damas. Je sais maintenant, vaguement, où je dois chercher, mais je n’ai encore aucune idée sur quoi ou qui. Faut-il que je m’embarque sur le côté droit ou sur le côté gauche de cette rue ? La plus grande facilité d’accès me fait opter pour le côté gauche, et j’avance. Au bout de seulement cent ou deux cents mètres, je m’arrête devant une plaque en bronze sur laquelle je lis : « Franciscaines Missionnaires de Marie ». Merde, des bonnes sœurs ! C’est donc ça les fameuses FMM, les Feu, Meu, Meu ! Que dois-je faire ? Je persiste ou je m’échappe avant de tomber dans un piège ? C’est en réalité mon corps qui va parler et imposer son choix : « Il fait très chaud, je suis fatigué, j’ai faim, j’ai soif : fiche-moi la paix, sonne !  » Et j’obéis. Je le fais en me disant : « Je suis peut-être complètement fêlé, mais il faut y aller. »

Très rapidement, une religieuse vient ouvrir la porte. Elle est gentille et souriante. Elle me demande la raison de ma présence ici, sur le pas de sa porte. Bravo, c’est exactement la question qu’il ne fallait pas me poser, celle qui tue.

« Ben… heu… c’est-à-dire que…, disons que… comment vous expliquer…« 

Honnêtement, que veux-tu que je lui réponde ?

Je bafouille plus que je ne parle. J’arrive tout de même à dire que je suis français, que je me balade dans le pays, que je n’ai pas mangé depuis très tôt ce matin, que je ne sais pas où dormir ce soir et que j’aimerais voir le côté chrétien d’Israël.

Je ne te cache pas que je suis très fier de moi, bien à l’aise ! Je maîtrise ! Oui, certainement, sauf que si j’avais pu passer sous la moquette, ou plutôt sous le carrelage…

La religieuse “percute vite” et comprend très bien la situation. Elle ne m’enfonce pas, elle ne me rejette pas. Au contraire, elle est pleine de tact, je me sens immédiatement dans de bonnes mains. Tout d’un coup, une silhouette noire passe derrière elle. Elle réagit immédiatement :  » Père…, j’ai ici un jeune français qui me semble avoir besoin de vous. Vous vous en occupez ? « 

C’est ainsi que je rencontre, totalement « par hasard”, le pèlerinage organisé en Terre Sainte par la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris. Il rassemble plusieurs centaines de personnes réparties en groupes homogènes tels que les couples, les étudiants, les jeunes travailleurs… Je suis immédiatement adopté par ce dernier.

En quelques minutes, je bascule de l’état de touriste paumé à celui de pèlerin ! Je passe d’un monde à un autre.

C’est inouï ! Invraisemblable ! Incroyable ! Je suis profondément heureux. Tu as parlé de « hasard » ? Oui si le hasard est le pseudonyme de Dieu lorsqu’Il ne veut pas signer Son œuvre de Son nom.

 

La vieille ville

 

La Porte de Damas
La Porte Dorée et la Vallée du Cédron vues du Jardin des Oliviers. Jésus se rendait au Temple en franchissant cette porte.
 

Le train dans lequel je viens de monter en marche n’en est qu’à la moitié de son trajet. La première semaine du pèlerinage de Montmartre a été consacrée à la visite des principaux lieux de Terre Sainte où Jésus est passé pour annoncer la Bonne Nouvelle, l’Évangile. La seconde, qui commence aujourd’hui, se déroulera entièrement à Jérusalem.

Comme dirait l’autre, j’arrive pile poil à ce moment charnière. Qui osera me croire, si j’affirme haut et fort, avec beaucoup de culot et une grosse mauvaise foi, que tout ceci n’est que le résultat d’un parfait calcul et d’une bonne programmation de ma part ? que je suis le seul et l’unique responsable de ce qui m’arrive, que je le mérite, l’ayant tant désiré et cherché ?

Tu parles ! 

De mon côté, cela tombe impeccablement bien car il me reste exactement une semaine pleine avant de rejoindre le club de vacances sur la côte. Mais ça ne me concerne plus du tout. Terminé le planning initial et la grande vadrouille.a

D’un seul coup, je rentre, en bloc, totalement, dans la célébration de la Semaine Sainte vécue par Jésus, il y a deux mille ans, à Jérusalem et dans ses environs immédiats. Je deviens quelqu’un d’autre, je ne suis plus du tout celui que j’étais il y a seulement une semaine. Je fonctionne désormais sur un autre registre, que je perçois inscrit au fond de moi et que je découvre petit à petit. Du bonheur, rien que du bonheur. Je suis heureux de découvrir les lieux, décrits dans les évangiles, où Jésus a vécu les derniers jours de sa vie terrestre. Je répète, “rien que du bonheur », et un bonheur intense, rarement ressenti auparavant. Quand on rencontre la vérité et que l’on est en accord avec elle, on est transporté d’une façon indicible.

 
 
La Via Dolorosa
le Chemin de Croix

C’est une profonde émotion que de pouvoir vivre sur les lieux mêmes où se sont passés des événements si essentiels pour toute l’Humanité. Bien sûr, il faut savoir faire abstraction de ce que l’on perçoit visuellement, comme les constructions actuelles, mais ce sont alors les paroles qui nous ont été transmises par les évangélistes qui prennent un poids nouveau. Mon écoute et ma réception de ces textes, sur place, feront que désormais je ne les entendrai plus jamais comme auparavant. Tout cela m’a aidé, réellement, à revisiter ma foi en ce fils de Dieu qui, un jour, s’est fait homme pour venir plus intimement à notre rencontre et nous proposer le Salut.

Le point culminant de cette expérience se situera le vendredi quand nous célébrerons le Vendredi Saint, jour de la mort de Jésus par crucifixion.

Je  propose de rappeler brièvement les faits en extrayant des évangiles quelques passages en nombre limités mais qui me paraissent les plus significatifs. Je ne veux surtout pas te les imposer mais, à mon avis, les ignorer pourrait conduire à une forte incompréhension de la foi des chrétiens et de ce que je vais aborder sur le présent site. Pour t’aider, j’ai tracé les deux plans qui suivent afin de localiser les événements essentiels.  Les sources d’information datant pour certaines de 2000 ans, tu me pardonneras les imprécisions ou les erreurs qu’ils ne manquent pas de contenir.

Prenons comme point de départ le Cénacle. Il est réputé se situer au point (0) sur les plans. Je ne me battrai pas pour défendre ou contester la validité de cette localisation, tout simplement parce qu’il s’agissait d’une pièce dans une maison. Le risque d’erreur est donc loin d’être négligeable, mais cela n’a strictement aucune importance quant à ce qui s’y est passé. Nous savons, grâce à Matthieu, Marc, Luc et Jean, qui ont rapporté les faits dans leurs évangiles, que Jésus a voulu fêter la Pâque juive de cette année-là d’une façon anticipée parce qu’il savait ce qui allait se passer. Il a pris ce repas de fête au cours de la soirée du jeudi en compagnie de ses amis les plus proches, ses apôtres et peut-être quelques disciples. Ce repas est appelé la Cène, marqué, entre autres, par deux faits importants.

– Au début, par le Lavement des Pieds. Jésus a posé là un acte particulièrement significatif en lavant les pieds de ses apôtres. En effet, à cette époque, seuls les esclaves étaient chargés de cette besogne. Il a voulu, par là, leur montrer que tout Maître qu’il était il savait se rabaisser au niveau des plus petits. Aux apôtres et aux disciples d’en faire de même par la suite.

La Cène de Léonard de Vinci

– A la fin, quand « …prenant du pain et rendant grâces, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, qui va être donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi.  » Il fit de même avec la coupe après le repas, disant :  » Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, qui va être versé pour vous. » (Luc 22,19-20). C’est ce qui est appelé l’Institution de l’Eucharistie, événement revécu à chaque messe, partout dans le monde, depuis deux mille ans. 

De là, il se rend au jardin de Gethsémani, point (1), où il aime se rendre pour prier. Là, il est saisi d’une profonde angoisse devant ce qui l’attend mais il se ressaisit : « Voici venue l’heure où le Fils de l’Homme va être livré aux mains des pécheurs. Voici tout proche celui qui me livre. »

Il est alors arrêté par les gardes des autorités juives, il est amené devant le Grand Prêtre en exercice, Caïphe, pour subir un premier interrogatoire, point (2) : « Es-tu le Christ, le fils de Dieu ? Jésus lui répond : tu l’as dit ». Par cette réponse, il a signé son arrêt de mort. « Il mérite la mort. Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres lui donnèrent des coups en disant « Fais le prophète, Christ, dis-nous qui t’a frappé ».

Pendant ce temps, Pierre qui avait suivi de loin, vient se réchauffer auprès du feu allumé dans la cour. Soudain une servante dit

« Celui-là aussi était avec lui » (Jésus), mais il nia ». Il nia à trois reprises. A la fin de la dernière « … comme il parlait encore un coq chanta, et le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre. Pierre se souvint alors de la parole du Seigneur, qui lui avait dit : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. » Et sortant dehors, il pleura amèrement. »

« Le matin étant arrivé, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, en sorte de le faire mourir. Et, après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate le gouverneur. » Point (3)

« Pilate l’interrogea en ces termes « Tu es le roi des juifs ? » – « Tu le dis », lui répondit-il. Pilate dit alors aux grands prêtres et à la foule : « Je ne trouve rien de coupable en cet homme ». Mais eux d’insister : « Il soulève le peuple, enseignant par toute la Judée, depuis la Galilée, où il a commencé, jusqu’ici. » A ces mots, Pilate demanda s’il était Galiléen. Et s’étant assuré qu’il était de la juridiction d’Hérode, il le renvoya à Hérode qui, ces jours-là était à Jérusalem. » Point (4)

« A la vue de Jésus, Hérode fut tout joyeux ; depuis longtemps en effet il désirait le voir, pour ce qu’il entendait dire de lui ; et il espérait lui voir faire quelque miracle. Il l’interrogea donc avec force paroles, mais il ne lui répondit rien.Cependant les grands prêtres et les scribes étaient là, qui l’accusaient avec véhémence. Hérode donc après l’avoir, ainsi que ses gardes, traité avec mépris et bafoué, le revêtit d’un manteau magnifique et le renvoya à Pilate.Point (5)

Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant il y avait de l’hostilité entre eux.

Alors Pilate convoqua les grands prêtres, les chefs et le peuple. Il leur dit : « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant d’introduire la subversion dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort.Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. »

Le Christ aux outrages

Ils se mirent à crier tous ensemble : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. » Ce Barabbas avait été jeté en prison pour une émeute survenue dans la ville, et pour meurtre.

Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole. Mais ils vociféraient : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » Mais ils insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient. Alors Pilate décida de satisfaire leur requête. Il relâcha celui qu’ils réclamaient, le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : “Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !” Alors on dira aux montagnes : “Tombez sur nous”, et aux collines : “Cachez-nous.” Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »

Ils emmenaient aussi avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu dit : Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Puis, ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.

Le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

C’était déjà environ la sixième heure (c’est-à-dire : midi) ; l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure, car le soleil s’était caché. Le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira.

À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : « Celui-ci était réellement un homme juste. »

Et toute la foule des gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, observant ce qui se passait, s’en retournaient en se frappant la poitrine.

Tous ses amis, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, se tenaient plus loin pour regarder. Alors arriva un membre du Conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste, qui n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le règne de Dieu.

Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un tombeau taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé. C’était le jour de la Préparation de la fête, et déjà brillaient les lumières du sabbat.

Les femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit. »  Extraits du texte de Luc.

Depuis la paix de Constantin en 313, les foules de chrétiens ont voulu, chaque année, se trouver à Jérusalem, la semaine de la Passion du Christ, et se rendre à différents endroits où Jésus est lui-même allé pendant les jours qui ont précédé sa mort. Le moment le plus important est la cérémonie du Chemin de Croix qui a la forme d’une procession, derrière une grande croix portée par les personnes qui sont en tête, dont le tracé est approximatif, essayant de suivre le chemin parcouru par Jésus ; il porte le nom de Via Dolorosa et passe dans le souk actuel. Je dis approximatif car la ville de Jérusalem a été gravement endommagée, quand elle n’a pas été rasée, à plusieurs reprises au cours des siècles, son sol actuel est à plusieurs mètres au-dessus de celui de l’époque de Jésus. Toutefois, les points de départ et d’arrivée sont fiables.

 La progression de cette procession n’est pas facile car il y a toujours beaucoup de monde dans et devant les nombreuses échoppes du souk. Il en résulte une bousculade permanente. La marche quant à elle est entrecoupée d’arrêts appelés « Stations du Chemin de Croix » pendant lesquels sont lus les passages d’Évangile qui relatent les principaux événements survenus pendant cette tragédie. Les pèlerins écoutent, méditent, prient.  L’émotion est intense. En quelque sorte, les chrétiens veulent revivre l’événement, s’identifier à Jésus, et par ce geste le remercier. 

Ce sont les franciscains qui ont eu l’idée, aux XIVème et XVème siècles. de transposer cette forme de méditation sur la Passion à l’ensemble des fidèles et ainsi de permettre aux pauvres et à ceux qui ne pouvaient se rendre en Terre Sainte d’accomplir la même démarche que les pèlerins.

Dans la matinée du vendredi, nous empruntons la Via Dolorosa. Je fais partie de ceux qui ont la chance de porter un moment la croix qui ouvre la marche. C’est lourd, ça tire, c’est difficile, c’est dur, mais ça n’a certainement rien à voir avec ce qui a été infligé à Jésus. A midi, nous atteignons le Saint-Sépulcre. C’est une basilique très ancienne qui a été construite sur le Golgotha où avaient été dressées les trois croix : celle de Jésus et celles des deux larrons, c’est-à-dire des bandits condamnés en même temps que Lui.

@Après un long moment de silence et de prière, je me dis qu’il est temps de rejoindre l’hôtel pour « mon » déjeuner.  

Je précise que, la veille, il nous avait été proposé de sauter ce repas afin de marquer l’événement. C’est aucunement une obligation, juste un geste. Mais, étant encore un peu un touriste, je me suis inscrit sur la liste des présents à l’hôtel car j’estimais que j’aurais certainement faim…

C’est effectivement le cas. Je me lève donc et parcours cinq mètres, maximum, en dehors du Saint-Sépulcre. Là, c’est le choc. Je ne  m’arrête pas : je pile sur place. Je suis littéralement scotché au sol, face au souk et à son animation marchande. Un sentiment d’une rare intensité m’envahit : « Non, ne fais pas ça. Ce n’est pas possible que tu retournes comme cela dans « le monde », après ce que tu viens de vivre ces dernières heures. Non, ça ne convient pas. »

Je fais immédiatement un 180° de précision et je reviens dans le Saint-Sépulcre pour reprendre la prière. Je vais y rester trois nouvelles heures, d’affilée. C’est la première fois de ma vie que cela m’arrive. Et je suis heureux ! Je suis en Paix ! Je me souviens de ma première visite en ce lieu, qui fut si brève. Je me rappelle ce sentiment diffus alors ressenti et qui aujourd’hui est totalement remplacé par celui très fort d’une présence.

C’est une secousse sérieuse, mais en même temps d’une grande douceur. Je ne « manage » strictement plus rien, je suis tout simplement heureux. Il est vraiment surprenant d’observer comment des sentiments de ce type peuvent atteindre le même poids de certitude que des démonstrations expérimentales ! Physiquement parlant, il n’y a rien de nouveau par rapport à mon état antérieur, mais alors, quelle perception nouvelle d’un concret à couper au couteau !

Un tombeau creusé dans le roc semblable à ceux du temps du Christ

C’est également à cet endroit que la résurrection de Jésus a eu lieu. C’est l’événement le plus essentiel de la foi chrétienne car, comme l’a dit Saint Paul,  a dit que sans la résurrection de Jésus notre foi serait vaine.

 

Il est ressuscité

Sur ce point, si tu veux avoir des informations, je préfère te conseiller d’aller directement dans les textes écrits par Matthieu (chapitre 27, verset 62) ; Mar(chapitre 16),   Luc (chapitre 24) et Jean (chapitre 20). Ils sont facilement accessibles sur Internet.

Le pèlerinage s’est achevé le lendemain. Nous n’avons donc pas pu célébrer la Résurrection du Christ mais nos cœurs étaient tellement retournés par les célébrations de ces derniers jours que personne ne s’est senti lésé. Nous sommes repartis de Terre Sainte avec un cœur raffermi et un vrai désir de vivre d’une façon nouvelle notre foi en Jésus, le Christ, mort et ressuscité à Jérusalem.

J’ai moi aussi quitté Jérusalem et en ai profité pour raccompagner mes nouveaux amis à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Il y a eu de l’émotion dans ces adieux mais je savais que, dès mon retour en France, je les retrouverais.

Quand je suis revenu au kibboutz, j’ai eu la joie de revoir mes amis israéliens. Cela s’est passé à la piscine. Je me souviens du visage souriant de la mère de famille quand elle a vu et entendu ses trois jeunes enfants me sauter dans les bras pour m’embrasser tout en me disant quelque chose que je ne comprenais pas, et pour cause ! Sans mauvais jeu de mot, c’était pour moi de l’hébreu. Ils disaient simplement « Tonton Louis est revenu, tonton Louis est revenu. »

Inutile de te dire que ma programmation d’une visite vers le canal de Suez et autres lieux n’a plus été qu’une vague et lointaine idée.

 

Mon ami(e), à ce stade de ma rédaction, je crois t’entendre me poser la question suivante : « Dis-moi, Louis, sincèrement, que reste-t-il, quarante-sept ans plus tard, de toute cette expérience ? Est-elle encore vivante ou, au contraire, s’est-elle définitivement envolée hors de ta vie ? » 

Ma réponse est très simple : cet événement a été un événement majeur dans ma vie. Il a provoqué un changement de direction très net sur ma trajectoire personnelle. Celui que je suis aujourd’hui est, certes, directement lié à ce que j’étais avant cela mais aussi, et pour beaucoup, à ce que j’ai vécu pendant ce laps de temps très court. Habituellement, que représente une semaine dans une vie ? Pas grand-chose, mais parfois elle peut prendre des proportions considérables si, au cours de ce moment, des points essentiels à la vie se trouvent touchés.

Ce fut le cas, pour moi, à Jérusalem. Je peux affirmer que depuis je ne suis plus le même. Et ça dure ! Cela a totalement imprégné ma vie de façon nouvelle, ma vie personnelle et relationnelle, et même ma vie professionnelle. Je me sens, depuis, beaucoup plus proche de cet homme qui s’appelait Jésus. Je me sens directement concerné par ce qu’il a dit ou fait pendant sa vie et je suis profondément marqué par la cruauté et l’injustice de tout ce qu’on lui a fait en remerciement de tout le bien qu’il nous a fait. Tu en trouveras le récit dans l’Évangile de Jésus Christ selon Saint Luc, aux chapitres 22 à 24.

Désormais, je suis en marche vers et avec le Christ, mon ami de Jérusalem. Il m’a fait basculer d’une religion « par habitude » dans une religion vécue, personnelle. C’est désormais une adhésion à une personne vivante. Oui, aujourd’hui, quarante-sept ans plus tard, je continue à rendre grâce à Dieu pour ce cadeau merveilleux qu’Il m’a fait là-bas, à Jérusalem, pendant l’été 1971. C’est probablement un des plus beaux que j’aie jamais reçu dans toute ma vie.

Je tiens à remercier ici, du plus profond de mon cœur, les Franciscaines Missionnaires de Marie de Jérusalem, pour la main qu’elles m’ont tendue, par l’intermédiaire de l’une d’entre elles. J’en fais de même pour les responsables du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris qui m’ont accueilli les bras grands ouverts. Tout particulièrement, le père Georges Morand. Je vois encore avec précision le lieu de notre première conversation approfondie : c’était dans la vallée du Cédron, au niveau du jardin de Gethsémani, le long d’un grand mur de pierres. Merci à tous mes amis pèlerins, je continue à en rencontrer certains.

Comme le dit un film à succès récent : « Mais qu’est-ce j’ai fait au Bon Dieu ?  » Je suis parti en touriste, je suis revenu en pèlerin !

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