TAMANRASSET - Novembre 2005

Où Dieu me saisit par la beauté de sa Création

De 1971 à 2005 il s’est passé bien des choses dans ma vie. J’en ai un peu parlé pour ce qui concerne ma vie professionnelle qui m’a procuré de nombreuses et grandes satisfactions. Sur le plan familial, une bonne petite famille a vu le jour après mon mariage avec Monique et l’arrivée de trois enfants tous aussi éveillés et intéressants les uns que les autres.

Sur le plan spirituel, l’empreinte de Jérusalem a été forte et profonde. Dès la rentrée des vacances d’été, je me suis empressé de reprendre contact avec mes nouveaux amis. Pendant trois ans, j’ai fréquenté, d’une façon très assidue, non seulement le groupe de Montmartre qui m’avait si chaleureusement accueilli chez mes chères Feu Meu Meu, mais également l’ensemble des activités proposées par la basilique. Puis ce fut la poursuite de l’approfondissement de ma Foi, en compagnie de Monique, aux Equipes Notre-Dame puis à Fondacio.

En 2005, je suis à la retraite depuis déjà trois ans. Le passage d’une activité professionnelle très intense à la tranquillité d’une vie désormais sans contrainte (apparente) ne se fait pas sans difficulté.

Si, consciemment, j’accepte cet état de fait, j’observe que du côté de mon inconscient, ou de mon subconscient, il n’en est pas du tout de même.

J’ai toujours aimé travailler et, comme on dit, « je me suis éclaté » dans tous les métiers que j’ai eus. J’avais coutume de dire que mon passe-temps favori était mon travail, quel qu’il ait été. Et cela a duré jusqu’au tout dernier jour de ma vie professionnelle. Mais que c’est dur de sentir grandir en soi, d’une façon lente mais continue, le sentiment de ne plus être utile aux autres, à la société ! La raison, c’est-à-dire ta tête, te dit que tout cela est normal : tu as fait ton temps, tu en as profité, tu dois maintenant laisser la place aux plus jeunes. Il n’empêche que tout bascule, inexorablement, même si tu y as réfléchi, même si tu as cherché à anticiper et à t’y préparer. Mais alors, ce qui est au très fond de toi peut avoir un avis tout à fait différent, même opposé. C’est ce qui m’est arrivé. J’ai eu un très fort sentiment de stupidité, de gâchis, d’avoir été mis à la retraite d’office, pour respecter la réglementation, alors que j’avais encore de la pêche et que j’étais encore en mesure de fournir bien des services. Pour moi, c’était idiot, et cela m’a affecté psychologiquement.

Tant que tu n’es pas dans cette situation, tu ne peux pas en percevoir la réalité profonde. Bien sûr il y a ta famille, tes amis, tes activités préférées. Il y a aussi toutes celles que tu n’as jamais pu faire faute de temps, et celles que tu n’as pas pu avoir faute d’argent, quand tu étais jeune, alors que du temps tu en avais à revendre… Il y a aussi toutes les choses qui ont pris du retard à la maison, à cause de l’emprise du travail. Bref, tout ça ne sustente pas son homme et un grand vide se creuse rapidement.

Conclusion, je me suis retrouvé avec le moral dans les chaussettes. Même les beaux avions radio-commandés que je pilotais n’arrivaient pas à compenser le vide ainsi créé. C’est pas peu dire ! 

C’est le curé de ma paroisse qui, d’une façon totalement inattendue, m’a sorti la tête hors de l’eau lorsqu’il m’a demandé de faire partie de l’Équipe d’Animation Pastorale (EAP) de la paroisse. Elle est composée du curé lui-même et de quatre personnes dont le job est de l’assister dans tout ce qu’il y a à faire pour assurer un fonctionnement aussi harmonieux que possible de la vie de la communauté chrétienne locale, celle-ci pouvant rassembler jusqu’à plusieurs milliers de personnes.

Dans notre cas, il s’agit de mille personnes environ, disséminées dans un ensemble plus large, les habitants du quartier qui sont de l’ordre de dix mille. Il y a beaucoup de choses à faire ; elles sont très différentes les unes des autres, car elles vont du baptême des enfants jusqu’aux obsèques en passant par le catéchisme, les mariages, la liturgie, les activités caritatives, l’écoute des personnes… C’est une activité prenante et exigeante du type de celles qui, lorsque tu y engages le petit doigt, peuvent t’absorber en totalité si tu n’y prends pas suffisamment garde. Mais en même temps, elle est tellement enthousiasmante ! Ce n’est pas une charge, c’est un réel bonheur. Être au service de toute personne qui a besoin d’un coup de main ou d’une information, quoi de plus passionnant ? Quoi de plus épanouissant ? C’est le moyen rêvé, à mon sens, pour vivre sa foi car je crois en la justesse de l’affirmation : « Être chrétien, c’est donner à Dieu les moyens (matériels) de faire du bien sur terre ». Il n’a pas de mains ? j’en ai. Il n’a pas de bouche ? j’en ai une. Il n’a pas… ? j’en ai. Donc je les Lui donne, je les Lui redonne. Ce n’est là qu’un juste retour. Je suis rentré dans le job corps et âme et j’en ai recueilli un grand bonheur. Finalement, travailler totalement gratuitement, et en plus pour le Seigneur, c’est ce qu’il y a de mieux quand le montant de ta retraite le permet matériellement.

Je revois encore la tête de notre curé lorsqu’il m’a proposé de m’embaucher. En effet, il a rapidement ajouté, comme s’il voulait s’excuser : « Vous savez, je ne vous demande pas une réponse immédiate. Dans une quinzaine de jours, ce sera très bien. » Je reste le regarder et lui dis « Je n’ai pas du tout besoin d’un tel délai de réflexion pour vous donner ma réponse. » Ah bon ? Tout de suite il doit penser que la réponse va être négative, n’est-ce pas souvent le cas lorsque la réponse est rapide ? « Non, c’est inutile parce que je fais partie de Fondacio, chrétiens pour le monde. C’est une communauté orientée vers le développement humain de la personne et de ses relations avec Dieu. De plus, je suis dans le groupe « Mission en Eglise » dont la spécificité est de préparer des laïcs au service actif de l’Église, en particulier dans les paroisses. Alors, que voulez-vous que je vous réponde, sinon OUI, immédiatement ? C’est évident pour moi. » Changement de visage en face de moi. De mon côté, je suis heureux car c’est une bonne occasion de participer à une activité concrète.

Jean-Louis fait déjà partie de l’EAP. C’est un général d’aviation à la retraite, dynamique, le cœur sur la main, rigolard. Nos atomes crochus entrent vite en action et nous devenons rapidement de bons amis.

Un jour de novembre 2005, il m’annonce que dans deux semaines il sera en train de crapahuter dans le désert : le Sahara, le roi des déserts. Mes yeux doivent se remplir tellement d’envie à cette annonce qu’il termine sa phrase en me disant, tout de go, « Et si tu venais avec nous ? Ce serait sympa, ça te plairait. » Monique, mon épouse, ne pouvant pas marcher dans les conditions difficiles qui seront les nôtres, je vais donc devoir partir seul, ce qui est contraire à nos habitudes. Elle ne voit pas d’objection ; je commence immédiatement la préparation matérielle de l’équipée.

Distance entre Alger et Tamanrasset : 2000 km

Il s’agit d’une marche, maintenant on dit un trek, dans le Hoggar. Ce sera du côté de Tamanrasset, là où Charles de Foucauld a vécu pendant de nombreuses années. Ce personnage a quelque chose de fascinant tant par sa personnalité que par son parcours de vie. Ancien officier de l’armée française, où il mène une vie dissolue, il devient un excellent géographe spécialiste du désert. Il retrouve la foi chrétienne et devient religieux chez les trappistes. Sa quête d’un idéal encore plus radical de pauvreté, d’abnégation et de pénitence le pousse à quitter l’abbaye de La Trappe afin de devenir ermite. Ordonné prêtre, il s’installe dans le Sahara algérien et vit pauvrement au milieu des Touaregs qui l’apprécient beaucoup.

Le Père Charles de Foucauld
La maison de Charles de Foucauld
Très étroite : une chambre – bureau et une micro chapelle

L’aventure humaine du Père de Foucauld est une épreuve de solitude. Il souhaitait créer une fraternité d’ascètes du désert mais aucune des personnes qu’il a appelées n’est venu le rejoindre. Il s’est alors retourné vers les Touaregs qu’il a cherché à connaître en profondeur. Il a écrit le premier document ethnologique sur eux, il a même élaboré un dictionnaire touareg-français ! Il a été tué par l’un d’entre eux lors d’une razzia d’éléments incontrôlés. Cela s’est passé en 1916, à la porte du fort (le Bordj) qu’il avait fait construire par la population locale pour la protéger de tels incidents.

Le Bordj de Tamanrasset

Contrairement à mon départ en Israël, cette fois-ci je suis intéressé par l’aspect spirituel de la démarche. Mais je dois admettre qu’il est fortement concurrencé par l’appel du désert. Je crains même qu’il ne l’emporte largement. J’y vais pour découvrir ce monde qui m’a toujours fasciné. Le pays de la sécheresse, de la soif, de la difficulté, de la solitude, de la magie des paysages… Le rêve, quoi.

Tamanrasset
Notre confort pour deux nuits
Une place dans la ville

A quoi te fait penser cette souche d’arbre ?
Un touareg du sud et un touareg du nord
Femmes touaregs dans Tamanrasset
Un emport vital
Une de nos réserves d’eau
 

Après une journée de découverte de Tamanrasset, ville d’Algérie la plus au sud du pays, nous partons pour rejoindre l’Assekrem. C’est un des sommets du Hoggar, il culmine à 2180 m. Il va donc falloir marcher pour l’atteindre, mais aussi monter. Charles de Foucauld y a également vécu, pauvre au milieu des pauvres.

 

Nous prenons notre premier repas, au ras du sol ; il en sera ainsi pour tous les suivants. Il est simple et bon. Le menu sera souvent le même mais ce n’est pas grave car nous ne sommes pas là pour faire une expérience gastronomique. Nos cuisiniers sont vraiment sympas ! Je me sens très bien en leur compagnie, ainsi qu’avec les deux guides.

Un repas simple mais très apprécié
 

Nous nous sommes arrêtés à proximité d’un point d’eau. Quelques personnes vivent dans le coin avec leurs petits troupeaux, elles viennent donc nous rendre visite. Ce sont surtout des femmes accompagnées d’enfants. Cette fois-ci, elles ne formuleront aucune demande comme celles que nous aurons plus tard : y a-t-il un médecin ou une infirmière parmi vous ? Avez-vous un médicament pour soigner ceci ou cela, et on nous montre des tas de choses mal soignées, des malades… enfin, tout ce qui peut être généré par la pauvreté et l’isolement au milieu de nulle part, tout au moins de notre point de vue.

Un mirage ? Non, un vrai point d’eau…
…d’où un peu de vie dans les alentours dans les alentours

Dans notre groupe, il y a effectivement un médecin ; il donnera bien des consultations à ces gens démunis de tout. On pourra voir le bonheur sur son visage dans cette activité extra-touristique mais si utile et attachante.

Il n’y a pas que les humains qui soient assoiffés, il faut également prendre soin des bêtes

 

C’est parti pour quelques jours de marche

C’est à pied que nous repartons l’après-midi, car notre chemin s’écarte désormais des pistes empruntées par les véhicules tout-terrain, en particulier ceux qui permettent à des touristes pressés de « faire l’Assekrem » aller-retour dans la journée. J’imagine que certains d’entre eux doivent se dire qu’ils sont nettement mieux que nous dans leurs véhicules climatisés.

Le Tezouai
Notre caravane d’accompagnement

Pour ma part je n’échangerais certainement pas ma place contre la leur. Nous mettrons six jours pour faire ce tour. Mais quelle expérience !

Maintenant, nous sommes vraiment dans le désert. Ce sont des dromadaires qui vont nous accompagner en portant les équipements et la nourriture. Auparavant, nous avions le bruit, l’agitation de la ville à Tamanrasset. Ensuite, ce fut celui des gros moteurs des véhicules, puis les conversations pendant le repas. Ici, sur la piste, nous pouvons nous écarter les uns des autres pour entrer dans le silence, un silence majestueux que rien ne vient troubler : pas de voiture, pas de téléphone, pas d’avion, pas d’animal, pas de bipède bavard… Enfin rien de ce qui fait notre vie habituelle, agitée, stressante. C’est une rupture totale avec notre monde qui tourne avec de plus en plus de frénésie. Nous n’avançons pas très vite, mais ce n’est pas gênant dans la mesure où nous avons suffisamment de temps devant nous.

Mais que fabrique notre Jean-Louis ?
Ah, je vois. Une petite fleur du désert
La voici

La deuxième grande découverte que nous faisons est d’ordre visuel. Les paysages deviennent grandioses car nous commençons à prendre un peu d’altitude, ce qui a pour effet de repousser l’horizon de plus en plus loin. Nous ne cesserons pas de monter jusqu’au sommet de l’Assekrem, avec une bonne grimpette finale. Les montagnes ne sont pas spécialement grandes, mais si belles ! Elles ont des formes à couper le souffle.

Dents rocheuses au coucher du soleil

Elles sont déjà magnifiques sous le soleil de midi, mais ce n’est rien à côté du spectacle qu’elles offrent au soleil couchant. Il en est de même au soleil levant, mais avec des teintes encore différentes. C’est un immense spectacle du type « son et lumière » dans la majesté suprême du silence. C’est beau. C’est très beau. Et le plus beau nous sera offert à la fin de la montée. Là, ça deviendra indescriptible.

La chaleur est l’une des principales contraintes pendant notre marche. Par son intensité, elle oblige à boire régulièrement et abondamment. Par l’amplitude des variations de température, elle impose une adaptation permanente de l’habillement tout au long de la journée.

En novembre, période favorable de l’année pour pratiquer l’exercice que nous faisons, il fait pendant la journée de l’ordre de 35 à 40 degrés, à l’abri. En revanche, les nuits sont froides ; nous avons 2 degrés au lever du jour. Le matin, nous sommes donc habillés comme en hiver en France, puis, le soleil devenant de plus en plus ardent, il faut procéder dans le courant de la matinée à l’enlèvement progressif de plusieurs épaisseurs de vêtements pour en arriver à la tenue d’été. On procède de façon inverse vers la fin de l’après-midi quand il commence à faire frisquet. Ça se termine par le port des anoraks le soir, autour du feu.

Avant l’arrivée de la nuit, il y a une action importante à réaliser : l’installation du bivouac.

Bivouac au pied d’une falaise de basalte

Le lieu est bien entendu choisi par nos amis Touaregs qui connaissent le désert comme leur poche. Ils savent trouver les bons endroits plats, sablonneux, à l’abri du vent qui parfois souffle fort. Il faut également tenir compte des possibilités de nourriture pour les dromadaires.

Chacun s’installe, à sa convenance. Certains s’isolent, d’autres au contraire se regroupent.

Le premier soir, les guides nous posent la question : tente ou pas tente ? Pour certains, la réponse est immédiate : pas de tente. Il est clair que pour eux, soit ils ont l’habitude des nuits à la belle étoile, soit ils savent déjà ce qui nous attend. Pour d’autres, moi par exemple, il y a un petit débat intérieur : le confort et la protection de la tente ou la découverte de quelque chose de nouveau ? La décision est prise rapidement. Aller, va, « Garçon, ce sera une sans tente, s’il-vous-plaît. » Finalement, tout le monde fait ce choix. Et c’est le bon.

Quel gâchis si nous avions interposé une toile entre nous et le spectacle grandiose du ciel, avec toutes ses étoiles si brillantes, si nombreuses, si visibles grâce à l’absence de pollution et à notre montée en altitude !

C’est trop beau ! C’est magique !

  

Dîner puis soirée autour du feu, anorak obligatoire

Ce ciel, et sa grande pureté, est l’un des plus beaux, des plus grands souvenirs, que j’ai ramenés du désert. Les mots me manquent pour décrire cette beauté. Le spectacle est simplement majestueux. Nous pouvons identifier facilement de nombreuses étoiles et des constellations. Et ce qui m’a étonné, alors que c’est très facile à comprendre, c’est que ce spectacle monumental est tout sauf statique. Avant de t’endormir, tu as dans les yeux une image du ciel ; lorsque tu te réveilles, pendant la nuit ou avant le lever du jour, toute la composition du décor a changé. C’est merveilleux.

La féérie nocturne commence. Il y a de quoi y passer la nuit

Encore une belle occasion de se laisser porter à la méditation, dans la douceur et la chaleur du duvet. Qui donc a pu créer toutes ces merveilles ? pour quoi ? pour qui ? Et moi, qui suis-je dans ce monde ? je viens d’où ? je vais où ? Cette beauté, cette grandeur, ne peuvent pas rester à l’extérieur de moi. Elles m’envahissent, pacifiquement, et provoquent en moi un sentiment d’admiration, d’adhésion, d’émerveillement. Il y a quelque chose de transcendant. Je tombe dans la louange pour mon Créateur, et dans l’action de grâce.

Les mots que je trouve sont insuffisants pour traduire l’émotion profonde qui m’étreint. Je me souviens de ceux du psalmiste, qui écrivait, il y a deux ou trois mille ans, dans le psaume 18 :

« Les cieux proclament la gloire de Dieu,

le firmament raconte l’ouvrage de ses mains.

Le jour au jour en livre le récit

et la nuit à la nuit en donne connaissance.

Pas de paroles dans ce récit,

pas de voix qui s’entende ;

mais sur toute la terre en paraît le message

et la nouvelle, aux limites du monde.

Là, se trouve la demeure du soleil :

tel un époux, il paraît hors de sa tente,

il s’élance en conquérant joyeux.

Il paraît où commence le ciel,

il s’en va jusqu’où le ciel s’achève :

rien n’échappe à son ardeur. »

Les pitons de l’Atakor vus de l’Assekrem

Sommet de l’Assekrem. Habitation des deux ou trois Pères qui y vivent en permanence
Un partage de vie

J’ai écrit ces pages vendredi 15 novembre 2013, c’est-à-dire 8 ans, à quelques jours près, après avoir ressenti ces émotions. Le souvenir était intact, d’autant plus que je pouvais m’appuyer sur un bon nombre de photos qui ne viendront pas me contredire. Et sur quoi suis-je tombé, ce matin-là, pendant mon temps quotidien de lecture d’un passage de la bible ?

« De nature, ils sont inconsistants, tous ces gens qui restent dans l’ignorance de Dieu : à partir de ce qu’ils voient de bon, ils n’ont pas été capables de connaître Celui qui est ; en examinant ses œuvres, ils n’ont pas reconnu l’Artisan. Mais c’est le feu, le vent, la brise légère, la ronde des étoiles, la violence des flots, les luminaires du ciel gouvernant le cours du monde, qu’ils ont regardés comme des dieux. S’ils les ont pris pour des dieux, sous le charme de leur beauté, ils doivent savoir combien le Maître de ces choses leur est supérieur, car l’Auteur même de la beauté est leur créateur. Et si c’est leur puissance et leur efficacité qui les ont frappés, ils doivent comprendre, à partir de ces choses, combien est plus puissant Celui qui les a faites. Car à travers la grandeur et la beauté des créatures, on peut contempler, par analogie, leur Auteur. Et pourtant, ces hommes ne méritent qu’un blâme léger ; car c’est peut-être en cherchant Dieu et voulant le trouver, qu’ils se sont égarés : plongés au milieu de ses œuvres, ils poursuivent leur recherche et se laissent prendre aux apparences : ce qui s’offre à leurs yeux est si beau ! Encore une fois, ils n’ont pas d’excuse. S’ils ont poussé la science à un degré tel qu’ils sont capables d’avoir une idée sur le cours éternel des choses, comment n’ont-ils pas découvert plus vite Celui qui en est le Maître ? »

Du Livre de la Sagesse, chapitre 13, versets 1 à 9.

Ce texte a été écrit au cours du premier siècle avant Jésus-Christ, par un membre du peuple hébreu. Est-ce qu’en deux mille ans il est devenu obsolète ? J’affirme avec conviction : NON ! Est-il en opposition avec ma formation et mes connaissances d’ingénieur ? NON ! Au contraire, il les accompagne, je dirais même qu’il leur fournit un socle solide, un socle en béton. Depuis ce socle il m’est possible de me lancer dans la quête du sens de ma vie.

Nous avons pris le chemin du retour dès le lendemain de notre arrivée au sommet. Pendant la descente, le spectacle nous fascine toujours autant car notre angle de vue a changé. Nous voyons même des concrétions presque « de dessus ».

Malgré tout ce déferlement de beauté, nous n’oublions pas que nous sommes en pèlerinage. Chaque jour, nous assistons à la messe célébrée par le père Ismaïl. Un rocher et son équipement portatif suffisent. Mais qu’elle est belle notre église ! Elle est immense, mobile, c’est tout le désert.

Une belle messe dans un endroit magnifique
J’aime beaucoup cette photo qui montre notre guide et notre accompagnateur spirituel. C’est l’image d’un dialogue inter-religieux entre croyants.
De leur côté, nos amis musulmans disent leurs prières aux divers moments prescrits par le Coran.

À un moment, nous passons près d’un arrangement de pierres qui aurait pu passer totalement inaperçu si les guides n’avaient été si heureux de nous en parler : il s’agit d’une mosquée. Elle a été construite avec les moyens du bord : juste des pierres empilées. C’est tout de même un lieu de prière fréquenté par les nomades qui empruntent cette piste.

Sans doute une des mosquées les plus particulières du monde

 

Une vie rude, un bonheur simple

 

Les Touaregs. Les Hommes Bleus du désert.

Voilà, mon ami(e), le moment est venu de faire un bilan d’étape de cette équipée au contenu si riche et si inattendu. Certes, j’ai trouvé ce que je cherchais : la beauté et la grandeur du désert ; mais j’ai en même temps découvert bien plus, beaucoup plus ! J’ai marché, j’ai eu très chaud, mais j’ai aussi été porté, littéralement happé par l’immense beauté de la nature. Je ne me connaissais pas jusqu’alors comme y étant aussi sensible.

 Mais le plus important, c’est mon profond sentiment que quelqu’un a mis une oasis luxuriante en plein milieu de mon aridité cartésienne et que cela m’a conduit à faire un pas de plus vers Lui, Dieu. Le Dieu tout puissant en amour, celui qui est l’Alpha et l’Omega de tout ce qui existe, éternel, infini. Mais cette fois-ci ce sont « mes tripes » qui ont parlé, et elles ont parlé très fort. C’est un bien grand double-cadeau que j’ai ainsi reçu, matériel et spirituel. Ces huit jours ont été un moment de bonheur complet. Je savais que la beauté de la nature pouvait faciliter la rencontre de l’Homme, créature, avec Dieu, son Créateur, mais là, c’est une porte royale qui m’a été ouverte.

Le désert est une grande école d’humilité car il paraît immuable dans sa grandeur, sa majesté, et moi je suis là, je ne fais que passer. Je passe mon temps à marcher, à me fatiguer, à avoir faim, à avoir soif, à avoir chaud, puis à avoir froid…

J’observe que lors d’une telle marche de plusieurs jours dans le désert, tu as tout le temps nécessaire pour te poser bien des questions fondamentales. Aucune distraction, si ce n’est la beauté de la Création, ne vient entraver ta réflexion. Tu peux tout triturer dans un sens, puis dans un autre. Un jour, tu as le sentiment d’avoir trouvé un bout de réponse et, dès le lendemain, tu peux le rejeter, sans aucune gêne. Il devient possible, plus aisé, de descendre au fond de toi, à ton rythme. Tu peux aboutir à une réponse acceptable à telle question, ou au contraire rester bloqué sur une objection qui te semble insurmontable. C’est pour cela qu’il faut accorder un temps assez long à ce type de démarche et il faut surtout y ajouter une grosse dose de silence.

Cette expérience du désert, bien qu’elle ait été courte, a eu un impact important au plus profond de moi. Elle a une fois de plus infléchi le cours de ma vie, fondamentalement. Depuis cette expérience du désert, je ne suis plus le même, non pas que j’aie changé, mais je ne fonctionne plus de la même façon. Le fait de me sentir si petit face à l’infiniment grand m’a ramené à plus de simplicité. Je ne parle pas encore d’humilité, mais comme ce serait bon que cela advienne !

J’ai physiquement découvert la présence de Dieu dans la création. Découverte bien traduite par ce texte :

« Je partirai avant le jour

Pour la sainte montagne,

Sur la Parole du Seigneur…

Je marcherai en sa présence

Au pas de sa lumière.

Je goûterai dans le désert

Le silence où résonne

Chaque parole du Seigneur…

Je veux offrir à son attente

Le fruit secret de la confiance.

Je puiserai en plein midi

Mon courage et ma force

Dans la parole du Seigneur…

Je garderai l’écoute ardente

Jusqu’à la source des eaux vives.

Quarante jours, quarante nuits

Avant l’aube de Pâques

Où la Parole s’accomplit !

Déjà s’élève dans l’Église

L’action de grâce pour l’Alliance. »

Soeur Marie-Emmanuel – Hymne Commission Francophone Cistercienne 

Ton ami
C’est la fête dans le village de notre sympathique guide à l’occasion de notre passage rapide

 

Qu’elle est belle !

Finalement, la plus grande beauté de la création, c’est quoi ? Ne serait-ce pas tout simplement, finalement, l’être humain ? Homme et Femme ?

Alors, respectons un peu plus ce qu’il est. Arrêtons de le massacrer, de l’avilir.

Si tu veux entendre quelques mots de ma part,clique ici

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